‹ Horace; tragédie [par] Corneille. Nouv. éd., avec une méthode suivie de lecture expliquée ... suivie d'Horace par l'ImageChapitre 16 sur 265 · TEXTE LATIN · texte numérisé non relu

TEXTE LATIN

Bellum utrinque summa ope parabatur, civili siniillimum bello, prope inter parentes natosque, Trojanam ulramque prolem, quum Lavinium ab Troja, ab Lavinio Alba, ab Albanorum stirpe regum oriundi Romani essent. Eventus tanicn belli minus miserabilein dimicationem fecit, quod nec acie certatum est, et, tectis modo dirutis alterius urbis, dno populi in unumconfusi sunt.

Albani priores ingenti exercitu in agrum romanum impetum fecere : castra ab urbe haud plus quinque millia passuum locant, fossa circumdont. Fossa Gluilia ab nomine ducis per aliquot secula appellata est, donec cura re noraen quoque vetustas abolevit. In his castris Gluilius Albanus rex moritur. Dictatorem Albani Metium Suffetium créant. Intérim Tullus ferox, pra^cipue morte régis, magnumque deorum numcn ab ipso capite orsum, in omne nomen Albanum expetiturum pœnas ob bellum impium dictitans, nocte prœteritis hostiumcastris, infestoexer-

TRADUGTION LITTERALE

XXIII. La guerre était préparée avec la plus grande activité de part et d'autre. Elle ressemblait beaucoup à une guerre civile, ayant lieu presque entre parents et enfants. Les deux peuples en effet étaient de race troyenne : Lavinium tirait son origine de Troie, Albe de Lavinium et les Romains de la race des rois albains. L'événement rendit cependant la lutte moins déplorable ; car d'une part on ne combattit pas en bataille rangée, et d'autre part on se contenta de détruire les maisons de Tune des deux villes et les deux peuples se fondirent en un seul. Les premiers, les Albains envahirent le territoire romain avec une grande armée. Ils établissent leur camp à cinq milles au plus de la ville de Rome, et l'entourent d'un fossé. Ce fossé pendant plusieurs siècles s'appela le fossé de Gluilius, du nom de leur chef ; jusqu'au moment où le nom disparut avec la chose, effacé par le temps. Dans ce camp le roi albain Gluilius meurt ; les Albains créent dictateur Metius Suffetius. Gependant Tullus, dont la mort du roi avait augmenté la lierté, allait répétant partout que la puissance des dieux avait commencé par la tête même à faire retomber sur tout le peuple albain le châtiment de cette guerre impie ; et ayant tourné de nuit le camp des ennemis, il s'avance à son tour avec son

citu inagrum Albanum permit. Ea rea ab ^tat i \ is excivit Metium; i> durit exercituin quam proxiine ad hostem potest, inde Legatum prsemissum nuntiare Tullo jubet, priusquam dimicent, opus esse colloquio : si seitiiii congressus sit, satis Mire ea se allaturuin. quae uiliilo minus ad rem Romanain quam ad Albanam pertineant. Haud aspernatus Tullus, tametsi vana afferebantur, suos in aciern ducit ; exeùnt contra et Albani.

Postquam instructi utrin- «|ue stabant.cuin paucisproeerum in médium duces procedunt. Ibi infit Albanus :

« Injurias, et non redditas res ex fœdere, nua1 repetitae sunt ; et ego regem nostrum Cluilium causam hujusce esse belli audisse videor. nec te dubito, Tulle, eadem prae te ferre. Sed si vera potius quam dictu speciosa dicenda sunt, cupido imperii duos cognatos vicinosque populos ad arma stimulât : neque recte an perperam interpréter : fuerit ista ejus deliberatio qui bellum suscepit :

me Albani gerendo bello ducem creavere. Illud te, Tulle, monitum velim : Etrusca res quanta circa nos teque maxime sit, quo propior es Volscis, boc magis scis : multum illi terra, plurimum mari pollent. Mernor esto, jam «juum signum pugnae dabis, bas duas acies spectaculo fore, ut fessos confectosque, simul victorem ac victum aggrediantur. Itaque, si nos dii amant, quoniam. non content! libertate certa, in dubiam imperii servitiique aleam imus, ineamus aliquam viam, qua utri utris impe-

