DÉFENSE NATIONALE INTELLECTUELLE
nécessaires à l'ébranlement de systèmes nerveux alourdis. Petit à petit, l'orgueil germanique avait mis ce hideux en formules baroques et le proposait sérieusement à l'admiration du monde entier. Cette architecture, cette peinture, cette gravure, ce mobilier, ces afiublements avaient, en se rejoignant, envahi la scène parisienne. Après l'hellénisme allemand, nous eûmes l'orientalisme allemand, ce modernisme criard de l'esthétique, dont les malheureux étaient si fiers, qui s'étendait de l'œil à l'oreille, de Sumuram à la Salomé de Strauss. On distinguait néanmoins, dans ces monstres bariolés, les aspirations de rimpériahsme allemand, ses pointes vers Bagdad et ailleurs. L'estampille qu'il mettait sur ses turqueries théâtrales conservait une signification politique. Ce faux art n'était pas conquérant, certes non, mais il gardait l'aspiration à la conquête, mais il obéissait lui aussi à la formule unique de l'état-major prussien : surprendre et bousculer.
Nous ne pouvons pas encore nous douter du sentiment de délivrance, d'épanouissement, d'élargissement, qui suivra la nipture, par nos armes, du joug allemand. Beaucoup de nos concitoyens subissaient, sans se plaindre et sans en distinguer les accointances, ce qu'ils considéraient comme une nécessité, ce qui n'était que la suite lointaine de nos défaites de 1870. Il y a là
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une grande leçon et je la résumerai ainsi : la politique prépare les armes, afin que celles-ci préservent la nation à moins de frais et maintiennent l'intégrité du territoire.
Ayant abordé déjà la question, je n'insiste pas sur les restrictions qui s'imposent aux Français quant à l'usage abusif de la langue allemande. Il est à peine besoin d'indiquer que les victorieux imposent leur langage et que les vaincus subissent celui de leur adversaire. La propagande de la langue française va reprendre, à la suite des événements de 191 4. Elle retrouvera, sans trop de peine, les solides et vieilles courroies de transmission de notre histoire. De la diplomatie, devenue son dernier refuge, elle rayonnera de nouveau sur les arts, les sciences, les rapports commerciaux, elle nous restituera quelques-uns de nos privilèges séculaires. Grâce au renouvellement général de toutes choses qui ne peut manquer de se produire, cette période à la fois morne et tragique de l'entre-deux-guerres , qui va de 1870 à 191/i, avec ses fautes, ses oublis, ses folies, ne sera bientôt plus qu'un mauvais souvenir. Elle appartiendra aux historiens, aux économistes, aux moralistes comme un exemple de ce qui doit être évité, comme un répertoire des maux politiques et sociaux qui ont failli nous coûter la vie nationale.
Réveil du prestige français, abaissement du
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prestige allemand, voilà le programme des années qui vont s'ouvrir. Je mets en garde mes compatriotes contre un laisser-aller impardonnable qui permettrait à nos mauvais voisins de maintenir quelques-uns de leurs postes avancés dans notre enseignement supérieur, philosophique et scientifique.
Bismarck, au lendemain du traité de Francfort, se préoccupait de nous infliger un Sedan économique qui compléterait la défaite militaire. Préoccupons-nous d'assurer la victoire intellectuelle qui suivra la conclusion de la paix. La grandeur du péril auquel nous avons miraculeusement échappé doit mesurer notre effort à nous affranchir définitivement, c'est-à-dire, encore une fois, par en haut.
Je dois maintenant exposer comment l'Allemagne avait fait servir à ses desseins de guerre son expansion industrielle et commerciale , méthodiquement conduite chez nous, sur une vaste échelle, depuis une vingtaine d'années.
Dans une campagne de près de trois ans, — du 21 septembre 191 1 au i" août 191/1, — j'avais poursuivi, dans V Action Française^ la tâche ardue de dénoncer cet immense réseau de r (( Avant-Guerre ». Au mois de mars 191 3, mon ami Georges Valois a bien voulu publier, à ses risques et périls, à la Nouvelle Librairie Nationale y le volume qui porte ce titre. Beaucoup de
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gens crurent que j'exagérais l'étendue du mal et l'imminence de la menace. L'événement a prouvé que j'étais demeuré, au contraire, fort au-dessous de la réalité. Il est possible, dès à présent, de dresser le tableau des criminels projets allemands et celui, comparatif, d'une réalisation qui ne fut, heureusement pour nous, que partielle. Le remède radical, politique et uniquement politique, contre le renouvellement, dans l'avenir, de semblables tentatives, sortira tout naturellement de cet exposé.