ACTE II, SCENE III
Et puisque, par ce choix, Albe moulre en effet 465
Qu elle m'eslime autant que Rome vous a fait,
Je crois faire pour elle autant que vous pour Rome;
J'ai le cœur aussi bon, mais enfin je suis homme.
Je vois que votre honneur demande tout mon sang,
Que tout le mien consiste à vous percer le tlanc; 470
Près d'épouser la sœur, qu'il faut tuer le frère.
Et que pour mon pays j'ai le sort si contraire.
Encor qu'à mon devoir je coure sans terreur.
Mon cœur s'en effarouche, et j'en frémis d'horreur;
J'ai pitié de moi-même, et jette un œil d'envie 475
Sur ceux dont notre guerre a consumé la vie.
Sans souhait de pouvoir reculer.
Ce triste et fier honneur m'émeut sans m'ébranler:
J'aime ce qu'il me donne, et je plains ce qu'il m'ôte.
Et si Rome demande une vertu plus haute, 488
Je rends grâces aux dieux de n'être pas Romain,
465. En effet n'est point ici un pur remplissage ; au xvii* siècle, le mot effet, réalité, s'opposait plus nettement qu'aujourd'hui à apparence. En effet signifie donc : comme son choix le fait paniîtpe.
466. Vous a fait n'esi point une faute, même légère, comme Voltaire le pense, et nous retrouvero'-- ,a vers 604 cette tournure très nette et très française, qui permettait f"" acer par faire un verbe précédemment exprimé, en lui donnant le même régime qu'à ce verbe :
J'aime autant son esprit que tu fais son visage. {Galerie du Palais, 30.)
II l'appelle son frèie, et laime, dans son âme.
Cent fois plus qu'il ne fait mère, Qls, fille et femme. [Tartufe, I, 2.)
468. Bon a ici le sens de noble, ferme, généreux. « Elle a le cœur trop bon, » dit Cinna d'Emilie. {Cinna, 689.) Voyez les vers 615, 1083, 1698.