‹ Horace, tragédie. Éd. nouv. à l'usage des classes, avec une introd., des éclaircissements et des notesChapitre 3 sur 159 · Une potenre ou une rroix, ou plutôt cnpore une fourche · texte numérisé non relu

Une potenre ou une rroix, ou plutôt cnpore une fourche

2. Dans les premiers temps, on frappait le condamné jusqu'à ce que la mort «*en suivit; plus fard, on le tuait d'un coup de hache avant qu'il ne mourût sous les verges ; enfin la loi Senipronia, portée par Tib. Gracchus, défendit de frapper un citoyen romain.

3. Petite colonne angulaire, surmontée des armes des Curiaces, et située dans

K que vous avez vu tout à Iheure s'avancer glorieux el Irioni- « pliant, pourrez-vous, Romains, le voir lié à un poteau, cxpi- « ranl sous les verges et dans les tortures? spectacle horrible « que supporteraient à peine les yeux desAlbains! Va, licteur, « allache ces mains, qui, tout à l'heure victorieuses, ont donné « l'empire au peuple romain! Voile la têle du libérateur de « Rome! Suspends-le à l'arbre fatal! Frappe-le de verges « dans l'enceinte de Rome, si tu veux, mais que ce soit près « de ces trophées et de ces dépouilles; ou hors de l'enceinte, « mais que ce soit entre les tombeaux des Curiaces. Car, en « quel lieu conduire ce héros, où les monuments de sa gloire ne « protestent pas contre l'ignominie de son supplice? » Le peuple ne put tenir contre les larmes du père et l'intrépidité du lils, insensible à de si grands dangers. Horace fut absous, grâce à l'admiration qu'inspirait son courage, plulôt qu'à la bonté de sa cause. Toutefois, comme un meurtre commis au grand jour demandait quelque expiation, on exigea du père qu'il purifiât son fils par des cérémonies dont le trésor public fit les frais. Après quelques sacrifices expiatoires, qui se sont conservés depuis dans la famille des Horaces, il éleva en travers du chemin un soliveau, espèce de joug, sous lequel il fit passer le jeune homme, la tête voilée. Ce soliveau, entretenu aux frais de l'Ktat, subsiste encore aujourd'hui : on l'appelle le Soliveau de la sœu7'. On éleva à la fille d'Horace, à l'endroit même où elle avait reçu le coup mortel, un tombeau en pierre de taille. »

Sauf quelques variantes de peu d'importance, le récit de Denys d'Halicarnasse (in, 1) et de Florus (i, 3) ne diffère pas de celui de Tite-Live. Florus dit aussi : u Absiulit virtus par- « riridam, » à peu près comme don Fernand, dans le Cid, absout Rodrigue :

Les Mores en fuyant ont emporté son crime *.

L'étude de la narration oratoire, déjà toute dramatique, de Tite-Live, est une préface nécessaire à l'élude du drame de Corneille. On peut remarquer qu'elle s'ouvre par un rapide exposé des causes qui firent éclater la guerre, une guerre presque civile, entre les Albains et les Romains. « Albo, la mère de Rome, disent les chants dont les beaux récits de Tite-Live sont encore l'écho lointain, Albe était peu à peu devenue étrangère à sa colonie, et de mutuels pillages ame-

la partie méi-idion.ile du Forum. Sous Auguste, le temps en avait détruit lea trophées, m.iis elle subsistait bnrore.

t. Cid, IV. 5.

nèrent la guerre'. « Que TiLe-Live, historien romain, ait mis tous les torts du côtû d'Albe, on ne saurait s'en étonner ; au fond, il sent bien que Melius a raison d'écarter les vains prétextes et de voir dans une ambition rivale la vraie cause d'une hostilité à laquelle la ruine de l'une ou l'autre ville pouvait seule inellre fm : car, ainsi que l'observe Geoffroy^, les haines de famille sont les plus fortes. Si l'on oubliait cette communauté d'origine, ces liens de tout genre qui unissaient deux peuples voisins et parents, on comprendrait mal une tragédie dont le principal intérêt vient précisément de là. Horace et Curiace ne personnifient-ils pas Rome et Albe? et si Horace semble avoir tout oublié pour ne plus voir que Rome, Curiace ne se souvient-il pas de « cette douce religion de la communauté des villes latines 3? » Avant lui, le dictateur d'Albe n"a-t-il pas parlé « au nom de la fraternité des peuples latins, confédérés sur le mont Albain*? » :

Nous ne sommes qu'un sang et qu'un peuple en deux villes; Pourquoi nous déchirer par des guerres civiles s?

Il faut bien que Rome domine tout pour effacer d'aussi longs, d'aussi chers souvenirs. Chose curieuse! Corneille a voulu que nous admirions les Horaces, parce que, dévoués absolument à la petite patrie, ils méconnaissaient la grande; et nous les admirons en effet. .Mais, au fond de notre cœur, quelque chose proteste, et nous nous retournons parfois, avec un attendrissement involontaire, vers ces Albains si doucement résignés, si humains, si fraternels, pour qui le patriotisme ne se confond pas avec la haine aveugle des autres nations.

Ou ne s'est pas contenté d'affirmer que le combat des Horaces et des Curiaces symbolise la lutte implacable d'Albe et de Rome; on a été jusqu'à le réduire à l'état de pure allégorie, dénuée de toute réalité historiijue, même de toute vraisemblance. Aussi sceptique, mais plus systématique que les Français Levesque et de Beaufort, l'historien allemand Niebuhr, dès le début du xix'^ siècle, retrouvait dans ces légendes historiques de l'ancienne R^me la trace visible de chants nationaux disparus. Les belles pages de Tito-Live ne seraient donc que le lointain ressouvenir d'une cantilène épique, mal à propos déguisée en récit authentique et précis. Notre Michelet, son disciple sur ce point, érigeait en dogme celte hypothèse; il

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