‹ Horace, tragedie de P. CorneilleChapitre 67 sur 105 · DE C I N N A · texte numérisé non relu

DE C I N N A

C^EPocmeatant d’illustres suffrages quilui donnent le premier rang parmi les miens, que je me ferois trop d’importans ennemis si j’en disois du mal ; je ne le suis pas assez de moi-meme pour chercher des défauts où ils n’en ont point voulu voir , et accuser le jugement qu’ils en ont fait, pour obscurcir la gloire qu’ils m’en ont donnée. Cette approbation, si forte et si générale, vient sans doute de ce que la vraisemblance s’y trouve si heureusement conservée où la vérité lui manque , qu’il n’a jamais besoin de recourir au nécessaire. Rien n’y contredit l’Kistoire , bien que beaucoup de choses y soient ajoutées ; rien n’y est violenté par les incommodités de la représentation, ni par l’unité de jour , ni par celle de lieu.

Il est vrai qu’il s’y rencontre une duplicité de lieu particulier. La moitié de la Pièce se passe chez Émilic , et l’autre dans le cabinet d’Auguste. J’aurois été ridicule si j’avois prétendu que cet Empereur délibérât avec Maxime et Cinna , s’il quitteroit l’Empire ou non, précisément dans la même place où ce dernier vient de rendre compte à Émilie de la conspiration qu’il a formée contre lui. C’est ce qui m’a fait rompt*

8i EXAMEN

la liaison des Scènes au quatrième Acte, n’ayant ptj me résoudre à faire que Maxime vînt donner l’alarme i Émilie de la conjuration découverte , au lieu meme où Auguste en venoit de recevoir l’avis par son ordre, et dont il ne faisoit que sortir avec tant d’inquiétude et d’irrésolution. C’eût été une imprudence extraordinaire , et tout-à-fait hors du vraisemblable , de se présenter dans son cabinet un moment après quUl lui avoit fait révéler le secret de cette entreprise , dont il étoit un des chefs , et porter la nouvelle de sa fausse mort. Bien loin de pouvoir surprendre Émilie par la peur de se voir arrêtée, c’eût été se faire arrêter luimême , et SC précipiter dans un obûacle invincible au dessein qu’il vouloir exécuter. Émilie ne parle donc pas où parle Auguste, à la réserve du cinquième Acte ; mais cela n’empcchc pas qu’à considérer tout le Poème ensemble, il n’ait son unité de lieu, puisque tout s’y peut passer, non-seulement dans Rome, ou dans un quartier de Rome, mais dans le seul palais d’Auguste , pourvu que vous y vouliez donner un appartement à Émilie , qui soit éloigné du sien.

Le compte que Cinna lui rend de sa conspiration , justifie ce que j’ai dit ailleurs i que, pour faire soufHic une narration ornée , il faut que celui qui la fait ek celui qui l’écoute , aient l’esprit assez tranquille et s’y plaisent assez pour lui prêter toute la patience qui lui est nécessaire. Émilie a de la joie d’apprendre de la bouche de son amant avec quelle chaleur il a suivi ICS intentions , et Cinna n’en a pas moins de lui pou-

^oir donner de si belles espérances de l’effet qu’elle en souhaite ; c’est pourquoi, quelque longue que soie cette narration, sans interruption aucune, e'ic n’en nuie point. Les ornemens de Rhétorique dont j’ai tâché de l’cnnchir, ne la font point condamner de trop d’artifice , et la diversité de ses figures ne fait point regret- « le teins que j’y perds; mais si j’avois attendu à la commencer, qu’Evandre eût troublé ces deux amans par la nouvelle qu’il leur apporte , Cinna eût été obligé de s en taue ou de la conclure en six vers, ctÉmilic c'en eût pu supporter davantage.

Comme les vêts de ma Tragédie d’Horace ont quel, - que chose de plus net et de moins guindé pour les pensées que ceux du Cid , on peut dire que ceux de cette Piece ont quelque chose de plus achevé que ceux d’Horace , et qu’enfin la facilité de concevoir le sujet , qui n est ni trop chargé d’incidens , ni trop embarrassé deréciK de ce qui s’est passé avant le commencement de la Piece, est une des causes sans doute de la grande approbation qu’elle a reçue. L’Auditeur aime à s’abandonner à l’action présente, et à n’6tre point obligé, pour l’intelligence de ce qu’il voit, de réfléchir sur ce qu’il a déjà vu, et de fixer sa mémoire sur les premiers Aefes, pendant que les derniers sont devant scs yeux. C est l’incommodité des Pièces embarrassées , qu’en termes de l’Art on nomme impUxes , par un mot emprunté du Latin, telles que sont Rodogune et Héraclius. Elle ne se rencontre pas dans les simples: mais, çomme celles-là ont sans doute besoin de plus d’cc-

*4 EXAMÉN DE CINNA,

prit pour 1« imaginer, et de plus d’art pour les conduire , celles-ci n’ayant pas le même secours du côté du sujet, demandent plus de force de vers, de railonneraent , et de sentiment pour les soutenir.

MARTYR

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