armée contre le territoire albain. — Cette manœuvre tiraMetiusde sa position : il s'approche le plus possible de L'ennemi, de la il envoie un député à Tullus, pour lui dire qu'avant de combattre, il était nécessaire de parlementer ensemble ; si cette entrevue a lieu, il fera entendre à Tullus des propositions qui n'intéresseront pas moins les affaires de Rome que celles d'Ail»*'. Tullus ne refuse pas, malgré le caractère aléatoire d'une pareille communication, et il fait ranger les siens en bataille ; les Albains en font autant de leur côté. Après qu'ils furent rangés de part et d'autre, les chefs et quelques-uns des officiers s'avancent au milieu. L'Albain parle d'abord : « Des injustices, et le refus de se conformer aux conditions du traité, telles sont les causes que j'ai entendu dire, par notre roi Gluilius, être celles de la guerre présente ; et je ne doute pas, Tullus, que tu n'allègues mêmes causes. Mais s'il faut dire la vérité plutôt que de spécieux prétextes, c'est la passion de dominer qui pousse aux armes deux peuples parents et voisins : à bon droit ou à tort, je ne l'examine pas : cette recherche aurait appartenu à celui qui a entrepris la guerre : mais moi, les Albains m"ont simplement nommé leur chef pour la conduire. Quant à toi, Tullus. je voudrais t'avertir de ceci : la puissance des Etrusques qui nous entourent, nous et toi, tu sais mieux que nous, puisque tu es plus près, des Volsques, combien elle est grande : ils peuvent beaucoup sur terre, et sur mer énormément. Rappelle-toi, bientôt lorsque tu donneras le signal du combat, que nos deux armées leur seront un spectacle, pour qu'ils puissent fondre sur le vainqueur aussi bien que sur le vaincu, tous les deux fatigués et épuisés. C'est pourquoi, si les dieux n«>us aiment, puisque non contents d'une liberté certaine, nous courons la chance douteuse de l'empire ou de la servitude, cherchons quelque

EXTRAIT DE TfTE-LIVE

rent, sine magna clade, sine multo sanguine utriusque popnli, decerni possil . a Haud displicet res Tullo, quanqnam tum indole animi, tum spe victoriœ ferocior erat. Quaerentibus utrinque ratio initur, oui et fortuna ipsa prsebuit materiam.

Forte, in cluobus tnm exercilibus crant tergernini fratres, née aetate, nec viribus dispares. Horatios Curiatiosqne fuisse satis constat, nec terme res antiqua alia est nobilior : tamen in re tam clara nominumerror manet, utriuspopuli Horatii, utrius Guriatii fuerint. Auctores utroque trahunt : plures tamen invenio, qui Romanes Horatios vocent: hos ut sequar, inclinât animus. Cura trigeminis agunt reges, ut pro sua quisque patria dimicet l'erro : ibi imperium fore, unde Victoria fuerit.

Nihil recusatur, tempus et locus conveuit. Priusquam dimicarent, feedus ictum inter Romanoset Albanos est his legibus : « utcujus populi cives eo certamine vricissent, is alteri populo cum bona pace iinperitaret. »

Fcedere icto, trigemini (sicut convenerat) arma capiunt. Quum sui utrosque adhortarentur, « deos patrios, patriam ac parentes, quicquid civiuni domi, quicquid in exercitu sit, illorum tune arma, illorum intueri manus », féroces et suopte ingenio, et pleni adhortantium vocibus, in médium

moyen de décider quel peuple commandera à l'autre, sans grand carnage, sans perte de beaucoup de sang pour l'un ni pour l'autre.» — La proposition ne déplaît pas à Tullus,bien qu'il fût rendu lier non seulement par le naturel de son âme, mais encore par l'espérance de la victoire.

Le moyen que les deux cbefs cherchaient de part et d'autre, ce fut la fortune elle-même qui le leur fournit.

XXIV. Par hasard se trouvaient alors dans chacune des deux années trois frères qui ne différaient en rien ni par l'âge ni par la force : on connaît l'existence des Horaces et des Curiaces, et il n'y a guère d'événement antique plus fameux. Cependant, dans un fait aussi connu, une incertitude de nom persiste, à savoir a quel peuple appartenaient les Horaces, à quel peuple les Curiaces ?

Les auteurs se partagent à ce sujet ; j'en trouve cependant davantage qui appellent les Horaces Romains ; et mon penchant me porte à les suivre.

