‹ Horace, tragédie. Éd. nouv. à l'usage des classes, avec une introd., des éclaircissements et des notesChapitre 117 sur 159 · ACTE III, SCENE III H · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE III H

C'est de pleurer plus tard ceux qu'il faudra pleurer.

SABINE

Les dieux n'ont point en vain inspiré ce tumulte.

CAMILLi:.

Disons plutôt, ma sœur, qu'en vain on les consulte. 840

Ces mêmes dieux à Tulle ont inspiré ce choix,

Et la voix du public n'est pas toujours leur voix;

Us descendent bien moins dans de si bas étages

Que dans l'âme des rois, leurs vivantes images,

De qui l'indépendante et sainte autorité 845

Est un rayon secret de leur divinité.

JULIE

C'est vouloir sans raison vous former des obstacles

Que de chercher leur voix ailleurs qu'en leurs oracles;

Et vous ne vous pouvez figurer tout perdu

Sans démentir celui qui vous fut hier rendu. 850

CAMILLE

Un oracle jamais ne se laisse comprendre:

On l'entend d'autant moins que plus on croit l'entendre,

Et, loin de s'assurer sur un pareil arrêt,

Qui n'y voit rien d'obscur doit croire que tout l'est.

SABINE

Sur ce qu'il fait pour nous prenons plus d'assurance, 855 Et souffrons les douceurs d'une juste espérance. Quand la faveur du ciel ouvre à demi ses bras.

840. Dominée par une passion qui l'absorbe tout entière, Camille n'a pas la piété résignée de Sabine ; elle parle en esprit fort.

842. C'est l:i réfutation du proverbe connu : Vox popub, vox Dei.

843. Dans de si bas étages, dans des conditions si basses, dans des rangs si humbles. Molière a dit : « ceux du plus haut"fetage » [Misanthrope, II, 3), pour : les grands; et Bossuet {Annonc, 2) : « le plus bas étage de l'univers ». Il faut accorder à Voltaire que cette contestation de Sabine et de Camille parait assez froide à un moment où l'on est si impatient de savoir ce qui se passe, et que ce n'est guère à Camille qu'il appartient de disserter sur la supériorité des rois.

845. Var. Et de qui l'absolue et sainte autorité. (1641-1648.)

Cette tliéorie du droit divin des rois fait sourire, lorsqu'on pense qu'il est question de TuUus Hostilius.

852. Corneille a répété ces vers dans sa Psyché, et il semble que Racine s'en soit souvenu :

Un oracle jamais n'est sans obscurité ;

On l'entend d'autant mnins que mieux on croit l'entendie. [Psyché, II, 3.)

Un oracle toujours se plaît à se cacher. [l))JiiQc>iie, II, 1.)

853. Loin de s'assurer, loin de prendre assurance, de se rassurer, d'obtenir It certitude.

854. Tout l'est forme une fin de vers aussi peu élégante que 7non époux l'est, s\ bien corrigé par Corneille au v. 25; voyez la variante.

857. Les bras de la faveur du ciel, ouverts à demi, métaphore abstraite et que l'tsprit a peine à concevoir

Qui ne s'en promet rien ne la mérite pas; Il empêche souvent qu'elle ne se déploie, Kt, lorsqu'elle descend, son refus la renvoie. 860

CAMILLE

Le ciel agit sans nous en ces événements Et ne les règle point dessus nos sentiments.

JULIE

H ne vous a fait peur que pour vous faire grâce.

Adieu : je vais savoir comme enfin tout se passe.

Modérez vos frayeurs : j'espère à mon retour 865

Ne vous entretenir que de propos d'amour,

Et que nous n'emploîrons la fin de la journée

Qu'aux doux préparatifs d'un heureux hyménée.

SABINE

J'ose encor l'espérer.

CAMILLE

Moi, je n'espère rien.

JULIE

L'effet vous fera voir que nous en jugeons bien. 870

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