Discours du poème dramatique
3. Etudes sur les classiques français, I" vol. — Théâtre. Il v a peu de livrci destinés ;uix élèves qui aient la valeur originale et la finesse liltèi'aire de ce livr» modèle.
moignage de la tradition. Mieux valait donc suivre strictement les données d'une légende qui devenait seule responsable d'une infraction légère faite aux lois d'Aristote. » Enfin, le péril que court le jeune Horace au V acte n'est point si insignifiant qu'on veut bien le dire, et nous sommes, sur ce point, de l'avis de Geolïroy, lorsqu'il écrit' : « Pourquoi donc un danger si réel dans l'bisloire serait-il un danger illusoire sur la scène? »
Corneille avait entrevu celte explication; mais, dans sa modestie, il n'y insiste pas. Peut-être eùt-il pris plus d'assurance s'il avait mieux distingué l'unité d'intérêt de l'unité d'action. Or, c'est moins à l'unité d'action qu'à l'unité d'intérêt que s'attachent aujourd'hui nos auteurs dramatiques; ou plutôt c'est l'unité d'intérêt seule qu'ils reconnaissent, en lui sacrifiant les trois unités classiques d'action, de temps et de lieu. Il leur suffit qu'un héros central soit 1 âme d'une pièce et que tout s'y rapporte à lui, quelque âge qu'on lui donne, en quelque pays qu'on le transporte et de quelques événements qu'on le suppose l'auteur ou la victime. Au xvii« siècle, au contraire, selon le mot de Napoléon 1°'' à l'historien allemand Muller, la tragédie n'est pas une histoire, elle est une crise. Corneille ne pouvait donc invoquer pour sa défense une théorie dont il avait à peine le soupçon, bien loin d'en prévoir la fortune future. Est-ce à dire pourtant que nous n'ayons pas le droit de l'invoquer pour lui? Parce qu'il a ignoré — mais pressenti peut-être — les libertés du théâtre moderne, est-ce une raison pour que nous n'en revendiquions pas le Dénéfice en faveur de ce grand esclave des règles, esclave révolté parfois? Bien plus, cette unité d'intérêt, qu'on croit une invention toute moderne, ne la voyons-nous pas triompher chez les Grecs eux-mêmes, chez ces Grecs dont on opposa plus d'une fois à Corneille les noms vénérés et les redoutables exemples? Dans Hccî(5e, la plus pathétique peutêtre des tragédies d'Euripide, l'observateur le moins attentif n'aperçoit-il pas du premier coup d'œil deux actions distinctes, dont l'une a pour sujet l'immolation de Polyxènc, l'autre la vengeance d'Hécube sur le meurtrier de son fils Polydore? Ce qui se laisse voir chez Euripide, Corneille ne pouvait-il le deviner confusément? En tout cas, n'est-il pas excusable au môme degré?
Mais quel personnage communique à la tragédie l'unité
1. Cours de littérature dramatique. M. Mei-lof, qui est île Tavis de GeofTroy. observe que l'issue du rombat est plus certaine encore que l'issue du procès, et qu'on l'attend .'ependunt avec anxiété.
INTRODUCriON
d'intérêt? Selon quelques-uns, c'est le vieil Horace : « Ce caractère, si vigoureusement et si savamment tracé, peut neutraliser un défaut sur lequel Corneille lui-même a passé condamnation. La pièce, a-t-on dit, pèche contre l'unité d'action et d'intérêt, parce que le meurtre de Camille et le procès d'Horace ne se rattachent pas nécessairement à l'action principale et forment une seconde tragédie à la suite de la première. Cela est vrai, si le jeune Horace est réellement le centre de la tragédie; mais, quoique Corneille l'ignore, le pivot de l'action, n'est-ce pas le vieil Horace? Lepéril de ses enfants, ^ la mort de sa fille, le déshonneur de son lilsTie sont que des m'oyens dramatiques pour faire contempler dans toutes ses çittitudes ceUevieille Jigure romaine du père et du citoyen, \TTri7~dlTTrriïï"anl Tous~Tiéspèrgcrfmaj.^RS ftl caijcentran4r-ttnjs'ïes faits, produit au moins l'unité d'intérêt'. » Mais le jeune Horace ne peut-il avoir aussi ses partisans? Ne peut-on pas faire observer qu'il est étrange de retarder jusqu'à la fin du deuxième acte l'apparition du personnage essentiel? Dans Cinna, il est vrai, Auguste ne nous sera montré qu'au secondi acte; mais, au premier, on ne parlera que de lui. Ici, Horace et Sabine, Curiace et Camille concentrent d'abord sur eux l'at tention. H est vrai encore que, par l'effet d'un crer^cendo analogue à celui de Cinna, le vieil Horace, à la fin de la tragédie, grandit d'autant plus que son fils s'abaisse. iMais que prouve ce crescmdo même, sinon qu'il est un des héros de la pièce, ce qui n'équivaut pas à en être le héros unique?
Y aurait-il donc plusieurs héros? Cette abondance de personnages héroïques ne serait point une exception dans le théâtre de Corneille. Comme le jeune Horace, Cinna conquiert d'abord notre admiration, puis se l'aliène peu à peu. Dans la Morl de Pompée, oh chercher le héros unique? Est-ce Pompée, dont la grande ombre domine le drame? Est-ce César, vivant et vainqueur? Est-ce lafière Corné]ie?De môme, ici, nous hésitons, partagés entre des sentiments très divers, également incapables de nous défendre, et d^admiratio n pour la vertu iarouche du jeiine Horace et jl h()rréûr~poàr sn^ii crime, sentant bien qiiè" CorneUle^a voulu fajre dp lui ^Jm)
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STn-ffnnrniT^;" — -..nant au vieillard la sérénité
jVX .„'-■- ail Jt-'une homme. Lequel sera donc le héros ^onnitit.' Aucun, et tous les deux. Reprenant l'ancien titrp donne a Uoracc par la plupart des contemporains, nous dirion.»