‹ Horace, tragedie de P. CorneilleChapitre 69 sur 105 · SAINT POLYEUCTE · texte numérisé non relu

SAINT POLYEUCTE

Ecrit par SiMéoN MérAPHRAsts » et rapporté par Surius,

Îj’ingÉNIEUSE tissure des fictions avec la vérité , où consiste le plus beau secret de la Poésie, produit’ d’ordinaire deux sortes d’effets , selon la diversité des esprits qui la voient. Les uns se laissent si bien persuader à cet enchaînement , qu’aussi-tôt qu’ils ont remarqué quelques événemens véritables , ils s’imaginent la même chose des motifs qui les font naître , et des cir- (^onstances qui les accompagnent : les autres , mieux avertis de notre artifice , soupçonnent de fausseté tout ce qui n’est pas de leur connoissance j si bien que , quand nous traitons quelqu’Histoire écartée , dont ils ne trouvent tien dans leur souvenir , Us l’atuibuent toute enücie

ABRÉGÉ DU MARTYRE , &c. vi;

\ l’effort de notre imagination , et la prennent pour une aventure de Roman.

L’un et l’autre de ces effets seroit dangereux en cette rencontre ; il y va de la gloire de Dieu » qui se plaît dans celle de ses Saints , dont la mort si précieuse devant ses yeux ne doit pas passer pour fabuleuse devant ceux des hommes. Au lieu de sanctifier notre Théâtre par sa Représentation , nous y profanerions la sainteté de leurs souffrances , si nous permettions que la crédulité des uns , et la défiance des autres , également abusés par ce mélange, se méprissent également en la vénération qui leur est due , et que les premiers la rendissent mal-à-propos à ceux qui ne la méritent pas , pendant que les autres la dénieroient à ceux à qui elle appartient.

Saint Polyeucte est un Martyr , dont , s’il m’est permis de parler ainsi , beaucoup ont plutôt appris le nom à la Comédie qu’à l’Eglise. Le Martyrologe Romain en fait mention sur le 1 ) Février } mais en deux mots , suivant sa coutume. Baronius , dans ses Annales, n’en écrie .qu’une ligne. Lc seul Surius, ou plutôt Mosander , qui l'a augmenté dans les dernieres im*

Wiî ABRÉGÉ DU MARTYRE

pressions , en rapporte la mort assez au long, sut le 9 de Janvier j et ;*ai cru qu’il étoit de mon dcvoît d’en mettre ici l’abrégé. Comme il a été à propos d’en rendre la Représentation agréable , afin que le plaisir pût en insinuer plus doucement l’utilitc , et lui servir comme de véhicule pour la porter dans l’ame du Peuple , il est Juste aussi de lui donner cette lumière pour démêler la vérité d’avec ses ornemens , et lui faire rcconnoître ce qui lui doit imprimer du respect comme Saint , et ce qui le doit seulement divertir , comme industrieux. Voici donc ce que ce dernier nous apprend.

’ Polycuctc et Néarque étoient deux Cavaliert ‘Ctroitement liés ensemble d’amitié : ils vivoient en l’an ijo , sous l’Empire de Décius; leur demeure étoit dans Mélitene , Capitale d’Arménie , leur Religion difierénte. Néarque étoit Chrétien , et Polycucte suivoit encore la secte des Gentils j mais ayant toutes- les qualités dignes d’un Chrétien , et une grande inclination à le -devenir. L’Empereur'ayant fait publier un Edit très- rigoureux contre les Chrétiens , cette publication donna un grand tjrouble à Néarque , non

DE SAINT rOLïEUCTE/ i*

]^ar la crainte des supplices dont il étoît menacé ^ ' mais pour Tapprébension qu’il eut que leur amitié ne souâFiît quelque séparation on Té*^ froidissement par cet Édit , vu les peines qui y étoient proposées à ceux de sa Religion , et les honneurs promis à ceux du parti contraire. 11 en conçut un si profond déplaisir , que son omî s’en apperçut , et l'ayant obligé du lut en dire la cause , il prit de- là occasion de lui ouvrir son cœur : Ne craignez point , lui dit-il , que l’Édit de l’Empereur nous désunisse j j’ai vu cette nuit le Christ que vous adorez : il m’a dépouillé d’une robe sale , pour me revêtir d’une autre toute lumineuse , et m*a fait monter sur un cheval ailé pour le suivre. Cette vision m’a résolu entièrement à faire ce qu’il y a longtems que je médite t le seul nom de Chrétien ‘me manque , et vous-même , toutes les fois que vous m’avez parlé de votre grand Messie , tous avez pu remarquer que je vous ai toujours écouté avec respect s et quand vous m’avez lu ca vie et scs enseignemens , j’ai toujours admiré la sainteté de ses actions et de ses discours» O NcMquc 1 si je ne me croyois pas indigne

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