HORACE, CURIACE, CAMILLE
Horace.
jAlvez-voüs su l’état qu’on fait dé Curiace*
Ma soeur?
Camille.
Hélas 1 mon sort a bien changé de face ! Horace.
Armez-vous de constance , et montrez-voUs ma soeur ;
xû
HORACE
Et si , par mon trépas , il retourne vainqueur ,
Ke le recevez point en meurtrier d’un frère ,
Mais en homme d’honneur qui fait ce qu’il doit faire , Qui sert bien son pays , et sait montrer à tous .
Par sa haute vertu , qu’il est digne de vous.
Comme si je vivois , achevez l’hyménée.
Mais si ce fer aussi tranche sa destinée.
Faites à ma victoire un pareil traitement;
Ne me reprochez point la mort de votre amant.
Vos lafmes vont couler , et votre cceur se presse ; Consumez avec lui toute cette foiblessc :
Querellez ciel et terre , et maudissez le sort;
Mais , après le combat , ne songez plus au mort.
( A Curiaee, )
Je ne vous laisserai qu’un moment avec elle ,
Puis nous irons ensemble où l’honneur nous appelle.
( Il son. )
CUKIACE, CAMILLE.
Camille.
I R A s - T O , Curiaee ; et ce funeste honneur Te plaît-il aux dépens de tout notre bonheur ?
Hélas ! je vois trop bien qu’il faut , quoi que je fasse > Mourir ou de douleur , ou de la main d’Horace.
Je vais comme au supplice à cet illustre emploi >
Je maudis mille fois l’état qu’on fait de moi ,
Je hais cette valeur qui fait qu’Albe m’estime ;
Ma flamme au désespoir passe jusqu es au crime :
Elle se prend au ciel et l’ose quereller ;
Je vous plains, jcme plains, mais il y faut aller. Camille.
Non , je te connois mieux ; tu veux que je te prie ,
Et qu’ainsi mon pouvoir t’excuse à ta patrie.
Tu n’es que trop fameux par tes autres exploits : Albe a reçu , par eux , tout ce que tu lui dois ;
Autre n’a mieux que toi soutenu cette guerre ;
Autre de plus de morts n’a couvert notre terre ;
Ton nom ne peut plus croître i il ne lui manque rien : Souffre qu’un autre ici puisse ennoblir le sien.
Que je souffre à mes yeux qu’on ceigne une autre tête Des lauriers immortels que la gloire m’apprête ,
Ou que tout mon pays reproche à ma vertu Qu’il auroit triomphé , si j’avois combattu , •
Et que , sous mon amour , ma valeur endormie Couronne tant d’exploits d’une telle infamie !
Non, Albe, après l’honneur que j’ai reçu de toi.
Tu ne succomberas , ni vaincras que par moi ;
Tu m’as commis ton sort, je t’en rendrai bon compte , Et vivrai sans reproche , ou périrai sans honte. Camille.
Quoi ! tu ne veux pas voir qu’ainsi ta me trahis ?
Avant que d’être à vous, je suis à mon pays.
C ij
HORACE
xî
Camille-
Mais te priver pour lui toi-m6me d’un beau-frere ;
Ta soeur , de son mari !
Coriace.
Telle est notre miscre.
Le choix d’Albe et de Rome ôte toute douceur A.UX noms jadis si doux de beau-frere et de soeur. Camille.
Tu pourras donc , cruel î me présenter sa tSte,
Et demander ma main pour prix de ta conqufite i
11 n’y faut plus penser» en l’état où je suis .
Vous aimer sans espoir, c’est tout ce que je puis...
Vous en plcurex , Camille ?
Camille.
Il faut bien que je pleure !
Mon insensible amant ordonne que je meure ,
Et quand l’hymen pour nous allume son Hambeau , Il l’éteint de sa main pour m’ouvrir le tombeau.