‹ Horace, tragedie de P. CorneilleChapitre 79 sur 105 · SÉ V E R · texte numérisé non relu

SÉ V E R

Qu’à des pertsers si bas "mon amc se ravale !

Que je tienne Pauline à mon sort inégale !

Elle en a mieux usé : je la dois imiter ;

Je n’aime mon bonheur que pour la mériter. Voyons-la , Fabian , ton discours m’importune : Allons mettre à ses pieds cette haute fortune ;

Je l’ai dans les combats trouvée heureusement ,

En cherchant une mort digne de son amant.

Ainsi ce rang est sien , cette faveur est sienne.

Et je n’ai rien, enfin, que d’elle je ne tienne. Fabian.

Non ; mais , encore un coup , ne la revoyez point. •

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POLYEUCTE

Ah ! c’en est trop ; enfin > éclaircis-moi ce point. As-tu vu des froideurs quand tu l’en as priée ?

Je tremble à vous le dire : elle est...

Hk

Quoi ?

Mariée.

Soutiens-moi , Fabian , ce coup de foudre est grand » It frappe d’autant plus , que plus il me surprend.

Fabian.

Seigneur y qu’est devenu ce généreux courage ?

La constance est ici d’un difficile usage;-'

De pareils déplaisirs accablent un grand cccur ,

La vertu la plus mâle en perd toute vigueur ;

Et quand d’un feu si beau les âmes sont éprises ,

La mort les trouble moins que de telles surprises.

Je ne suis plus à moi quand j’entends ce discours. Pauline esc mariée !

Fabian.

Oui , depuis quinte jours , Polycucte, un Seigneur des premiers d’Arménie, Goûte de son hymen la douceur infinie.

Je ne la puis du moins blâmer d’un mauvais choix » Polyeucte a du nom , et sort du sang des Rois.

Foiblcs soulagcmcns d’un malheur sans rcmede 1 Pauline ! je verrai qu’un autre vous possédé!

O Ciel ! qui, malgré moi , me renvoyez au jour l O sort ! qui redonniez l’espoir à mon amour ! Heprenez la faveur que vous m’avez prêtée , ït rendez-moi la mort que vous m’avez ôtée!.., Voyons-U toutefois , et dans ce triste lieu Achevons de mourir en lui disant adieu.

Que mon cœur , chez les morts emportant son image. De son dernier soupir puisse lui faire hommage.

Seigneur , considérez...

Tout est considéré i

Quel désordre peut craindre un cœur désespéré }

N’y consent-elle pas i

Oui , Seigneur; mais...

N’impoitc.

Cette vive douleur en deviendra plus forte.

£h ! ce n’est pas un mal que je veuille guérir !

Je ne veux que la voir , soupirer et mourir !

Vous vous échapperez sans doute en sa présence :

Un amant qui perd tout , n’a plus de complaisance* Dans un tel entretien il suit sa passion ,

Et ne pousse qu’injure et qu’imprécation.

POLYEUCTE

Juge autrement de moi , mon respect dure encore { Tout violent qu’il est , mon désespoir l’adore.

Quels reproches aussi peuvent m’être permis ?

De quoi puis-je accuser qui ne m’a rien promis ? Elle n’est point parjure , elle n’est point légère : Son devoir m’a trahi , mon malheur et son pcrc ; Mais son devoir fut juste , et son perc eut raison» J’impute à mon malheur toute la trahison.

Un peu moins de fortune et plutôt arrivée »

* Eût gagné l’un par l’autre , et me l’eût conservée : Trop heureux , mais trop tard , je n’ai pu l’acquérir. Laisse-la-inoi donc voir , soupirer et mourir i F A B I A K.

Oui , je vais l’assurer qu’en ce malheur extrême. Vous êtes assez fort pour vous vaincre vous-même. Elle a craint comme moi ces premiers mouvemens , Qu’une perte imprévue arrache aux vrais amans ,

Et dont la violence excite assez de trouble ,

Sans que l’objet présent l’irrite et le redouble.

Fablan , je la vois.

Seigneur , souvenez- vous. . . • SÈVE RE.

Hélas ! elle aime un autre ! un autre est son époux !

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