‹ Horace, tragédie. Éd. nouv. à l'usage des classes, avec une introd., des éclaircissements et des notesChapitre 52 sur 159 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

JULIE. (^,^^^-^./J.yJa,

Qu'on voit naître souvent de pareilles traverses, 93

En des esprits divers, des passions diverses!

Et qu'à nos yeux Camille agit bien autrement!

Son frère est votre époux, le vôtre esL son amant;

Mais elle voit d'un œil bien diiiërent du vôLre

Son sang dans une armée et son amour dans l'autre, 100

Lorsque vous conserviez un esprit tout romain,

Le sien irrésolu, le sien tout incerlain

De la moindre mêlée appréhendait l'orage,

De tous les deux partis détestait l'avanlage.

Au maltieur des vaincus donnait toujours ses pleurs, 105

Et nourrissait ainsi d'éternelles douleurs.

Mais hier, quand elle sut qu'on avait pris journée.

Et qu'enfin la bataille allait être donnée,

Une soudaine joie, éclatant sur son front...

SABINE

Ah, que je crains, Julie, un changement si prompt 1 110

Hier, dans sa belle humeur, elle entretint Valère :

Pour ce rival, sans doute, elle quitte mon frère;

Son esprit, ébranlé par les objets présents,

Ne trouve point d'absent aimable après deux ans.

95. Traverses n'est pas impropre comme le croit Voltaire ; chez tous les écrivains du xvii" siècle, une traverse, c'est une difficulté, un chagrin, un obstacle qui traverse une destinée ou une entreprise, c'est-à-dire en rend plus malaisé l'heureux accomplissement. Le sens, qui n'est nullement embarrassé, est: des mêmes malheurs naissent souvent, quand les esprits sont diiïérents, des sentiments opposés. Julie va le prouver en opposant les sentiments de Camille à ceux do Sabine. Comparez le vers 1203.

100. Saiig, très usité pour famille, race, parent ; voyez les v. 1326 et 1634.

Viens, mon Sis, viens, mon sang, viens réparer ma honte. {Cid, 266.)

102. Var. — Le sien, irrésolu, tremblotant, incertain. (1641-1655.)

104. De tous les deux partis, comme, au vers 396, de tous les deux côtés, pour; des deux partis, des deux côtés. — Détester, sens propre du latin detestari, maudire, comme au vers 790.

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