ACTE IV, SCÈNE II
D’avoir produit un fils qui nous conserve tous ,
Qui fait triompher Home, et lui gagne un empire?
A quels plusgrandshonnenrsfaut-iiqu’un père aspire?
LE VIEIL HORACE
Quels honneurs , quel triomphe , et quel empire enfin , Lorsqu’Albe sous ses lois range notre destin ?
VALÈRE
Que parlez-vous ici d’Albe et de sa victoire ? Ignorez-vous encor la moitié de l’histoire?
LE VIEIL HORACE
Je sais que par sa fuite il a trahi l’État.
VALÈRE
Oui, s’il eût en fuyant terminé le combat;
Mais on a bientôt vu qu’il ne fuyoit qu’en homme Qui savoit ménager l’avantage de Rome.
LE VIEIL HORACE
Quoi ! Rome donc triomphe ?
VALÈRE
Apprenez , apprenez
La valeur de ce fils qu’à tort vous condamnez.
Resté seul contre trois , mais en cette aventure Tous trois étant blessés, et lui seul sans blessure, Trop faible pour eux tous, trop fort pour chacun d’eux , Il sait bien se tîi^r d’un pas si hasardeux;
Il fuit pour mieux combattre , et cette prompte ruse Divise adroitement trois frères qu’elle abuse.
Chacun le suit d’un pas ou plus ou moins pressé, Scion qu’il se rencontre ou plus ou moins 'blessé; Leur ardeur est égale à poursuivre sa fuite ;
Mais leurs coups inégaux séparent leur poursuite. Horace, les voyant l’un de l’autre écartés ,
Se retourne , et déjà les croit <lemi-domptés :
Il attend le premier, et c’étoit votre gendre.
L’autre, tout indigné qu’il ait osé l’attendre,
En vain en l’attaquant , fait paroître un grand cœur, Le sang qu’il a perdu ralentit sa vigueur.
46 , HORACE
Albc à son tour commjence h craindre un sort contraire ; Elle crie au second qu’il secoure son frère : il se bâte et s’é^misc en efforts superflus;
Il trouve en les joignant que son frère n’est plus.
C AMH.LE.
Hélas !
VALÈKE.
Tout hors d’haleine il prend pourtantsa place , Et redouble bientôt la victoire d’Horace :
Son courage sans force est un débile appui ;
Voulant venger son frère, il tombe auprès de lui. L’air résonne des cris qu’au ciel chacun envoie ; Albe en jette d’angoisse , et les Romains de joie. Comme notre héros se voit près d’achever,
C’est peu j)our lui de vaincre , il veut encor braver : « J’en viens d’immoler deux aux mânes de mes frères, « Rome aura le dernier de mes trois adversaires ,
«< C’est à ses intérêts que je vais l’immoler, »
Dit-il , et tout d’un temps on le volt y voler.
La vietmre entre deux n’étoit pas incertaine; L’Albaiu percé de coups ne sc trainoit qu’à peine , Et, comme une victime aux marches.de l’autel, ‘
Il sembloit présenter sa gorge au coup mortel : Aussi le reçoit-il , peu s’en faut, sans défense,
Et son trépas de Rome établit sa puissance.
LE VIEIL HORACE
O mon fils! ô ma joie! 6 l’honneur de nos jours!
O d’un État penchant l’inespéri secours !
Vertu digne de Rome, et sang digne d’Horace! Appui de ton pays , et gloire de ta race !
Quand pourrai-je étouffer dans tes embrassements L’erreur dont j’ai formé de si faux sentiments? Quand pourra mon amour baigner avec tendresse Ton front victorieux de larmes d’allégresse ?
VALÈRE
Vos caresses bientôt pourront se déployer;