ABRÉGÉ DU MARTYRE
d’aller à lui sans être initié de ses mystères , et avoir reçu la grâce de ses sacremens, que vous verriez éclater l’ardeur que i’ai de mourir pour sa gloire , et le soutien de ses éternelles vérités! Néarque l’ayant éclairci sur l’illusion du scrupule où il étoit par l’exemple du bon Larron , qui en un moment mérita le Ciel , bien qu’il n’eût pas reçu le Baptême , aussi-tôt notre Martyr , plein d’une sainte ferveur , prend l’Edit de l’Empereur , crache dessus , et le dé'* chire en morceaux qu’il jette au vent j et voyant des Idoles que le Peuple portoit sur les autels pour les adorer , il les arrache à ceux qui les ,por;oient , les brise contre terre , et les foule aux pieds y étonnant tout le monde , et son ami même , par la chaleur de ce zele qu’il n’avoic pas espéré.
Son beau-pere Félix , qui avoir la commission de l’Empereur pour persécuter les Chrétiens , ayant vu lui-même ce qu’avoit fait son gendre , saisi de douleur de voit l’espoir et .l’appui de sa famille perdus , tâche d’éi^ranler sa constance , premièrement pat de belles pactoles , ensuite par des menaces , enfin par des
coups
DE SAINT POLYEUCTE. tf
conps qu’il lui fait donner par ses bourreaux sur tout le visage i mais , n’en ayant pu venir ^ à bout , pour dernier efibrt il lui envoie sa fille Pauline , afin de voir si ses larmes n’au- Toient point plus de pouvoir sur l’esprit d’un mari , que n'avoient eu ses artifices et ses rigueurs. Il n’avance rien par-là ; au contraire , voyant que sa fermeté convertissoit beaucoup de Payens , il le condamne à perdre la tête. Cet arrêt fut exécuté sut l’heure j et le saint Martyr , sans autre Baptême que de son sang , s’en alla prendre possession de la gloire que Dieu a promise à ceux qui renonccroient à eux-mêmes pour l’amour de lui.
Voilà en peu de mots ce qu’en dit Surius j le songe de Pauline , l’amour de Sévere , le Baptême effectif de Polycucte , le sacrifice pour la victoire de l’Empereur , la dignité de Félix que je fais Gouverneur d’Arménie , la mort de Néarque , la conversion de Félix et de Pauline sont des inventions et des embellissemens de Théâtre. La seule victoire de l’Empereur contre les Perses a quelque fondement dans l’histoire ; et , sans chercher d’autres Auteurs , elle est
ji| ABRÉGÉ DU MARTYRE. &c.
lappoitée par M. CoefPeteau dans son histoire Romaine } mais il ne dit pas , ni qu’il leur imposa tribut , ni qu’il envoya faire des sacrifices de remercîment en Arménie.
Si j’ai ajouté ces incidens et ces particularités selon l’art, ou non , les Savans en jugeront : mon but ici n’est pas de les justifier ; mais seulement d’avertir le Lecteur de ce qu’il en peut croire.