‹ Horace, tragedie de P. CorneilleChapitre 68 sur 105 · LA REINE · texte numérisé non relu

LA REINE

régente.

Madame,

* Quelque connoissance que j'aie de ma faiblesse , quelque profond respect qiCim^ prime Votre Majesté dans les âmes de ceux qui l'approchent y j'avoue que je me jette a ses pieds sans timidité et sans déjiance , et que je me tiens assuré de lui plaire , parce que je suis assuré de lui parler de ce qdelle aime le mieux. Ce nest qu'une Pièce de Théâtre que je lui présente ; mais qui l'entre* tiendra de Dieu .* la dignité de la matière

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est si haute, que V impuissance de l'Artisan, ne la peut ravaler ; et votre ame Royale se plaît trop a cette sorte d'entretien, pour s'offenser des défauts d'un Ouvrage oh elle rencontrera les délices de son cœur, C est par-la , Madame , que j'espere obtenir de Votre Majesté le pardon du long tems que j'ai attendu a lui rendre cette sorte d hommage. Toutes les fois que j'ai mis sur notre Scene des vertus morales ou politiques , j'en ai toujours cru les tableaux trop peu dignes de paroître devant elle , quand j'ai considéré qu'avec quelque soin que je les pusse choisir dans l' Histoire , et quelques ornemens dont l'artijice les pût enrichir, elle en voyoit de plus grands exemples dans elle-même. Pour rendre les choses proportionnées , il falloit aller a la plus haute espece , et n'entreprendre pas de rien offrir de cette nature a une Reine trés-Chrétienne , et qui l'est beaucoup plus encore par ses actions que par son titre, a moins que de lui offrir un- portrait des vertus .Chrétiennes , dont

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T amour et la gloire de Dieu formassent les plus beaux traits , et qui rendit les plaisirs qdelle y pourra prendre aussi propres a exer^ cer sa piété ^ • qud délasser son esprit, Cest XI cette extraordinaire et admirable piété ^ Ma-dame J que la France est redevable des bénédictions qiC elle voit tomber sur les prer mieres arrhes de son Roi y les heureux suc» dès quelles ont obtenus en sont les rétributions éclatantes , et des coups du Cief qui répand abondamment sur tout le Royaume les récompenses et les grâces que Votre Ma» jesté a méritées. Notre perte semblait infaillible J après celle de notre grand Monarque : toute t Europe avoit déjà pitié de nous , et s'imaginait que nous nous allions précipiter dans un extrême désordre , par-ce qu* elle nous voyoit dans une extrême désolation ; cependant la prudence et les soins de Votre Majesté, les bons conseils qu elle a pris , les grands courages pour les exécuter , ont agi si puissamment dans tous les besoins de l'Etat J que cette première année dé sa Ré>*

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gence a, non-seu/ement égalé Us plus glo^ rieuses de Vautre régné y mais a même effacé , par la prise de Thionville y le souvenir du malheur y qui devant ses murs avait interrompu une si longue suite de victoires. Permette:^ que je me laisse emporter au ravissement que me donne cette pensec y et que je ni écrie dans ce transport :

Que vos soins « grande Reine , enfantent de miraclcsi. Bruxelles et Madrid en sont tout interdits î Et si notre Apollon me les avoir prddits ,

Taurois moi-meme osé douter de ses oracles.

Sous vos commandemens on force tous obstacles ;

On porte l’épouvante aux coeurs les plus hardis »

Et par des coups d’essai vos Etats aggrandis ,

Des drapeaux ennemis font d’illustres spectacles.

La Victoire elle-même accourant à mon Roi y Et mettant à scs pieds Thionville et Rocroi ,

Fait retentir ces vers sur les bords de la Seine.

France, attends tout d’un règne ouvert en triomphant. Puisque tu vois déjà les ordres de ta Reine Faire un foudre en tes mains des armes d’un enfant.

Il ne faut point douter que des commencemens^ si merveilleux ne soient soutenus par

des progrès encore plus étonnons. Dieu ne laisse point ses ouvrages imparfaits ; il les achèvera y Madame y et rendra non-seule-^ ment la Régence de Votre Majesté , mais encore toute sa vie , un enchaînement continuel de prospérités. Ce sont les vœux de toute la France y et ce sont ceux que fait avec plus de \ele y

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