‹ Horace, tragédie. Éd. nouv. à l'usage des classes, avec une introd., des éclaircissements et des notesChapitre 22 sur 159 · Obseroalions sur la tragélie ancienne et moderne · texte numérisé non relu

Obseroalions sur la tragélie ancienne et moderne

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lif de Corneille. Allant plus loin même, celte fois, que Lekain. elle rétablissait au Il<= acte d'Horace une leçon que Corneillelui-même avait corrigée dans l'édition de 1660. Au lieu de : « Iras-tu, ma chère âme"? » le poète, pris d'un scrupule excessif, faisait dire à Camille : u Iras-tu, Guriace? « Avec raison. M^'^ Clairon n'accepta point ce changement, qui refroidissail une louchante apostrophe. Elle crut que, si les mots avaient vieilli, le sentiment était resté vrai; c'est le sentiment qu'elles'efforça de rendre et qu'elle rendit avec une énergie dont le*applaudissement la récompensèrent.

Au contraire, ce n'est pas dans les scènes de tendresse» c'est dans les scènes émouvantes du IV^ acte, que M"« Rachcl déployait tout son "énie. Dans la scène ii, oii Valère raconleau vieil Horace la Im du combat, Camille désespérée laisse échapper un cri, un seul cri : Hélas! puis se renferme dans, un morne silence, qu'il est embarrassant pour une actrice de soutenir jusqu'au bout. La tragique attitude de M"^ Rachel, affaissée sur son fauteuil, presque sans connaissance, son regard fixe, son geste incertain rendaient ce silence éloquent, et concentrait sur elle l'attention, à un moment oIj Rome triomphante semble écraser tout ce qui n'est pas elle. « Je liens de M"^ Rachel elle-même, dit un contemporain', que ce fut à un état de malaise pliysique qu'elle emprunta l'idée et les moyens d'exécution de cette pantomime : elle venait d'être saignée, et elle ne fît que reproduire sur le théâtre l'abattement profond et les menaces douloureuses de syncopequ'elle éprouva. » Mais elle se réveillait dans le monologue qui suit, et surtout dans la scène des imprécations. Elle y était si belle qu'après l'avoir entendue, trop sûrs de ne pas la revoir, les spectateurs quittaient souvent le théâtre, sans écouler les scènes du V« acte, « qui sont comme nourries de lasubstance même de Tite-Live^ ». C'est le 12 juin 1838 qu'elleavait fait son début au théâtre, dans ce rôle même de Camille. l\ y a près d'un demi-siècle de cela, et la génération contemporaine n'a pas vu naître d'autre Rachel.

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