ACTE V, SCÈNE III
Où tu penses choisir un lieu pour son suplice? Sera-ce entre ces murs que mille et mille voix Font résonner encor du bruit de ses exploits? 1690
Sera-ce hors des murs, au milieu de ces places Qu'on voit fumer encor du sang des Curiaces ? Entre leurs trois tombeaux, et dans ce champ d'honneur Témoin de sa vaillance et de notre bonheur? Tu ne saurais cacher sa peine à sa victoire : 1695
Dans les murs, hors des murs, tout parle de sa gloire, Tout s'oppose à l'effort de ton injuste amour, Qui veut d'un si beau sang souiller un si beau jour. Albe ne pourra pas souffrir un tel spectacle, Et Rome par ses pleurs y mettra trop d'obstacle. 1700
{Ail roi.)
Vous les préviendrez. Sire, et, par un juste arrêt. Vous saurez embrasser bien mieux son intérêt. Ce qu'il a fait pour elle il peut encor le faire ; il peut la garantir encor d'un sort contraire. Sire, ne donnez rien à mes débiles ans : 1705
Rome aujourd'hui m'a vu père de quatre enfants ; Trois en ce même jour sont morts pour sa querelle ; Il m'en reste encore un, conservez-le pour elle : N'ôtez pas à ses murs un si puissant appui, Et souffrez, pour finir, que je m'adresse à lui. 1710
(A Horace.)
Horace, ne crois pas que le peuple stupide
du passage de Tite-Live : «Hunccine, quem modo dccoratum ovanteraque Victoria incedentem vidistis, Quirites, euni sub furca vinctuin intcr vcrbera et rruciatus videre potcstis ? Ouotl vix Albanorum oculi tam déforme spoctaculam ferre possent. I, lictor; coUiga iiianus, quee paulo ante armatoe impcrium populo romano pepererant. l, caput obniibe liberatoris urbis hnjus ; arbori iiifuiici suspende; verbera, vel intra pomœrium, modo inter illam pilam et spolia hoslium, vol extra pomœrium, modo inter sepulcra Curiatiorum. Quo enim ducero Iiunc juvenem potestis, ubi non sua décora eum à tanta fœditate supplicii vindicent? » Malgré la beauté du texte latin, qui ne sent tout ce que Corneille y ajoute Ici ?
1698. Un si bon sang ; sur ce sens particulier de bon, employé pour généreux, voyez les vers 408, 615, 1083.
1702. Racine fait dire en termes analogues à Esther, dans la belle prière qu'elle adresse au Dieu des Juifs:
J'attendais le moment marqué dans ton anot Pour oser de ton peuple embrasser l'intérêt. (I, 4.)
1705. Ne donnez rien, n'accordez rien; voyez le vers 105; c'est le lalin condonarc.
1707 Querelle, qu'on a déjà rencontré au vers 630, s'employait dans le style le plus noble, avec le sens de parti, cause:
Chimène, remets-tu ta querelle en sa main "> [Cid, IV, 6.) ■ ... ... .^^
Voilà donc quels vengeurs s'arment pour ta querelle ! {Àthalîe, III, 6.)
Si queiiiue audacieux embrasse sa querelle.
Qu'a la fureur du glaire ou le livre avec elle '. {Ihid, V, 6.)
1711. On voit que stupide s'employait dans la tragédie classique ft que l«
Soit le maître absolu d'un renom bien solide.
Sa voix tumultueuse assez souvent fait bruit ;
Mais un moment l'élève, un moment le détruit,
Et ce qu'il contribue à notre renommée 171?î
Toujours en moins de rien se dissipe en fumée.
C'est aux rois, c'est aux grands, c'est aux esprits bien faits,
A voir la vertu pleine en ses moindres effets ;
C'est d'eux seuls qu'on reçoit la véritable gloire;
Eux seuls des vrais héros assurent la mémoire. 1720
Vis toujours en Horace, et toujours auprès d'eux
Ton nom demeurera grand, illustre, fameux,
Bien que l'occasion, moins haute ou moins brillante,
D'un vulgaire ignorant trompe l'injuste attente.
Ne hais donc plus la vie, ou du moins vis pour moi, 1725
Et pour servir encor ton pays et ton roi.
Sire, j'en ai trop dit : mais l'affaire vous touche, Et Rome tout entière a parlé par ma bouche.
VALÈRE
Sire, permettez-moi...
TULLE
Valère, c'est assez.
Vos discours par les leurs ne sont pas effacés; 1730
drame romantique n'a rien innové. Il est vrai que les écrivains du xtii* siècle donnaient en général à cet objet un sens étymologique, qu'il n'a pas ici : frappé de stupeur.
1713. Fait bruit, pour fait du bruit, a du retentissement.
1714. L'élève, le renom, et non pas le peuple ; mais la construction n'est pas rette.
1715. Les anteoTS du siècle de Louis XIV, dit M. l.ittié, emploient contribuer activement. C'est la forme latine et la forme ancienne, l-ille est aujourd'hui peu usitée, sans être aucunement incnrrectc. « Chascun doibt contribuer h la société publique les debvoirs et offices qui la touchent. » (Montaijrne.) « Je contribue seulement i"! cet ouvrage ce que je puis, selon ma petite capacité. » (I.a Noue.) M. l.illré cite d'autres exemples empruntés à d'Aubigné, Amyot, Descartes, Pascal, M"" de Sévigné, Bossuet, Saint-Simon, Massillon. Furetière, observe M. Marly- Laveaux, ne donne en 1690 aucun exemple de ces tours actifs; mais l'AcaiIcmie (tG04) en cite plusieurs, et dit que contribuer s'emploie à l'actif dans ses divers sens.
1716. Sur en moins de rien, voyez la note du vers 1204.
1717. Voltaire prétend que c'est à C irncille que Pascal a emprunté la maxime: le il faut plaire aux esprits bien faits. » La rencontre semble assez naturelle pour être fortuite.
1718. La vertu pleine, la vertu complète, parfaite: « Que l'homme contempla donc la nature dans sa haute et pleine majesté. » (Pascal, Pensées.)
Il est hien dos endroits ofi la pleine fraroliiso
iJevicndrail ridicule ot serait [leu puimise. {Misanthrope, I, i)
1728. '■ Combien le plaidoyer du vieil Horace est historiquement vrai I On ne (.eut avoir raison avec plus d'habileté, de bon sens, d'cloqueace et de patriotisme. » 'Ûesjardius, le grand Corneille hisloricn.)