‹ Horace; tragédie [par] Corneille. Nouv. éd., avec une méthode suivie de lecture expliquée ... suivie d'Horace par l'ImageChapitre 11 sur 265 · A MONSEIGNEUR LE CARDINAL DUC DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

A MONSEIGNEUR LE CARDINAL DUC DE RICHELIEU

(1" édition — 16 il.)

Monseigneur,

Je n'aurais jamais eu la témérité de présenter à Votre Eminence ce mauvais portrait d'Horace, si je n'eusse considéré qu'après tant de bienfaits1 que j'ai reçus d'elle, le silence où- mon respect m'a retenu jusqu'à présent passerait pour ingratitude, et que, quelque juste défiance que j'aie de mon travail, je dois avoir encore plus de confiance en votre bonté. C'est d'elle que je tiens tout ce que je suis, et ce n'est pas sans rougir que, pour toute reconnaissance, je vous fais un présent si peu digne de vous, et si peu proportionné à ce que je vous dois. Mais, dans cette confusion, qui m'est commune avec tous ceux qui écrivent, j'ai cet avantage qu'on ne peut, sans quelque injustice, condamner mon choix, et que ce généreux Romain, que je mets aux pieds de Votre Eminence, eût pu paraître devant elle avec moins de honte si les forces de l'artisan eussent répondu à la dignité de la matière : j'en ai pour garant l'auteur dont je l'ai tirée, qui commence à décrire cette fameuse histoire par ce glorieux éloge, « qu'il n'y a presque aucune chose plus noble dans l'antiquité3». Je voudrais que ce qu'il a dit de l'action se pût dire de la peinture que j'en ai faite, non pour en tirer plus de vanité, mais seulement pour vous offrir quelque chose un peu moins indigne de vous être offert. Le sujet était capable de4 plus de grâces, s'il eût été traité d'une main plus savante5 ; mais, du moins, il a reçu de la mienne

i. Ces bienfaits sont l'admission de Corneille dans la société des cinq auteurs — l'anoblissement du père de Corneille — une pension de 500 écus à Corneille, etc. Plus tard, après la mort de Richelieu, le poète pourra rappeler autre chose que des bienfaits, en particulier la participation de Richelieu à la querelle du Cid, et dire plus justement du cardinal :

Il m'a fait trop de bien pour en dire [du mal,

Il m'a fait trop de mal pour en dire [du bien.

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