ACTE III, SGBNB I
Souhaitons quelque chose, et craignons un peu moins.
Mais, las1 ! quel parti prendre en un sort si contraire ? 715
Quel ennemi choisir, d'un époux ou d'un frère2?
La nature ou L'amour parle pour chacun d'eux3,
Et la loi du devoir m'attache à tous les deux4.
Sur leurs hauts'' sentiments réglons6 plutôt les nôtres ;
Soyons femme de l'un ensemble7 et sœur des autres ; 720
Reg-ardons leur honneur comme un souverain bien8 ;
Imitons leur constance, et ne craignons plus rien.
La mort qui les menace est une mort si belle,
Qu'il en faut sans frayeur attendre la nouvelle.
N'appelons point alors les destins inhumains9; 7'2'J
Songeons pour quelle cause, et non par quelles mains ;
Revoyons les vainqueurs, sans penser qu'à la gloire10
Que toute leur maison ll reçoit de leur victoire ;
Et sans considérer aux dépens de quel sang
Leur vertu les élève en 12 cet illustre rang, 730
Faisons nos intérêts de ceux de leur famille :
En l'une je suis femme, en l'autre je suis iille,
Et tiens à toutes deux par de si forts liens,
Qu'on ne peut triompher que par les bras des miens.
Fortune 13, quelques maux que ta rigueur m'envoie, ï'.io
1. Las = hélas, qui est luimême compose de l'interjection hé et de l'adjectif las, variable autrefois dans ce composé.
2. L'expression suit de près la pensée et fait corps avec elle.
En effet, il y a antithèse également entre le mol ennemi d'une part, les mots frère et époux de l'autre.