LE VIEIL HORACE, HORACE, CURIACE, SABINE, CAMILLE
LE VIEIL HORACE
Qu'est-ce ci, mes enfants? écoutez-vous vos flammes,
Et perdez-vous encor le temps avec des/emmes'? 680
Prêts à verser du sang, regardez-vous des pleurs?
Fuyez, et laissez-les déplorer leurs malheurs.
lueurs plaintes ont pour vous trop d'art et de tendresse ;
Elles vous feraient part enfin de leur faiblesse,
Et ce n'est qu'en fuyant qu'on pare de tels coups. 685
SABINE
N'appréhendez rien d'eux, ils sont dignes de vous.
Malgré tous nos efforts, vous en devez attendre
Ce que vous souhaitez et d'un fils et d'un gendre;
Et, si notre faiblesse ébranlait leur honneur,
Nous vous laissons ici pour leur rendre du cœur, 690
Allons, ma sœur, allons, ne perdons plus de larmes;
677. « Voilà l'homme à « l'âpre vertu » qui demande grâce. Il a fléchi, sans cesser d'être lui-même, sous l'effiayante ironie de Sabine. C'est là cependant le but de ce discours, qui, suivant Voltaire, n'est « qu'un effet de rhétorique, l'effet d'une douleur trop étudiée. » Non, non; il n'y a ici ni effort de rhétorique, ni douleurs étudiées. 11 y a l'inspiration du désespoir, et une inspiration si puissante et si vraie, qu'elle va droit au cœur d'Horace et qu'elle lui arrache presque l'aveu de sa faiblesse. » (Aimé Martin) Nous enregistrons cette apologie sans nous y associer tout à fait: car, si les railleries de Voltaire dépassent parfois la mesure, il n'en demeure pas moins certain que cette scène est froide, artificielle, «t que l'action s'en pourrait passer.
670. « Qu'est-ce ci ne se dit plus que dans le discours familier. » (Voltaire) La familiarité ici est sublime. Une scène de Polycucte (IV, 6) commence aussi par ces mots: n Qu'cst-ceci, Fabian? » La tournure correspondante qu'est-ce là subsiste seule. — « Qu'est-ceci, qu'est ceci, il ne faut pas confondre ces deux locutions. Qu'est-ce ci veut dire: qu'y a-t-il ici? que se passe-t-il ici? Mais qu'est ceci veut dire: quelle chose est ceci, la chose dont on parle, que l'on montre. » (M. Littré.)
684. C'est-à-dire, elles nous feraient partager leur faiblesse :
Dieu fait part a.n besoin de sa force infinie. [Polycucte, ll.fi.)
«■85. M. Géruzez rappelle ici le mot d'Horace: « Effugere est triumphus. Plus tard. Corneille reprendra et développera cette pensée :
Fuyez un ennemi qui sait vo-re défaut,
Qui le trouve aisément, qui blesse par la vue,
et dont le coup mortel vous plait quand il Toas tae. [Polyeucte, 1, i )
Contre tant de vertus ce sont de faibles armes. Ce n'est qu'au désespoir qu'il nous faut recourir. Tigres, allez combattre, et nous, allons mourir.