‹ Horace, tragédie. Éd. nouv. à l'usage des classes, avec une introd., des éclaircissements et des notesChapitre 93 sur 159 · ACTE U, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE U, SCENE V

CURIACE

Il n'y faut plus penser : en l'état où je suis,

Vous aimer sans espoir, c'est tout ce que je puis. 570

Vous en pleurez, Camille?

CAMILLE

Il faut bien que je pleure :

Mon insensible amant ordonne que je meure; Et, quand l'hymen pour nous allume son flambeau. Il l'éteint de sa main pour ni'ouvrir le tombeau. Ce cœur impitoyable à ma perte s'obstine, 575

Et dit qu'il m'aime encore alors qu'il m'assassine.

CURIACE

Que les pleurs d'une amante ont de puissants discours!

Et qu'un bel œil est fort avec un tel secours!

Que mon cœur s'attendrit à cette triste vue ! ,

Ma constance contre elle à regret s'évertue. ' 580

N'attaquez plus ma gloire avec tant de douleurs,

Et laissez-moi sauver ma vertu de vos pleurs;

Je sens qu'elle chancelle et défend mal la place.

Plus je suis votre amant, moins je suis Guriace:

Faible d'avoir déjà combattu l'amitié, 585

Page 1