ACTE IV, SCÈNE VII li
Es-tu de mon honneur si moilelle ennemie Que je le plaise mieux couvert d'une infamie? 1.3G0
Sois plus femme que sœur, et, te réglant sur moi, Fais-loi de mon exemple une immuable loi.
SABINE
Cherche pour l'imiter des âmes plus parfaites.
Je ne l'impule point les pertes que j'ai faites,
J'en ai les sentiments que je dois en avoir, 1363
Et je m'en prends au sort plutôt qu'à ton devoir:
Mais enfin je renonce à la vertu romaine
Si, pour la posséder, je dois être inhumaine ;
Et ne puis voir en moi la femme du vainqueur
Sans y voir des vaincus la déplorable sœur. 1370
Prenons part en public aux victoires publiques. Pleurons dans la maison nos malheurs domestiques, Et ne regardons point des biens communs à tous, Quand nous voyons des maux qui ne sont que pour nous. Pourquoi veux-tu, cruel, agir d'une autre sorte? 1375
Laisse en entrant ici tes lauriers à la porte ; Jlôle tes pleurs aux miens. Quoi! ces lâches discours N'arment point ta vertu contre mes tristes jours? Slon crime redoublé n'émeut point ta colère? Que Camille est heureuse! elle a pu le déplaire; 1380
Elle a reçu de loi ce qu'elle a prétendu,
qne le premier s'emploie quand il s'agit d'une action qui n'a pas un but marqué hors du sujet: Je tâcherai d'oublier cotte injure; et le second, quand il s'agit d'une action qui a un but marqué hors du sujet : Il tâche à m embarrasser, à me nuire. Mais cette distinction n'est pas appuyée par l'usage des auteurs, et il faut en revenir à ce que disait Bouhours, que c'est l'oreille qui doit décider ea chaque cas entre à et de. » (M. Littré.)
1360. Var. Que je te plaise mieux tombé dans l'infamie. (16il-1648.) 13Ô7. C'est, selon la remarque de Voltaire, une répétition un peu froide des tors de Curiace :
Je rends grâces ans diens de n'être pas Romain, etc. 1370. Déplorable, malheureuse, dont le sort mérite des pleurs, se disait alors, mais ne se dit plus guère des personnes :
Vous voyez devant vous un prince déplorable. {Phèdre, II, 2.) Voyez la note du vers 801 sur une acception analogue du verbe déplorer 1372. Sur le sens de l'adjectif domestiques, voyez le vers 1175. 1376. " Corneille laissait, pour me servir de ses propres expressions, ses lauriers à la porte de l'Académie. » (Discours de Racine en réponse à Thomas Corneille.) — « Ilavait accoutumé de dire qu'un novice, entrant dans le monastère, devait laisser son corps à la porte. » (Bossuet, Panégyrique de saint Bernard.)
1379. Redoublé, non pas, au sens propre, doublé, mais augmenté de beaucoup :
Car enfin n'attends pas que mes feux rcdouhlét
Des périls les plus grands puissent être troublés. (Racine, Andromaque, I, 1.
1381. Prétendre, activement, pour réclamer ; en général, prétendre est neutre
Et recouvre là-bas tout ce qu'elle a perdu
Cher époux, cher auteur du tourment qui me presse,
Ecoute ta pitié, si ta colère cesse;
Exerce l'une ou l'autre, après de tels malheurs, 1383
A punir ma faiblesse ou finir mes douleurs:
Je demande la mort pour grâce ou pour supplice:
Qu'elle soit un effet d'amour ou de justice,
N'importe : tous ses traits n'auront rien que de doux
Si je les vois partir de la main d'un époux. 1390
Quelle injustice aux dieux d'abandonner aux femmes
Un empire si grand sur les plus belles âmes,
Et de se plaire à voir de si faibles vainqueurs
Régner si puissamment sur les plus nobles cœurs!
A quel pointma vertu devient-elle réduite! 1395
Rien ne la saurait plus garantir que la fuite.
Adieu, Ne me suis point, ou reliens tes soupirs.
SABINE, seule.
G colère ! ô pitié ! sourdes à mes désirs,
et l'on dit prétendre à, pour aspirer à. Mais le sens actif que Corneille donne à ce verbe a quelque chose de plus énergique :
Comme le plas vaillant, je prélendsloL troisième. (La Fontaine, Fables, ï, 6.)
1383. Sur presser, voyez la note du vers 1353.
1389. Var. N'importe; tous ?es traits me femMeront fort doux. (16*1 1648.)
1305. « Devient réduite n'est pas français. Ce mot devenir ne convient jamais qu'aux alfcclions de l'âme; on devient laible, malheureux, hardi, timide, etc. ; on ne devient pas forcé à, réduit à. » (Voltaire.) — « Nous convenons que le vers de Corneille n'est pas français; mais Voltaire se trompe lorsqu'il ajouli; que le mot devenir ne convient qu'aux affections de l'âme; on devient vieux aveuïle, sourd, parai j tique; on devient riciic, pauvre, etc. » f Palissot. ) Nous irions plus loin que l'alissot, et partagerions volontiers l'opinion de M. Littré, qui cite un exemple semblable de Corneille:
Les plus dignes soins d'une flamme si pnre Deviennent partages k toute la nature. {Pulchérie, I, 1.)
«Voltaire, dit M. Littré, a condamné cet emploi du verbe devenir. Est-ce avei raison? La distinction entre l'adjectif et le participe est si subtile, que cette condamnation ne sera pas généralement admise. On dit très bien devenir enllé, dégoûté, etc. Il ne faut donc pas contester à Corneille cet emploi qu'il fait de devenir.» Voyez le vers 1423.
1306. Evidemment, Corneille a voulu, en opposant cette scène inutile et froide i la scène des imprécations, nous attendrir après nous avoir frappés, et diminuer l'horreur qu'Horace nous inspire désormais, en faisant aussi large que possible cher, ce fratricide la part dos sentiments humains. Mais on ne peut s'eni|jéchi!r de rcconnailre qu'ici l'einolion d'Horace surpren<l beaucoup plus qu'au sec 'ud acte, qu'elle est moins vraisemblable, après un tel acte de fureur, et, par ■uite, touche moins.