IIO HORS DÛ JOUG ALLEMAND
grand nombre de nos concitoyenvS, choisis parmi les plus instruits ou se croyant le mieux renseignés. La réponse du célèbre physiologiste René Quinton, dans sa magistrale précision, donna un son de cloche qu'on n'avait pas beaucoup l'habitude d'entendre à ce moment-là. J'en citerai le principal morceau qui est, sur le terrain scientifique, un bon exemple de ce que j'entends par les termes de « défense intellectuelle nationale » :
Les principales sciences biologiques sont : la chimie, l'anatomie comparée, la paléontologie, la zoologie, l'embryogénie, rhistologie, la physiologie, la microbiologie. Or un homme fonde la chimie : Lavoisier; un homme fonde l'anatomie comparée et la paléontologie : Cuvier ; un homme fonde la zoologie philosophique : Monet de Lamarck ; un homme fonde l'embryogénie : Geoffroy Saint-Hilaire ; un homme fonde l'histologie : Bichat ; un homme fonde la physiologie ; Claude Bernard ; un homme fonde la microbiologie : Pasteur. A Lavoisier, nous devons toutes les connaissances que nous possédons sur la constitution fondamentale du monde ; à Cuvier, les méthodes et les lois qui ont permis la classification des êtres aujourd'hui vivants et la reconstitution de ceux qui peuplaient le globe aux époques disparues; à Lamarck, la grande pensée de l'évolution ; à Geotîroy Saint-Hiiaire, la notion du parallélisme entre les transformation embryonnaires et les ti'ansformations antérieures des espèces ; à Bichat, la révélation des tissus organiques; à Claude Bernard, l'introduction du déterminisme dans les phénomènes physiologiques; à Pasteur, la conception de la maladie, en môme temps que la découverte, par la seule induction, de tout an univers invisible ; ainsi les connaissances fonda-
DEPUI3 1870. III
mentales sur lesquelles repose notre conception même du monde vivant ont une origine qui est française.
Mais, vers le même temps, le haut enseignement, dans presque tous les domaines, adoptait les méthodes allemandes. Le socialisme français, tournant le dos à Proudhon, se donnait entièrement à Karl Marx. Quant à la littérature, elle déchaînait, il faut bien le dire, le fléau de l'antimilitarisme et de son congénère l' antipatriotisme. Le moment n'est pas venu de citer les noms et les textes ; mais ils sont dans toutes les mémoires. Nous savons parfaitement comment la France a failli être empoisonnée et comment elle ne s'est guérie que par l'effet de la menace allemande. Gela désormais appartient à l'histoire, une histoire qu'il ne sera plus permis, pour un long stade du moins, de fausser ni d'obscurcir.
Or, en Allemagne, au contraire, quelles que fussent les différences et divergences entre les historiens, les savants, les économistes et les critiques, — r je ne parle pas des lettres, quasi mortes chez nos voisins après 1870, — toutes les branches de la connaissance et de l'enseignement coopéraient à l'extension de l'Empire et à l'affermissement de la maxime homicide : l'Allemagne au-dessus de tout, Deatschland liber ailes.
• C'était là le double résultat d'une tendance naturelle et d'uu plan concerté.
Tendance naturelle : car, depuis les victoires