PIERRE CORNEILLE
NOTICE BIOGRAPHIQUE ET LITTÉRAIRE
La biographie de Corneille forme le plus complet contraste avec son œuvre littéraire : l'une est toute faite de modestie, l'autre de grandeur : sa vie fut aussi effacée que sa pensée fut héroïque. C'est ce qui a fait dire que Corneille était extérieurement un timide, « qui faisait des débauches intérieures de mégalomanie » (J. Lemaître) ; mais surtout c'est cette élévation des idées qui devrait faire de Corneille, bien que sujet d'un état monarchique, le poète national d'une démocratie, du régime que Montesquieu nous enseigne devoir être fondé sur la vertu.
Bien que Corneille se soit essayé à la tragédie avant Le Cid, c'est du Cid (1636) que date vraiment la création de la tragédie française. Le Cid a été suivi d'une série de chefs-d'œuvre, après lesquels a commencé une longue période de décadence. On peut fixer à l'échec de Pertharite (165-2) le début de cette période. Nous examinerons donc dans la vie de Corneille : 1° une période d'essais, avant Le Cid ; 2° une période de chefs-d'œuvre, jusqu'à Pertharite (1636-165-2) ; 3° une période de décadence (1652-1684).
1° Corneille avant Le Cid (1606-1 63G).
Corneille naquit à Rouen (6 juin 1606) : il était donc Normand ; et de plus il avait des hommes de loi parmi ses ascendants, immédiats ou lointains. Double raison d'hérédité pour qu'il devînt l'habile avocat qu'il paraît être dans les discours de ses personnages. Qu'on ajoute des études classiques au collège des Jésuites, puis des études juridiques, qui en tirent un avocat en titre (1624). Deux choses surtout sont à retenir de cette éducation : par l'étude du droit, Corneille développa son tempérament oratoire et apprit l'art des discours et des raisonnements subtils ; par ses études classiques, qui furent surtout latines, il apprit à connaître Rome et sa littérature, elle aussi oratoire, et s'éprit même des auteurs latins les plus déclamatoires, tels que Lucain.
Le jeune avocat, trop timide pour les luttes oratoires en public, échangea bientôt la plaidoirie pour une magistrature à la Table de Marbrée, le tribunal maritime, militaire et forestier de sa ville natale. Il exerça cette magistrature jusqu'en 1650, tout en composant ses pièces. Il débuta par des comédies : Mélite, qui fut jouée à Paris en 1629 par l'acteur Mondory ; Clitandre (1632), tragi-comédie ; La Veuve (1633) : La Galerie du Palais (1633) ; La Suivante (1634) ;