ACTE II, SCÈNE III
Que les hommes, les dieux, les démons, et le sort 425
Préparent contre nous un général effort;
Je mets à faire pis, en l'élal où nous sommes,
Le sort et les démons, et les dieux, et les hommes :
Ce qu'ils ont de cruel, et d'horrible, et d'affreux.
L'est bien moins que l'honneur qu'on nous l'ail à tous deux. 430
Le sort, qui de l'honneur nous ouvre la barrière,
Offre à notre constance une illustre matière :
11 épuise sa force à former un malheur,
Pour mieux se mesurer avec notre valeur;
.El, comme il voit en nous des âmes peu communes, 435
Hors de l'ordre commun il nous fait des fortunes.
Combattre un ennemi pour le salut de tous,
Et contre un inconnu s'exposer seul aux coups,
D'une simple vertu c'est l'elfel ordinaire;
Mille déjà l'ont fait, mille pourraient le faire. 440
Mourir pour le pays est un si digne sort
425. Sur démons, voyez la note du vers 286. M. Géruzez rapproche de ce transport de Curiace le début de l'imprécation contre l'Angleterre, de J. du Bellay :
M'iDos. ombre?, esprits, et si rantu]uité A donné d'antres noms à votre dùité.
Erèbe, Phlégéton, Slyx, Aehéron, Coeyte, Le chaos et la nuit, et tout ce qui habite A ia gueule d'enfer, la rage, la fureur, etc.
Une analogie moins éloignée est celle qui existe entre le début de cette scène el ces vers de Rotrou, très antérieurs à ceux de Corneille :
Que la terre et le ciel, ennemis de nos flammes.
Unissent leurs fureurs pour désunir nos âmes ! (Hypocondriaque, I, i.)
426. Général effort, cette construction de l'adjectif avant le substantif n'est pas rare au xvn' siècle : on a'iait jusqu'à dire natale province, sacré nœud, etc.
427. Je mets à faire pis, je défie de faire pis. On disait également : meltre quelqu'un au pis, à pis ou au pis faire, le défier de faire tout le mal qu'il a le pouvoir ou l'intention de faire :
Ils me feront plaisir; je les mets k pis faire. {Plaideurs, II, 3.)