ACTE I, SCENE
Lui qu'Apollon jamais n'a fait parler à faux,
Mo promit par ces vers la fin de mes travaux:
« Albe et Rome demain prendront une autre face;
Tes vœux sont exaucûs, elles auront la paix,
Et tu seras unie avec ton Guriace,
Sans qu'aucun mauvais sort t'en sépare jamais. »
Je pris sur cet oracle une entière assurance,
Et comme le succès passoit mon espérance,
J'abandonnai mon âme à des ravissemens
Qui passoient les transports des plus heureux amans.
Jugez de leur excès : je rencontrai Valère,
Et, contre sa coutume, il ne put me déplaire;
Il me parla d'amour sans me donner d'ennui :
Je ne m'aperçus pas que je parlois à lui ;
Je ne lui pus montrer de mépris ni de glace :
Tout ce que je voyois me sembloit Guriace ;
Tout ce qu'on me disoit me parloit de ses feux;
Tout ce que je disois l'assuroit de mes vœux.
Le combat général aujourd'hui se hasarde;
J'en sus hier la nouvelle, et je n'y pris pas garda:
Mon esprit rejetoit ces funestes objets,
Charmé des doux pensers d'hymen et de la paix.
La nuit a dissipé des erreurs si charmantes ;
Mille songes aUreux, mille images sanglantes,
Ou plutôt mille amas de carnage et d'horreur
M'ont arraché ma joie et rendu ma terreur.
J'ai vu du sang, des morts, et n'ai rien vu de suite ;
Un spectre en paroissant prenoit soudain la fuite;
Ils s'efi'açoient l'un l'autre; et chaque illusion
Redoubloit mou efl'roi par sa confusion.
JULIE
C'est en contraire sens qu'un songe s'interprète.
CAMILLE
Je le dois croire ainsi, puisque je le souhaite; Mai-, j-3 me trouve enfin, malgré tous mes souhaits, Au jour d'une bataille, et non pas d'une paix.
JULIE
Par là huit la guerre, et la paLx lui succède.
CAMILLE
Dure à jamais le mal, s'il y faut ce remède l Soit que Rome y succombe ou qu'Albe ait le dessous, Cher amant, n'attends plus d'être un jour mon époux; Jamais, jamais ce nom ne sera pour un homme Qui soit ou le vainqueur, ou l'esclave de Rome. Mais quel objet nouveau se présente en ces lieux? Est-ce toi, Guriace? en croirai-je mes yeux?