Les rois agissent auprès des deux trios de frères, pour qu'ils s'arment et combattent chacun pour sa patrie : l'empire sera là d'où sera sortie la victoire. — Point de refus ; on convient du lieu et du moment du combat. Avant qu'ils en vinssent aux mains, un traité fut conclu entre les Romains et les Albains sur ces bases que « le peuple, dont les citoyens auraient vaincu dans ce combat, deviendrait pacifiquement le maître de l'autre. »

XXV. Le traité conclu, les deux trios, ainsi qu'il était convenu, prennent les armes. Exhortés chacun par les siens qui leur représentaient que « les dieux nationaux, la patrie, leurs parents, tout ce qu'il y avait de citoyens à la ville, tout ce qu'il y en avait à l'armée, avaient alors les yeux fixés sur leurs armes et sur leurs bras », ils s'avancent, à la fois ardents de leur naturel et tout vibrants de ces

inter duas acies procedunt, CSonsederanl utrinque pro castris duo exercitus, periculi magis praesentis, quàm curae, exportes : quippe imperium agebatur, in tam paucorum virtute atque fortuna positum. Itaque erecti suspensique in minime grat um spectaculum anime- intenduntur. Datur signum :

infestisque armis, velut acieSj terni juvenes, magnoîn ni exereituuni animos gercntes, concurrunt. Nec bis, necillispericnlnnisunni,sed publicum iuiperinni, servi tinmque obversatur animo, fntnraque ea deinde patriae fortuna, quam ipsi feeissent.

Ut primo statim concursu increpuere arma, micantesqne fulsere gladii, borror ingens spectantes perstringit.

et, nentro inelinata spe, torpebat vox spiritusque. Consertis deinde manibus,quum jam non motus tantum corporum, agitatioque anceps telorum a rmor unique, sed vulnera qnoque et sanguis spectaculo essent, duo Romani, super alium alius, vulneratis tribus Albanis, expirantes corruerunt. Ad quorum casum quum conclamassetgaudio Albanusexereitus,Romanas legiones jam spes tota, nondum tamen cura deseruerat, exanimes vicem unius, quem très Curiatii circumsteterant. Forte is integer fuit, ut universis solus nequaquam par. sic adversus singulos ferox. Ergo, ut segregaret pugnam eorum, capessit fugam, ita ratus secuturos, ut quemque vulnere affectum corpus sineret. Jamaliquantumspatii exeoloco,ubi pugnatumest, aufugerat, quum respiciens

exhortations, au milieu entre les deux lignes de bataille. Les deux armées étaient rangées devant chaque camp, plus à l'abri du danger que du souci : car c'est l'empire qui était en jeu, reposant sur le courage et sur la chance d'un si petit nombre d'hommes. Aussi, debout, tendus dans l'attente, ils sont tout entiers à ce spectacle pénible. Le signal est donné :

les armes en avant, comme deux armées en bataille, les deux trios de jeunes gens, portant l'âme de deux grandes armées, fondent les uns sur les autres. Ni aux uns ni aux autres l'idée de leur propre péril ne se présente, mais celle, pour leur pays, d'un empire ou d'une servitude, puis d'une fortune future dont ils auront été les auteurs.

Dès qu'au premier choc les armes ont retenti, et que les glaives tirés ont relui, une immense angoisse saisit les spectateurs et, l'espoir ne penchant encore ni d'un côté ni d'un autre, les voix se taisent en même temps que les souilles. Lorsqu'ensuite ils en vinrent aux mains, et que ce ne fut plus seulement le mouvement des corps et l'agitation incertaine des épées et des boucliers qu'on pouvait voir, mais déjà des blessures et du sang, deux Romains, pendant que les trois Albains étaient blessés, tombèrent mourants l'un sur l'autre. Tandis que là-dessus l'armée albaine pousse des cris de joie, toute l'espérance, mais pas encore le souci, avait abandonné les légions romaines, tremblantes pour le sort du guerrier unique qu'avaient entouré les trois Curiaces. Par hasard ce guerrier fut indemne de toute blessure, de telle façon que, trop faible contre tous, il est formidable contre chacun d'eux à part. Aussi, pour diviser le combat contre eux, il prend la fuite, pensant qu'ils le suivraient suivant que l'état de leur corps blessé le permettrait.

Déjà il avait fui assezloindel'endroit où l'on avait combattu, lorsque regardant en arrière il les voit le suivant à

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