I. Histoire de la lit ter al urc française
i. Histoire littéraire d'Italie, II' partie, ohap. xii
INTRODUCTION là
abslraits parfois, mais toujours si riches en analyses morales, en vues profondes sur le moi humain.
ACTE I. — Dès le début, les noms des six combattants, choisis par Albe et Rome, sont connus C'est une faute dans laquelle Corneille n'est pas tombé : la commettre, c'eût été s'interdire d'avance les émouvantes péripéties qui soutiennent ses deux premiers actes. Aussi, chez le poète italien, nous intéressons-nous beaucoup moins, soit à la joie orgueilleuse de Publius Horatius (le vieil Horace),, soit aux confidences plaintives que Cœlia Horatia (Camille) fait à sa nourrice, au songe qu'elle lui raconte, à sa pieuse visite au temple de Minerve, dont elle couvre les autels de fleurs. Irrémédiablement affaibli par cette faute originelle, l'intérêt rfest pas relevé par l'apparition du fécial M. Valerius, qui tient en main la poignée d'herbes traditionnelle, la verveine, la pierre tranchante du sacrifice, et accomplit sur la scène les cérémonies étranges que décrit Tile-Live.
ACTE II. — Au moment où le vieil Horace sort du temple et s'efforce de se dérober au respectueux empressement de la foule, Tatius, chevalier romain, vient lui annoncer la victoire de son fils, et lui fait un long récit du combat. Ici encore, les événements semblent se précipiter avec une brusquerie peu dramatique, puisque, dès le second acte, l'action principale touche à sa fin. Mais la part du spectacle n'en est pas diminuée : pendant qu'éclate la joie bruyante du peuple, la sœur d'Hoiace s'évanouit par deux fois, et son père, déjà tout consolé de la mort de ses fils par la victoire de Rome, la fait transporter dans sa maison.
ACTE III. — L'acte III est celui du fratricide ; mais on pense bien que le fratricide même aura besoin d'une éclatante mise en scène. Les trompettes sonnent; chargé des dépouilles des Coriaces, un esclave se dirige vers le temple de Minerve. Près du vieil Horace, venu à la rencontre de son fils, Cœlia Horatia, soutenue par sa nourrice, assiste avec une indignation mal contenue aux démonstrations de la joie populaire. Tout à coup elle reconnaît, entre tous, le vêlement de Curiace, qu'elle a tissu de sa propre main; elle le baise avec transport et de plus en plus s'exalte dans sa douleur. De là, les amers reprochos dont elle accable son frère victorieux, et qu'elle expie de sa vie. Sachons gré pourtant à l'Arélin d'avoir fait tuer Cœlia hors du théâtre; il aurait pu mettre le crime sous nos yeux, comme tout le reste. Le peuple d'ailleurs n'est jamais absent : il n'ose retenir le meurtrier, qui va paisiblement chez lui se dépouiller de ses armes, mais que le roi invite à comparaître devant lui, au Forum.
ACTES IV ET V. — Les deux derniers actes de VOrazia correspoiulcat au cinquième acte d'Horace. Pourquoi deux acie? au lieu d'un? Pourquoi séparer ce qui, logiquemenl, est inséparable? On n'en voit pas la raison, si ce n'est que le chitlre de cinq actes est consacré par la tradition. Nommés par le roi pour décider si Elorace est coupable de meurtre, les duuuivirs ne peuvent que le condamner: car le vieil Horace luimême ne. peut attester par serment son innocence. Le licteur s'avance donc vers le meurtrier, qui s'écrie : « J'en appelle au peuple. )) Dès lors cesse la magistrature des duumvirs : soulagés et comme délivrés par cet appel, ils redeviennent les amis, les protecteurs de l'accusé. Convo({ué par le roi, le peuple entend tour à tour et le plaidoyer du vieux Publias Horatius, qui offre de mourir pour son fils, et les réponses qu'y t'ont plusieurs citoyens, et l'orgueilleuse déclaration du meurtrier lui-même, qui refuse d'accepter le sacrifice paternel, satisfait de mourir, puisqu'il meurt couvert de gloire. C'est vers le pardon que l'assemblée incline enfin, mais Horace absous devra passer sous le joug la tête voilée. Si bénigne que soit cette condamnation, le jeune héros n'en est pas moins indigné; il maltraite le licteur qui s'approche. Sans doute il ne céderait pas, — car ce caractère indomptable se soutient jusqu'à la fin, — si Jupiter, apparu tout à coup au milieu des éclairs, ne lui ordonnait d'obéir.
Ce deus ex machina n'intervient ni chez Tite-Live, qui nous montre le jeune Horace docile aux volontés de son père, ni chez Corneille, qui tient à épargner à son héros cette humiliation suprême. Ginguené croit pourtant que Corneille, supérieur à l'Arétin dans les trois premiers actes, est inférieur dans les deux derniers : « Les duumvirs, écrit-il, juges inflexibles d'Horace, mais ensuite amis et concitoyens ofticieux de sa famille, cette assemblée du peuple entier, où est plaidée et jugée la cause d'Horace, ont bien plus de mouvement, d'intérêt et de grandeur que l'audience mesquine que le roi vient donner chez le vieil lloracocontre tous les usages romains, et uniquement, de l'aveu de Corneille lui-même, pour ne pas manquer à l'unité de lieu. » Il ne faudrait pas exagérer cette vue, juste en soi : car ces deux actes ne sont guère qu une succession de tableaux éclatants et, au pomt de vue dramatique, prêtent à la critique plus encore que le cinquième acte de Corneille. Le caractère du vieil Horace y est pourtant tracé avec vigueur, et Corneille n'eût pas désavoué ces fieras paroles du quatrième acte :
« PrBMUS UORATIUS,
« La loi! 11 n'y en a plus à Rome.