LoUre de Chapelain à Balzac, 17 novembre
S. Discours des trois unités.
■9- Di:\cwrs du poème dramatique, '-
le développement du génie de Corneille. Au reste, La Harpe n'a guère fait que répéter Voltaire, et Voltaire lui-même, il faut l'avouer, montre une rigueur moins injuste que d'ordinaire dans ses observations sur Horace. Il est encore, — qu'on nous passe l'expression, — dans la lune de miel des Commentiiires, et il écrit' : « Il sera peut-être bien ennuyeux de lire mes notes sur [es Horaces ; mais, avec un Corneille à la main, le plaisir de lire le texte 1 emportera sur le dégoût des notes. » Aussi l'Académie est-elle pleinement satisfaite, cette fois, comme on le voit par une lettre de d'Alembert, son interprète auprès de Voltaire ^ : « Nous avons été très contents de vos- Remarques sur les Horaces, beaucoup moins de celles sur Cinna, qui nous ont paru faites à la hâte. Les Remarques sur le Cid sont meilleures, mais ont encore besoin d'être revues. » Il est vrai qu'il critique vivement la duplicité de l'action et s'égaye fort aux dépens de la plaintive Sabine. « Je crois, dit Geoffroy, que si on eût demandé à Voltaire ce qu'il aurait voulu que fit Sabine pour être intéressante, il aurait répondu : Qu'elle mouriil^ ! » Mais, sans s'ériger en détracteur de Corneille, on peut, avec moins de cruauté, être ici de l'avis de Voltaire, et l'on souhaiterait que Vauvenargues*, son disciple ingénu, s'en fût tenu à ces critiques mesurées.
On ne fera point ici l'histoire détaillée des représentations d'Horace, ni l'énumération des acteurs qui tour à tour ont pu y jouer un rôle. Ces renseignements, souvent obscurs d'ailleurs et contestés, ont leur prix pour les éi'udits; dans une édition classique, il n'en faut prendre, ce nous semble, que ce qui intéresse l'histoire même de la littérature, ou ce qui peut éclairer d'une lumière plus vive certains passages de la pièce, diversement compris et rendus par d'intelligents interprètes.
N'est-ce point une bonne fortune, par exemple, que de trouver le nom de Molière associé à celui de Corneille ? Il est vrai que c'est dans une moquerie, dirigée, non contre les beaux vers du poète, mais contre la façon dont on les disait à l'hôtel de Bourgogne. Dans Vlmpromptu de Versailles:, Molière imagine un poète qui, désireux de faire jouer une comédie et de juger à quels comédiens il doit s'adresser, les soumet à une sorte d'épreuve préliminaire. Invités à réciter une scène d'amour, les comédiens, — sans doute ceux de la troupe de Molière, — choisissent la scène entre Camille et Curiace :
i. Lettre datée do Forney, le 13 auguste 17ftl.