SCENE IV
CAMILLE
Oui, je lui ferai voir, par d'infaillibles marques s, 1105
Qu'un véritable amour brave la main des Parques ', Et ne prend point de lois de ces cruels tyrans
compléments : un infinitif et une proposition complétive. Règle :
Elle aime fort la conversation et surtout de plaire, v. 137, n.
Prudence = raison, sagesse.
1. Généreux semble avoir le sens de « obtenu par un sacrifice sur soi-même ».
■2. Cependant = pendant ce temps.
3. Le vieil Horace revient à Camille el l'exhorte à bien recevoir son frère. C'est une préparation directe à ce qui va suivre.
U. Il faut se rappeler les conseils d'Horace à sa sœur (acte II, se. iv) :
Armez-vous de constance, et montrez-
[vous ma sœur ;
Et si par mon trépas il retourne vain-
[queur,
Ne le recevez point en meurtrier d'un
[frère, etc.
5. Règle : Elle aime fort la conversation et surtout de plaire, v. 137, n.
6. Le vieil Horace précise le mot de sœur, pour frapper encore plus fortement Camille : ce n'est pas un simple pléonasme.
7. C'est la première fois que Camille prend la parole depuis la scène iv du même acte, où, en entendant annoncer la mort
de Curiace, clic a dit : Hélas! — Mais si elle n'a pas parle, soii attitude a parlé pour elle : son immobilité farouche, son regard
fixe, puis ses larmes, tout ce que Rachel excellait à rendre.
Aussi quand on voit dans son monologue éclater enfin son desespoir, on n'en est pas étonné :
on attendait cette explosion.
* Montrer que ce monologue de Camille ne ressemble pas aux autres monologues tragiques en ce sens que l'héroïne n'y est pas agitée entre deux résolutions contraires, comme Rodrigue dans ses stances, comme Auguste dans Cinna, comme Sabine à l'acte III, se. i, etc. Mais dès le début elle a la résolution qu'elle ne fera que confirmer à la fin, après avoir fait l'exposé el l'historique de sa situation dans une partie centrale.
8. Jusque-là on pourrait croire que Camille, répondant à son père, va lui obéir, si ce n'était son exaltation à la lois amère, Ironique, pleine d'une âpre résolution.
9. Dès ce second vers cette résolution se révèle. En évoquant les Parques, maîtresses (les destinées humaines, elle semble se mettre en révolte, en lutte ouverte contre le destin, et dans le lointain on aperçoit son propre destin, tragique.
lia
non a. i
Qu'un astre injurieux1 nous donne pour parents2.
Tu blâmes ma douleur, lu L'oses nommer Lâche8;
.le l'aime d'autant plus que plus elle te lâche, i200
Impitoyable père '. et par un juste effort,
Je la ' veux rendre égale aux rigueurs de mon sort.
En vit-on jamais un dont les rudes traverses Prissent en moins de rien tant de laces diverses, Qui lût doux tant de fois, et tant de fois cruel1', 1205
Et portât tant de coups avant le coup mortel? Vit-on jamais une âme en un jour plus atteinte De joie et de douleur, d'espérance et de crainte, Asservie en esclave à plus d'événements, Et le piteux7 jouet de plus de changements8 ? 1210
Un oracle m'assure9, un songe me travaille '" ; La paix calme l'effroi que me fait11 la bataille1-' ; Mon hymen se prépare, et presque en un moment Pour combattre mon frère on choisit mon amant13;
l. Injurieux = injuste.
Camille semble croire à l'astrologie, c.-à-d. à L'influence des astres sur les destinées humaines.
-2. Cest une réponse directe aux derniers mots du vieil
\1 lus ion au vers 1191.
'.. Ce mot, continuant le vers précédent, l'allonge el le rend plein de menai