‹ Horace, tragedie de P. CorneilleChapitre 14 sur 105 · HORACE, CURIACE, CAMILLE · texte numérisé non relu

HORACE, CURIACE, CAMILLE

Horace.

jAlvez-voüs su l’état qu’on fait dé Curiace*

Ma soeur?

Camille.

Hélas 1 mon sort a bien changé de face ! Horace.

Armez-vous de constance , et montrez-voUs ma soeur ;

xû

HORACE

Et si , par mon trépas , il retourne vainqueur ,

Ke le recevez point en meurtrier d’un frère ,

Mais en homme d’honneur qui fait ce qu’il doit faire , Qui sert bien son pays , et sait montrer à tous .

Par sa haute vertu , qu’il est digne de vous.

Comme si je vivois , achevez l’hyménée.

Mais si ce fer aussi tranche sa destinée.

Faites à ma victoire un pareil traitement;

Ne me reprochez point la mort de votre amant.

Vos lafmes vont couler , et votre cceur se presse ; Consumez avec lui toute cette foiblessc :

Querellez ciel et terre , et maudissez le sort;

Mais , après le combat , ne songez plus au mort.

( A Curiaee, )

Je ne vous laisserai qu’un moment avec elle ,

Puis nous irons ensemble où l’honneur nous appelle.

( Il son. )

CUKIACE, CAMILLE.

Camille.

I R A s - T O , Curiaee ; et ce funeste honneur Te plaît-il aux dépens de tout notre bonheur ?

Hélas ! je vois trop bien qu’il faut , quoi que je fasse > Mourir ou de douleur , ou de la main d’Horace.

Je vais comme au supplice à cet illustre emploi >

Je maudis mille fois l’état qu’on fait de moi ,

Je hais cette valeur qui fait qu’Albe m’estime ;

Ma flamme au désespoir passe jusqu es au crime :

Elle se prend au ciel et l’ose quereller ;

Je vous plains, jcme plains, mais il y faut aller. Camille.

Non , je te connois mieux ; tu veux que je te prie ,

Et qu’ainsi mon pouvoir t’excuse à ta patrie.

Tu n’es que trop fameux par tes autres exploits : Albe a reçu , par eux , tout ce que tu lui dois ;

Autre n’a mieux que toi soutenu cette guerre ;

Autre de plus de morts n’a couvert notre terre ;

Ton nom ne peut plus croître i il ne lui manque rien : Souffre qu’un autre ici puisse ennoblir le sien.

Que je souffre à mes yeux qu’on ceigne une autre tête Des lauriers immortels que la gloire m’apprête ,

Ou que tout mon pays reproche à ma vertu Qu’il auroit triomphé , si j’avois combattu , •

Et que , sous mon amour , ma valeur endormie Couronne tant d’exploits d’une telle infamie !

Non, Albe, après l’honneur que j’ai reçu de toi.

Tu ne succomberas , ni vaincras que par moi ;

Tu m’as commis ton sort, je t’en rendrai bon compte , Et vivrai sans reproche , ou périrai sans honte. Camille.

Quoi ! tu ne veux pas voir qu’ainsi ta me trahis ?

Avant que d’être à vous, je suis à mon pays.

C ij

HORACE

xî

Camille-

Mais te priver pour lui toi-m6me d’un beau-frere ;

Ta soeur , de son mari !

Coriace.

Telle est notre miscre.

Le choix d’Albe et de Rome ôte toute douceur A.UX noms jadis si doux de beau-frere et de soeur. Camille.

Tu pourras donc , cruel î me présenter sa tSte,

Et demander ma main pour prix de ta conqufite i

11 n’y faut plus penser» en l’état où je suis .

Vous aimer sans espoir, c’est tout ce que je puis...

Vous en plcurex , Camille ?

Camille.

Il faut bien que je pleure !

Mon insensible amant ordonne que je meure ,

Et quand l’hymen pour nous allume son Hambeau , Il l’éteint de sa main pour m’ouvrir le tombeau.

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