ITistoire de l' Académie française
2. Voir dans notre édition de Cinna la notice sur cette dédicace trop fameuse.
3. Ajoutez que Corneille s'était soumis, s'il est vrai qu'il ait écrit, dans une lettre remise à Richelieu par Boisrobert : « Je suis un peu plus de ro monde qu'lléliodoro, qui aima mieux perdre son évcihé que son livre, et j'aime mieux li.i bocni's gr.iccs de mon maître que lontea les réputations delà terre. »
Pourquoi ne pas le dire? On s'est trop habitué peut-être à idenlifier Corneille avec les héros cornéliens, et l'on a un peu oublié le normand madré, qui, à de certains moments, se laisse entrevoir à côté de Rodrigue ou d'Horace. Il y a deux hommes en lui, l'homme indépendant et conscient de sa valeur, qui sait, quand il le faut, faire tête à l'orage, et l'homme de cour, gauche, emprunté, mal à l'aise dans un rôle qui n'est pas fait pour lui, mais point si naïf cependant qu'on pourrait le croire, et diplomate à l'occasion. C'est ainsi qu'il ne se contentait pas « d'être à son Eminence^ » et de le dire ; il s'efforçait encore de gagner les gens qui tenaient à Son Eminence de plus près que lui. 11 lisait son Horace à un public choisi^. Chez qui? ChezRotrou peut-être, le seulqui eût défendu le CmL^ Non, mais chez l'abbé de Boisrobert, qui l'avait parodié. Et quels auditeurs privilégiés assistaient à cette lecture? Précisément ceux dont Corneille avait intérêt à prévenir l'hostilité déjà éprouvée: à côté du cynique Boisrobert, valet à tout faire du cardinal, le maigre et pâle Claude de l'Estoile, seigneur du Saussay,que Corneille avait déjà rencontré dans la commission des cinq auteurs, et qui avait la réputation de connaître à fond les règles, critique redoutable par là; à côté de Barreau et Charpi, dont la postérité ne se souvient guère, le docte Chapelain, dont elle se souvient en souriant; à côté de Faret, l'un des premiers académiciens, mais dont le nom rimait trop facilement à cabaret; le dogmatique abbé d'Aubignac, théoricieti estimable de la tragédie et mauvais tragique, mais mauvais dans les règles. Chez tous, le respect, au moins apparent, des règles était égal au dévouement pour le cardinal ; double raison pour aue Corneille ménageât cet étrange aréopage.
Quels sentiments fil naître cette lecture, nous le savons par l'aveu même des principaux auditeurs. Boisrobert applaudissait bruyamment, ce qui ne l'empêchait point de se moquer tout bas, en écoutant Corneille, fort mauvais lecteur, on le sait, « barbouiller» de si beaux vers'. Chapelain critiquait la fin de la pièce, brutale et froide à son jugement, et gravement, doctoralemeni, démontrait « par le menu » à Corneille comment il eût dû s'y prendre*. Pour d'Aubignac, il louait la narration coupée du combat, l'invention du caractère de