Bien que Camille ait dit qu'elle perdrait dans l'une et
JULIE
Elle est pourtant plus à plaindre que vous : 115
On peut changer d'amant, mais non changer d'époux1. Oubliez Guriace, et recevez Valère, Vous ne tremblerez plus pour le parti contraire ; Vous serez toute2 nôtre, et votre esprit remis3 N'aura plus rien à perdre au camp des ennemis. 150
CAMILLE
Donnez-moi des conseils qui soient plus légitimes4, Et plaignez mes malheurs sans m'ordonner des crimes. CHioiqu'à peine à mes maux je puisse résister, J'aime mieux les souffrir que de les mériter.
JULIE
Quoi î vous appelez crime un change 5 raisonnable ? 155
l'autre armée, son amour lui fait envisager les deux hypothèses, de façon à les rapporter toutes les deux à Curiace.
{. Ce vers est de ceux qui expriment avec force et sans nuances, de façon presque grossière à force de netteté dans l'affirmation, une de ces vérités
3 ni choqueraient les esprits élicats, si Ton ne remarquait, qu'elles sont presque toujours mises par Corneille dans la bouehe de confidents ignorants ou vulgaires, comme ici Julie, comme Fahian dans Polycucte (Acte II, se. I).
Cependant à l'acte IV, se. in, !<• vieil Horace dira aussi:
En la mort d'un amant vous ne perdiez qu'un homme Dont la perte est aisée à réparer dans [Rome (v. 1180).
et dans le Cid, le vieux Don Diégue s'écriait (v. 1058) :
Nous n'avons qu'un honneur, il est tant [de maîtresses !
Mais il es1 vrai de dire que Don Diègue et le vieil Horace sont ries vieillards chez qui les liassions de l'amour sont éteintes depuis longtemps, el que leur âge porte aies considérer avec philosophie. Voir notre note au Cid, v. 1058.