‹ Hors du joug allemand, mésures d'après-guerreChapitre 30 sur 69 · NATIONALITÉ ALLEMANDE · texte numérisé non relu

NATIONALITÉ ALLEMANDE

Impossible d'avouer plus clairement que l'on compte sur la naturalisation comme auxiliaire de la surveillance par le naturalisé — soyons poli — du pays d'adoption. D'oii l'expression de « naturalisé à la Delbriick » qui, depuis quelques mois, a fait fortune. Ainsi se trouvait constituée, à la veille d'une guerre q^ti'on savait imminente, une cohorte civile de franco-allemands, solide-

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ment reliés à l'Allemagne et à l'Autriche, mais libres, en France, de leurs mouvements. Le danger d'une semblable situation est apparu soudain aux moins prévenus. Il a fait l'objet d'un grand nombre d'articles acerbement critiques dans les journaux de Paris, notament dans le Temps, peu suspect cependant de xénophobie. La naturalisation constitue une commodité administrative, un passeport permanent, de garantie nulle quant aux sentiments réels de l'Allemand ou de l'Autrichien qui l'a trop aisément obtenue, sous le couvert de laquelle l'agent ennemi peut opérer en toute sécurité. On a renoncé à dénombrer les (( naturalisés à laDelbriick » qui, dès la première heure de la mobilisation, ont rejoint leur corps... en Autriche et en Allemagne. Le séquestre en a noté plusieurs. D'autres sont restés, escowiptant le relâchement fatal d'une surveillance qui n'a jamais été fort rigoureuse, du moins à Paris. Le fait que les Allemands ont manqué leur coup quant à la capitale a permis aux naturalisés, demeurés ici à leur poste, de ne pas lever le masque. Mais on tremble en songeant à ce qui serait arrivé, si l'Allemagne avait, à la fin d'août, réalisé son principal dessein.

Quant au service militaire, auquel seraient astreints en France les Allemands et les Autrichiens naturalisés, c'est une simple plaisanterie. L'article I9 de la loi du 31 mars 1906 oblige les

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naturalisés à suivre la classe de leur incorporation, mais jusqu'à leur vingt-septième année seulement. A partir de là, ils n'ont plus que des périodes de réserve (23 jours) ou de territoriale (9 jours) à faire. C'est pourquoi la plupart d'entre eux attendent l'âge de trente-cinq ans au moins pour solliciter la naturalisation française. En réalité, ils ne font presque jamais cette dérisoire période de 9 jours, ayant soin de se prémunir des certificats médicaux et chirurgicaux nécessaires pour leur réforme anticipée. Ajoutez à ceci que les médecins majors — dans leur sagesse — n'insistent guère pour l'éphémère incorporation de (( Français » aussi douteux, plus dangereux encore à la caserne ou au camp que dehors.

Certains Allemands opérant en France, par un raffinement de rouerie qu'on s'explique trop, sollicitaient, non point directement la nationalité française, mais, pour commencer, la nationalité américaine, anglaise, belge ou suisse. Tantôt ils s'en tenaient là, tantôt, doublant le masque, ils passaient de leur nationalité d'emprunt à la nôtre. Ce système à la Frégoli a donné bien souvent le change aux enquêteurs. J'ai cité ainsi le cas d'un certain doctor Wilhelm Heilpern, représentant la Central Gesellschaft fur chemische industrie, qui s'était déguisé en avocat belge, puis avait anglicisé son prénom de Wilhelm en Willy, afin d'entrer au

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conseil d'administration de la Société Française de l'Industrie chimique (anciens établissements Tancrède et Collette). Ce cas est exactement comparable à celui, très fréquent, des sociétés allemandes arborant en France une façade suisse ou américaine, voire hollandaise, afin de mieux déjouer les recherches ou les soupçons.

De pareilles roueries permettaient à ceux qui les employaient de jouer sur les mots et de se dire citoyens français, alors qu'ils l'étaient depuis deux mois, un an, quelquefois deux semaines! D'autres, Allemands établis en Alsace depuis plusieurs années, sollicitaient et obtenaient leur « réintégration » dans une qualité de Français qui n'avait jamais été la leur. La loi était sur ce point si mal faite qu'elle servait la supercherie et l'espion- envahissement, au lieu de les contenir et de les contrarier. Une des premières besognes d'après la guerre devra être de la modifier de fond en comble. Comme l'écrivait un des correspondants du Temps : « Qu'arrivera-t-il après les hostilités.»^ Je crains bien que, grâce à notre indifférence, à notre hospitalité bonasse, l'envahissement par les Teutons de nos entreprises, de nos sociétés, de nos banques, des marchés commerciaux et financiers, ne fasse que croître à la faveur de la naturalisation. » Pour le moment, ce qui importe, c'est de constituer des dossiers, de façon à dresser un réquisitoire accablant pour le jour

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OÙ cette question primordiale, avec les devoirs pressants qu'elle impose aux pouvoirs publics, sera examinée à fond. Il est absolument inadmissible, je le répète, que l'on revienne, après quelques insignifiants détours légaux, au statu quo ante. Il y va de notre sécurité nationale.

Ainsi devront être détruites du même coup ces louches officines dites « bureaux de naturalisation )) , où il était procédé à « la prompte exécution de toutes les formalités exigées pour la na-

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turalisation des étrangers ». Cela non plus ne sera pas un mal, car il y avait là d'autres nids d'espionnage.

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