CAMILLE, SABINE, JULIE
SABINE
Ma sœur, que je vous die une bonne nouvelle.
CAMILLE
Je pense la savoir, s'il faut la nommer telle;
On l'a dite à mon père, et j'étais avec lui;
Mais je n'en conçois rien qui flatte mon ennui :
Ce délai de nos maux rendra leurs coups plus rades; 835
Ce n'est qu'un plus long terme à nos inquiétudes;
Et tout l'allégement qu'il en faut espérer,
823. On a doji remarqué que Corneille francise les noms latins ; voyez la note du V. 52.
826. « Connaître ne veut pas dire reconnaître », observe Voltaire II le voulait dire alors, et Corneille en use fréquemment en ce sens :
AussilôL qu'il me voit, il daigoe me connaître. [Pompée, 162B.)
828. N'avoueront point, n'approuveront pas , ne ratifieront pas ; voyez le V. 1587.
831. Bie, ancien subjonctif pour dise, n'est point, comme semble le croire Voltaire, une licence poétique; on en trouve de très nombreux exemples chez tous les tragiques, et M. Marly-Lavcaux prouve fort bien que M. Qiiichcrat se trompe dans son Traité de versification française, quand il affirme que Corneille corrigea ici die en dise. Corneille n'a jamais clierché à faire disparaître cette forme, et il l'a employée en tout temps, paitirulicrement à la rime. C'est son frère, Thomas, qui, dans l'édition de 1602, a substitué, partout où il l'a pu, dise à die. D'ailleurs, si Thomas Corneille défend d'employer cettte forme archaïque, Vaugelas ne la proscrit pas, et M. Littré croit qu'ainsi autorisée elle peut encore être conservée dans la poésie.
Elle vaut bien un trône, il faut que je le die. {Ho<loi}une, ISB.) Permettez que tout haut je le die et rcdic. (Psyclié. 1100.)
834. Qui flatte mon ennui, qui adoucisse mon chagrin. Sur flatter, voyez la note du v. 71.
837. Allrt/oment, soulagement, consolation, ce qui allège la douleur, la rend plus légère à porter; Chimène dit à Rodrigue :
Mon àme aurait trouvé liaiis le l)ien <le le voir L'uni'jue attcgemetu qu'elle ei'il pu recevoir. (111. i.)