NIETZSCHE ET LE NIETZSCHEISME
frémissant d'esprit, il émanait de lui, de son ton, du timbre de sa voix, une sorte de malaise. Il s'en aperçut et, d'un air triste : « Je ne vous fatigue pas?
— Mais non, vous m'intéressez beaucoup, au contraire.
— Si, si, je dois vous fatiguer... Cela arrive toujours ainsi. » Un long silence, puis : (K Je suis Frédéric Nietzsche. » A partir de là il ne dit plus un mot, ne répondant que par un pâle sourire aux remarques de sa compagne de voyage. Arrivé à destination, il la quitta cérémonieusement. Elle avait eu l'impression « d'un homme qui meurt de faim au miheu de fabuleuses richesses ». C'est tout à fait cela. Son œuvre si abondante, si touJBTue, laisse un sentiment de dévastation. Brûlant ce qu'il avait adoré, adorant ce qu'il avait brûlé, il était en outre atteint de sicambrisme. Son existence était un drame dans lequel il se jouait à lui-même une infinité de petits drames et je la comparerais volontiers à la scène fameuse de Hamlet, à la représentation des comédiens à Elseneur, avec son double tiroir d'allusions à des allusions .
Trois ouvrages, entre autres, sont à consulter si on veut comprendre non seulement la nature psychologique de Nietzsche, — plus intéressante, je crois, que ses thèses, — mais les antinomies qui sont en lui : La Morale de Nietzsche, par