‹ Horace, tragedie de P. CorneilleChapitre 11 sur 105 · HORACE, CURIACE · texte numérisé non relu

HORACE, CURIACE

A-INsi Rome n*a point séparé son estime :

Elle eût cru faire ailleurs un choix illégitime.

Cette superbe ville en vos freres et vous Trouve les trois guerriers qu’elle préféré à tous ;

Et , ne nous opposant d’autres bras que les vôtres , D’une seule maison brave toutes les nôtres.

Nous croirons, à la voir toute entière en vos mains , Que hors les fils d’Horace il n’est point de Romains.

Ce choix pouvoit combler trois familles de gloire , Consacrer hautement leurs noms à la mémoire ;

Oui , l’honneur que reçoit la vôtre par ce choix En pouvoit à bon titre immortaliser trois ;

Et puisque c’est chex vous que mon heur et ma flamme M’ont fait placer ma soeur et choisir une femme ,

Ce que je vais vous être , et ce que je vous suis ,

Mc font y prendre part autant que je le puis.

Mais un autre intérêt tient ma joie en contrainte.

Et parmi scs douceurs mêle beaucoup de crainte.

la guerre en tel dclat a mis votre valeur ,

Que je tremble pour Albe , et prévois son malheur. Puisque vous combattes , sa perte est assurée ;

En vous faisant nommer , le destin l’a jurée ;

Je vois trop dans ce choiic ses funestes projets ,

Et mécompte déjà pour un de vos sujets.

Horace.

Loin de trembler pour Albe , il vous faut plaindre Rome, Voyant ceux qu’elle oublie, et les trois qu’elle nomme. C’est un aveuglement pour elle bien fatal.

D’avoir tant à choisir , et de choisir si mal.

Mille de ses enfans , beaucoup plus dignes d’elle , Pouvoient bien mieux que nous soutenir sa querelle. Mais quoique ce combat me promette un cercueil,

La gloire de ce choix m’enfle d’un juste orgueil :

Mon esprit en conçoit une mâle assurance ,

J’ose espérer beaucoup de mon peu de vaillance ;

Et du sort envieux quels que soient les projets ,

Je ne me compte point pour un de vos sujets.

Rome a trop cru de moi > mais mon ame ravie Remplira son attente , ou quittera la vie.

Qui veut mourir ou vaincre , est vaincu rarement :

Ce noble désespoir périt mal-aisément.

Rome, quoi qu’il en soit, ne sera point sujette.

Que mes derniers soupirs n’assurent ma défaite.

Hélas ! c’est bien ici que je dois être plaint !

Ce que veut mon pays , mon amitié le craint.

Dures extrémités , de voir Albe asservie ,

Ou sa victoire au prix d’une si cherc vie ,

»a HORACE,

Et que Tunique bien où tendent ses désirs S’achece seulement par vos derniers soupirs!

Quels vœux puis-je former , et quel bonheur attendre ? De tous les deux côtés j’ai des pleurs i répandre i De tous les deux côtés mes désirs sont trahis. Horace.

Quoi ! vous me pleureriez , mourant pour mon pays ! Pour un cœur généreux ce trépas a des charmes :

La gloire qui le suit ne souffre point de larmes ;

Et je le recevrois en bénissant mon sort ,

Si Rome et tout l’État perdoient moins en ma mort.

A vos amis , pourtant , permettez de le craindre.

Dans un si beau trépas ils sont les seuls à plaindre t La gloire en est pour vous , et la perte pour eux :

11 vous fait immortel , et les rend malheureux.

On perd tout quand on perd un ami si fidele. . .

Mais Flavian m’apporte ici quelque nouvelle.

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