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premier ordr«. C'est cette disproportion entre les nécessités industrielles ou commerciales et les dépenses engagées qui m'a permis, dans bien des cas, de subodorer, puis de déterminer les manœuvres d'avant-guerre. Il n'est pas naturel, — pour ne citer qu'un exemple, — qu'une entreprise de produits alimentaires quelconques bouche, pendant douze ans de suite, un déficit annuel de huit à douze cent mille francs. La philanthropie la plus effrénée n'explique pas une telle magnificence. Quelle est, d'autre part, la bourse assez inépuisable pour subvenir, sans se lasser, à un pareil luxe, pour augmenter ainsi son chiffre de dépenses en raison inverse des recettes .^^ J'étais arrivé, par l'élimination des hypothèses, à attribuer à un seul budget assez résistant et élastique, — celui du grand étatmajor allemand, — la prodigalité de ces agents secrets. Constatation de simple bons sens, que l'événement a vérifiée.
Grosso modo, aux estimations les plus basses, l'Allemagne, de 1900 à 191 4, a dû dépenser annuellement de vingt-cinq à trente millions de francs pour son organisation, en France, d'avantguerre, pour sa (( Vorkriegunternehmung ». Elle y a mis en œuvre, c'est indiscutable, une forte dose d'ingéniosité, mais d'une ingéniosité à compartiments, établie sur quelques types invariables.
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Il ne pouvait plus être question, en eflet, d'espions volants et disséminés, comme ceux qui avaient fonctionné, ici et là, en 1870-71. Les « observateurs » campés en France par le gouvernement allemand et destinés à devenir, le cas échéant, des auxiliaires actifs des armées en campagne et des administrateurs des villes et des provinces envahies, les pionniers de la guerre en temps de paix devaient être, par définition, des techniciens, et des techniciens sédentaires. Chimistes, électriciens, lainiers, soyeux, minotiers, financiers, métallurgistes, géomètres-arpenteurs, photographes, constructeurs de héton armé, mécaniciens, ils devaient joindre à la vigilance patriotique de fortes capacités professionnelles et le don d'endormir l'ennemi éventuel. Chez nous, une pareille équipe serait assez difficile à constituer, vu les répugnances qu'inspire à nos compatriotes l'état de duplicité, de fourberie prolongé. L'Allemand trouve cet état naturel. Il y goûte même un plaisir de mystification barbare, qui éclate dans les déclarations pacifistes faites jusqu'à la guerre à tout propos par les principaux intéressés. C'était un sport, chez nos mauvais hôtes, de voir jusqu'où pourrait aller la crédulité des (( Gaulois légers » . Ils en faisaient entre eux des gorges chaudes. La confiance qu'ils avaient su inspirer, en plusieurs endroits, était quelque chose de prodigieux. Il n'est presque pas d'in-
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dustriel allemand ou de personnage allemand, établi en France, signalé par moi comme dangereux, au cours de cette campagne, qui n'ait trouvé un garant, un répondant parmi nos compatriotes, qui ne m'ait fait écrire par un bon et loyal Français que je me trompais, que je faisais fausse route, que je calomniais un innocent.
Depuis, vaincus par l'évidence, ceux qui avaient ainsi pris la défense d'espions avérés m'ont écrit de nouveau pour se frapper la poitrine et déplorer leur propre aveuglement. Qu'ils se rassurent. Je garderai pour moi leurs sincères regrets. Mais comment n'avaient-ils pas les yeux ouverts par tant de singulières concordances? Trop peu de gens prennent l'habitude, au cours de leurs premières études, de remonter des effets aux causes. C'est une sérieuse lacune de Téducation.
