‹ Horace, tragédie. Éd. nouv. à l'usage des classes, avec une introd., des éclaircissements et des notesChapitre 48 sur 159 · ACTE I, SCÈNE I CD · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I CD

Lom de trembler pour elle, il lui faut applaudir; Puisqu'elle va combattre, elle va s'agrandir. Bannissez, bannissez une frayeur si vaine, __^

Et concevez des vœux dignes d'une Romaine.

SABINE

/e suis Romaine, hélas! puisqu'Horacc est Romain; 25

J'en ai reçu le titre en recevant sa main;

Mais ce nœud me tiendrait en esclave enchaînée,

S'il m'empêchait de voir en quels lieux Je suis née. i

Albe, où j'ai commencé de respirer le jour,

Albe, mon cher pays, et mon premier amour, 30

Lorsqu'enlre nous et toi je vois la guerre ouverte,

Je crains noire victoire autant que notre perte.

Rome, si tu (e plains que c'est là te trahir,

Tais-toi des ennemis que je puisse haïr.

Quand je vois, de tes murs, leur armée et la nôtre, 3o

Mes trois frères dans l'une et mon mari dans l'autre,

Puis-je former des vœux, et, sans impiété,

Importuner le ciel pour ta félicité?

Je sais que ton Étal» encore en sa naissance,

21. n lui faut applaudir, pour il faut lui applaudi?; tournure très usitée au xvii° siècle. Applaudir à, latinisme :

Seigneur. n'ètPs-vous point d'une humeur bien facile D'applaudir à Cotys sur son manque de {oi7 {Agcsilas, 669.)

25. Dans les premières éditions, Corneille avait écrit, sans prévoir qucllet mauvaises plaisanteries pourraient rendre ridicule son premier vers :

Je suis Romaine, hélas 1 puisque mon époux l'est;

L'hymen me fait de Rome embrasser l'intérêt :

Mais il tiendrait mon âme en esclave enchaînée

S'il m'ôtail le penser des lieux où je suis née. (1S41-164G.)

Il est superflu de faire observer à quel point la correction est heureuse.

29. On dit plutôt aujourd'hui commencer à que commcncr de, et déjà Vaujelas condamnait cette seconde tournure ; mais l'Académie l'autorise. — Respirer le jour, pour respirer l'air de la vie, voir la lumière. Les Latins, eux aussi, confondaient volontiers l'air et la lumière du j ur; Racine a plusieurs fois employé ce latinisme :

Quoi ! TOUS, à qui Néron doit le jour qu'il respire. [Dritannicus , I, I.) Je reçus et je vois le jour que je respire. [Iphigénic, II, t.)

30. « Voyez comme ces vers sont supérieurs à ceux du commencement : c'est ici un sentiment vrai; il n'y a point là de lieux communs, point de vaines sentences, rien de recherché, ni dans les idées ni dans les expressions. Albe, mnn cher pay.i, est la nature seule qui parle : cette comparaison de Corneille avec hii-nicme formera mieux le goût que toules les dissertations et les poétiques. » (Voltaire.)

34. « Ce vers admirable est reste en proverbe. » (Voltaire.) A l'cpoque de la révocation de l'édit de Nantes, Godcau, évêque de Grasse, l'ancien nain de Julie à rhôtel de Rambouillet, pressait vivement un nouveau converti do quitter une huguenote qu'il aimait; celui-ci lui répondit par ces vers.

36. « On le voit, observe M. Marty-Laveaux, Corneille n'est pas de l'avis det critiques qui excluent le mot mari du style de la haute poésie.

Ne saurait, sans la guerre, affermir sa puissance; 40

Je sais qu'il doit s'accroître, et que tes grands destins N'e le borneront pas chez les peuples latins; l/^ue les dieux t'ont promis l'empire de la terre, Et que tu n'en peux voir l'effet que par la guerre. Bien loin de m'opposer à cette noble ardeur, Qui suit l'arrêt des dieux et court à ta grandeur, Je voudrais déjà voir tes troupes couronnées D'un pas victorieux franchir les Pyrénées. Va jusqu'en l'Orient pousser les bataillons, I "î Va sur les bords du Rhin planter tes pn,villons/>-''^'^ 50

Fais trembler sous les pas les colonnes d'Hercule^ Mais respecte une ville à qui tu dois Romule.*-^' Ingrate, souviens-toi que du sang de ses rois ,

Tu tiens Ion nom, tes murs, elles premières lois. Albe est ton origine; arrête, et considère 55

Que tu portes le fer dans le sein de ta mère. ^ Tourne ailleurs les efforts de les bras triomphants : Sa joie éclatera dans l'heur de ses enfants,

42. Il est difficile de ne pas croire que Corneille se souvenait ici d'un passage du )•'■ chant de V Enéide:

Imperium Oceano, farmam qui terminet astris.

De même, le vers suivant rappelle ces autres vers de Virgile :

Hic ogo nec motas reriim nec tempera pono; Imperino] sine Qne dedi.

44. En, par une syllepse familière aux poètes du xvii* siècle, se rapporte à l'idée A&promeasc, bien que le substantif ne soit pas exprimé. Le sens est donc : tu ne peui voir que par la guerre la réalisation des prédirtioris divines.

47. ('ouroniiees. absolument, pour couronnée? des lauriers delà victoire.

50. Au sens propre, pavillon ne signiOait à l'origine que tente; par extension, il a signifié étendard.

52. On sait que Roinulus avait pour aïeul un roi d'Albe, Numitor. — Corneille aime ù franciser les noms latins-, dans Horace même il appellera Tulle le roi Tullus llostilius; dans Cinna. cl ailleurs, il dit Agrippe, Brute, Caligule, Cassie, Cinne, Décic, Scxtc, Pompone, Rutile, etc.

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