Amorce, appât, tout ce qui amorce, tout ce qui attire
Craignez d'un vain plaisir les trompeuses amorces.
(Boileau, Art poétique, l.)
920. Avec Voltaire, nous trouvons que ces deux peut et ce veut forment un concours de syllabes dures, sourdes, peu agréables à l'oieille. Toute cette fin du couplet de Camille est Ijien ralfinée ; on y retrouve toutes les expressions do fubtile galanterie dont s'égaiera plus tard Boileau.
^8. « Comme l'arrivée du vieil Horace re«d la Tie au théâtre qui languibs»il I
Mes filles ; mais en vain je voudrais vous celer
Ce qu'on ne vous saurait longtemps dissimuler : 930
Vos frères sont aux mains; les dieux ainsi l'ordonnent.
SABINE
Je veux bien l'avouer, ces nouvelles m'étonnent,
Kt je m'imaginais dans la divinité
Beaucoup moins d'injustice et bien plus de bonté.
Ne nous consolez point : contre tant d'infortune 933
La pitié parle en vain, Jajvygûn importune.
Nous avons en nos mains la fm de nos douleurs,
Et qui veut bien mourir peut braver les malheurs,
Nous pourrions aisément faire en votre présence
De notre désespoir une fausse constance ; 940
Mais quand on peut sans honte être sans fermeté,
quel moment et quelle noble simplicité! On pourrait objecter guTIonice ne de Trait pas venir avertir des femmes que leurs époun et leurs frères sont aui mains, que c'est venir les désespérer inutilement et sans raison, qu'on les a même renfermées pour ne point entendre leurs cris, qu'il ne résulte rien de cette nouvelle; mais il en résulte du plaisir pour le spectateur qui, malgré cotte critique, est très aise de voir le vieil Horace. » (Voltaire.) « Il faut bien qu'elles soient averties de ce qui se passe, qu'on les prépare aux malheurs qu'elles ont h redouter. Loin de venir les désespérer inutilement, le vieil Horace, en leur avouant qu'il partage leuis douleurs et qu'il a besoin de tout son courage pour ne pas s'attendrir comme elles, est en effet le seul qui puisse adoucir ce que leuï situation a de terrible. » (Palissot.) 93i. Sont aux mains, absolument:
S^ns ilouio ils sont aux main» ; il n'en faut pins parler. (<7irf, II, 4.)
En général on dit : être aux mains, en venir aux mains avec quelqu'un : « Rome était aux inains avec les Samnites. >> (Bossuet, Histoire.) 11 est vrai qu'ici voi frères indique à la fois les Horaces, frères de Camille, et les Curiaces, frèrei de Sabine. On n'a donc besoin de rien ajouter au sens très clair: vos frères ont enjragé le combat les uns contre les autres.
932. Sur étonner, voir la note du vers 671 ; ici, le sens de ce mot est moîni fort et plus ironique.