Périodiquement ces grands agents allemands d'avant-guerre se réunissaient en un vaste local, — la maison Zeiss, d'Iéna — situé non loin des Halles de Paris, rue aux Ours, sous couleur de mettre en commun les résultats industriels obtenus par eux. Puis, toutes portes closes, et se reconnaissant mutuellement, ils envisageaient la situation vraie, se communiquaient leurs renseignements sur la politique générale, prenaient leurs dispositions en conséquence. Au moment d'Agadir, plusieurs d'entre eux rejoignirent
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leurs régiments en vertu d'ordres d'appel individuel qui leur étaient parvenus discrètement. Il en fut de même dès les premiers jours de juillet 191 4. Leur nombre même et celui de leurs employés et subordonnés — il y avait environ i5o 000 Allemands et Autrichiens, naturalisés ou non, au début de la guerre, à Paris — leur était un sujet de préoccupation; car ils redoutaient une explosion de sentiments germanophobes à leur endroit. Ils avaient été jusqu'à examiner la possibilité d'une prise d'armes sur notre territoire, projet auquel ils renoncèrent, vu la difficulté de l'exécution. Je me suis laissé dire qu'à Londres fonctionnait une organisation analogue et que la police anglaise était tout aussi indifférente que la police parisienne aux trames des agents allemands. Le Livre jaune français insiste, avec raison, sur l'étonnante discipline et le non moins étonnant secret qui permettent au peuple allemand de tromper jusqu'au bout son adversaire sur ses intentions. Puis, la haute police a toujours peur de pécher par excès de crédulité..., non de crédulité confiante, mais de crédulité méfiante. Le scepticisme, quant à l'espionnage, y est de bon ton. Ajoutez à ceci la crainte de commettre une erreur lourde et d'indisposer un personnage influent : Allemand ou Autrichien naturahsé, ou politicien, ou journaliste protecteur d'Allemand ou d'Autrichien natu-
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ralisé. Il y avait de ces espions qui avaient le bras si long I
l'artifice de la naturalisation
Le chiffre sans cesse croissant, — et dans une progression fantastique, — des naturalisations, depuis une quinzaine d'années, au ministère de l'Intérieur, aurait dû suffire à ouvrir les yeux d'un gouvernement avisé. Alors que le nombre des naturalisations était de 38 ooo en 1896, — chiffres officiels, — il s'élevait à 65 000 en 1901, à 90 000 en 1906 et à 120 000 en 1911Î La majorité concernait les Allemands et les Autrichiens dans une proportion des huit dixièmes environ, si je fais une moyenne entre les chiffres assez voisins qui me sont parvenus à cet égard. Il est bien clair que l'amour de la France n'était pour rien dans cette ruée à la conquête facile d'un <( chiffon de papier », peu compromettant quant à l'Allemagne et à l'Autriche, fort utile quant à notre pays.
En effet, il était, dès cette époque, dans les intentions du gouvernement impérial de donner au plus tôt force de loi au vieil axiome : Semel germanus, semper germanus, d'après lequel la nationalité allemande ne se perd jamais. Le 23 février 191 2, — notez la date, — le secrétaire d'Etat pour l'intérieur, M. Delbruck, présentait
LA NATURALISATION. ik'J
au Reichstag et faisait adopter le projet de loi qui porte son nom et qui assure au citoyen adlemand naturalisé le double bénéfice de sa nationalité réelle et de sa nationalité d'emprunt. J'ai publié ce texte dans l Avant-guerre , je le reproduis ici, d'abord parce que beaucoup de personnes continuent à l'ignorer ou à le mettre en doute, ensuite parce que la guerre actuelle lui donne toute sa signification :
Il est vrai que nous reconnaissons qu'il y a des cas où un citoyen allemand se trouvant à l'étranger pourrait avoir un intérêt à acquérir, a côté de la vieille nationalité, une nouvelle nationalité, et que, tout en possédant cette dernière, il pourrait en même temps représenter
UTILEMENT LES INTÉRÊTS DE SA VIEILLE PATRIE. PoUT faire
face à cette éventualité, nous avons, dans la nouvelle loi, une disposition déclarant que ceux qui auront demandé et obtenu la nationalité dans un pays étranger, mais en ont préalablement averti les autorités compétentes de leur pays et en ont obtenu l'autorisation, ne perdent pas la