SABINE, HORACE, PROCULE
SABINE
A quoi s'arrête ici ton illustre colère l ? 1335
Viens voir mourir ta sœur dans les bras de ton père ;
Viens repaître tes yeux d'un spectacle si doux :
Ou, si tu n'es point las de ces généreux coups 2,
Immole au cher pays des vertueux Horaces
Ce reste3 malheureux du sang des Curiaces. 1340
Si prodigue du tien, n'épargne pas le leur ;
Joins Sabine à Camille, et ta femme à ta sœur ;
Nos crimes sont pareils, ainsi que nos misères ;
Je soupire comme elle, et déplore 4 mes frères :
Plus coupable en ce point contre tes dures lois, 1345
Qu'elle n'en pleurait qu'un, et que j'en pleure trois,
Qu'après son châtiment ma faute continue.
Sèche tes pleurs, Sabine, ou les5 cache à ma vue :
Rends-toi digne du nom de ma chaste moitié6,
Et ne m'accable point d'une indigne pitié7. - 1350
Si l'absolu pouvoir d'une pudique flamme8
Ne nous laisse à tous deux qu'un penser9 et qu'une âme,
C'est à toi d'élever tes sentiments aux miens,
Non à moi de descendre à la honte 10 des tiens.
Je t'aime11, et je connais la douleur qui te presse12 ; 1355