‹ Horace tragedie en cinq actesChapitre 45 sur 48 · ACTE V, SCÈNE HI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE HI

La mort que je demande, et qu'il faut que j’ublicime, Augmentera sa peine, et Tuiiia la mienne.

Sire, voyez l’excès de mes liisles ennuis,

Et l’effroyable élat où mes jours sont réduits.

Quelle horreur d’embrasser un homme dont l’épée De toute ma famille a la trame coupée !

Et quelfe impiété de haïr un époux Pour avoir bien servi les siens, l’Etat, et vous! Aimer un bras souillé du sang de tous mes frères! N’aimer pas un mari qui finit nos misères !

Sire, délivrez-moi , par un heureux trépas, « Des crimes de l’aimer et de ne l’aimer pas;

J’en nommerai l’arrêt une faveur bien grande.

Ma main peut me donner ce que je vous demande ; Mais ce trépas enfin me sera bien plus doux ,

Si je puis de sa honte affranchir mon époux;

Si je puis par mon sang apaiser la colère Des dieux qu’a pu fâcher sa vertu trop sévère , Satisfaire, en mourant, aux niànes de sa sœur, lit conserver à Rome un si bon défenseur.

LE VIEIL HORACE

Sire, c’est donc à moi de répondre à Valère ;

Mes enfants avec lui conspirent contre un père;

Tous trois veulent me perdre#et s’arment sans raison Contre si peu de sang qui reste en ma maison.

(A Sabine :)

Toi qui , par des douleurs à ton devoir contraires , Veux quitter un mari pour rejoii\dre tes frères.

Va plutôt consulter leurs mônes généreux;

Ils sont morts,maispourAlbe,cts’en tiennentheureux: Puisque le ciel vouloit qu’elle fût asservie,

Si quelque sentiment demeure après la vie ,

Ce malheur semble moindre, et moins rudes scs coups, Voyant que tout l’honneur en retombe sur nous ; l'ous trois désavoueront la douleur qui le louche ,

fii HORACE.

Les larmes de tes yeux , les soupirs de la bouelic , L’horreur que tu fais voir d’un mari vertueux. Sabine, sois leur sœur, suis ton devoir comme eux.

(Au roi : )

Contre ce cher époux Valère en vain s’anime :

Un premier mouvement ne fut jamais un c^me ;

Et la louange est due , au lieu du ch^itimelnt,

Quand la vertu produit ce premier mouvement. Aimer nos ennemis avec idolâtrie.

De rage en leur trépas maudire la patrie,

Souhaiter h l’État un malheur infini ,

C’est ce qu’on nomme crime, et ce qu’il a puni. ; Le seul amour de Rome a sa main animée ,

Il seroit innocent s’il l’avoit moins aimée.

Qu’ai-je dit, sire? Il l’est, et ce bras paternel L’auroit déjà puni s’il ctoit criminel ;

J’aurois su mieux user de l’entière puissance Que Hic donnent sur lui les droits de la naissance ; .l’aime trop l’honneur, sire, et ne suis point de rang A souffrir ni d’affront ni de crime en mon sang. C’est dont je ne veux point de témoin que Valère;

Il a vu quel accueil lui gardoit ma colère, Lorsqu’ignorant encor la moitié du combat ,

Je croyois que sa fuitft avoit trahi l’État.

Qui le fait se charger des soins de. ma famille ?

Qui le fait , malgré moi , vouloir venger ma fille ?

Et par quelle raison, dans son juste trépas.

Prend-il un intérêt qu’un père ne prend pas?

On craint qu’après sa sœur il n’en maltraite d’autres ! Sire, nous n’avons part qu’à la honte des nôtres.

Et de quelque façon qu’un autre puisse agir.

Qui ne nous touche i>oint ne nous fait point rougir.

(A Valère : )

Tu peux pleurer,Valère, et même aux yeux d’Horace; 11 ne prend intérêt qu’aux crimes de sa race :

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