ACTE IV, SCENE V
Le bras qui rompt le cours de nos destins contraires,
Qui nous rend maîtres d'Aibe ; enlin voici le bras l
Qui seul fait aujourd'hui le sort de deux Etats ;
Vois ces marques d'honneur, ces témoins de ma gloire-, 12o.'i
Et rends ce que tu dois à l'heur3 de ma victoire l.
CAMILLE
Recevez donc mes pleurs, c'est ce que je lui dois \
Rome n'en veut point voir après de tels exploits, Et nos deux frères morts6 dans le malheur des armes Sont trop payés de sang- pour exiger des larmes : 1260
Quand la perte est vengée 7, on n'a plus rien perdu.
CAMILLE
Puisqu'ils sont satisfaits par le sang épandu8,
Je cesserai pour eux de paraître affligée,
Et j'oublierai leur mort que vous avez vengée ;
sœur, l'idée de la plaindre et lui demande des félicitations d'une manière aussi orgueilleusement brutale. C'est d'ailleurs ce que fait Voltaire.
Mais il faut se rappeler que :
1° Horace est encore tout enivré du combat et de sa victoire, et que son patriotisme exclusif est poussé à son paroxj'sme ;
2° Qu'il ne peut pas supposer un seul instant que Camille, qui n'était pas encore mariée à un Albaiu, ne soit pas restée comme lui toute Romaine ;
3° Enfin, qu'avant d'aller au combat, il lui a recommandé de bien recevoir le vainqueur, quel qu'il soit. Corneille fait remarquer ce dernier point dans son Examen d'Horace.
* Montrer que l'adjectif possessif nos a un sens différent dans ce vers et dans le vers suivant : dans celui-ci un sens familial, dans le suivant un sens national.
1. Dans cette forfanterie d'Horace, il faut se rappeler que Corneille exalte volontiers le bras d'un héros comme symbole de sa valeur et de ses victoires.
Ainsi dans Le Cid, le comte dit :
Et ce bras du royaume est le plus ferme [appui (y. 196).
Cf. Le Cid, v. -2-23, 274, '.18, etc.
Sur le sens étendu du verbe faire, cf. v. 68, n.