M. Desjardins, le grand Corneille historien
^. « Il y avait ceci de particulier chez les Romains, qu'ils mêlaient quelque •eiitiment religieux à l'amour qu'ils avaient pour leur patrie. » (Montesquieu.) 4. Voycï I, 3; V, 3, etc.
tantôt la fierté plus qu'huiiiaine de son indignation paternelle? A tous les actes de la vie civile et publique préside une divinité protectrice ou menaçante, dont il faut se conserver la faveur ou désarmer le courroux. Les sacrifices, sans cesse multipliés, sont un tribut qu'on lui doit et qu'elle attend : c'est pour consulter la volonté divine que le combat est suspendu: c'est parce que la volonté divine a prononcé que le combat s'engage'. Horace a-t-il vaincu? qu'un sacrifice en remercie les dieux. A-t-il égorgé sa sœur? qu'un sacrifice expiatoire les apaise 2. C'est ce qui a fait dire, fort justement, à M. Desjardins^, qn'Horacc était la peinture du « patriotisme religieux sous les premiers rois de Rome ».
Si voisine d'ailleurs qu'elle soit du fatalisme, cette foi enthousiaste et absolue n'annihile pas la volo)ité humaine. Appuyée précisément sur la religion, — puisque le père est avant tout le représentant de la religion domestique, — l'autorité paternelle nous apparaît comme sacrée. « Rien, dans notre société moderne, ne peut nous donner une idée de cette puissance paternelle. Dans cette antiquité, le père n'est pas seulement l'homme fort qui protège et qui a aussi le pouvoir de se faire obéir; il est le prêtre, il est l'héritier du foyer, le continuateur des aïeux, la tige des descendants, le dépositaire des rites mystérieux du culte et des formules secrètes de la prière. Toute la religion réside en lui... Le droit de justice que le père exerçait dans sa maison était complet et sans appel. 11 pouvait condamner à mort, comme faisait le magistrat dans la cité; aucune autorité n'avait le droit de modifier ses anêls*. » Le fils était donc, selon le terme juridique, in manu, in potcslate paMs, et, tant que son père vivait, il restait en puissance, quels que fussent d'ailleurs son âge et sa dignité. Même consul, il n'était pas aflranchi : vel consul remanet in poleslate patris, disent les InslitiUes. C'est seulement après la mort du père qu'il commence de s'appartenir à luimême, sin juris fit. h\Si[ue-\h, il ne peut ni posséder ou gagnei' pour lui-même, puisqu'il est dans la main d'un autre, ni tester, puisqu'il ne possède rien, et qu'au contraire il est possédé, à peu près au même litre qu'un objet mobilier dont on peut se défaire en le vendante Cette toute-puissance