DIELETTE ET LES MINES ALLEMANDES DE NORMANDIE
Je serai bref sur la question des mines allemandes de Normandie — qui a donné et donne encore lieu à tant de discussions contradictoires — parce que je l'ai traitée avant la guerre tout au long et que le séquestre a démontré le bien-fondé de mes affirmations, en ce qui concerne les principales concessions ou participations de M. Auguste Thyssen. Je laisse à MM. Le Ghatelier, Solacroup et autres associés des Allemands avant la guerre, la responsabilité de leurs conceptions et combinaisons financières, m'en tenant avec plus de fermeté que jamais, à mon point de vue, qui est le suivant : La métallurgie allemande, en poursuivant l acquisition du sous-sol normand français, avec la collaboration active de l'empereur, ne visait pas seulement
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la possession du minerai de fer indispensable à son industrie guerrière. Elle visait aussi la possibilité, par un débarquement concerté, de couper le Co^ tentin du reste de la France et défaire, de la région Cherbourg-Diélette, une base pour les opérations navales de V amiral von Tirpitz. Le blocus par la flotte anglaise a ruiné ce mirifique projet; on n'en a pas moins dû rechercher soigneusement si les sous-marins allemands, qui, depuis, le début des hostilités, sont parvenus à faire des incursions dans la Manche, ne se ravitaillaient pas dans les parages de Diélette-Flaman ville. Le résultat de ces recherches a été négatif et il faut s'en féliciter. Par ailleurs, on a arrêté récemment dans la région un sujet allemand, détenteur d'une grosse quantité de dynamite provenant du dépôt de Diélette, dont je signalais le danger, vu la proximité de l'arsenal de Cherbourg. Les circonstances, là comme dans la grande banlieue de Paris, n'ont pas permis aux Allemands d'utiliser leurs immenses préparatifs; mais ce que nous apprenons chaque jour prouve l'importance et la qualité de ces préparatifs.
A l'heure présente, l'autorité compétente, justement désireuse de savoir ce que recèlent les cryptes de Diélette, exige qu'il soit procédé à un minutieux examen de ces immenses travaux d'avant-guerre. Gela semble d'autant plus nécessaire, qu'après une première et superficielle
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visite de la mine, au début des hostilités, quelqu'un eut la maladresse, plus ou moins intentionnelle, de faire fermer les portes de serrement des étages 90 et i50, laissant ainsi les eaux d'infiltration envahir les galeries. Qu'y avait-il donc à cacher pour que l'on noyât, en un pareil moment, cette mine suspecte, pour que tant d'obstacles fussent apportés, de tous côtés, à la volonté patriotique de la Défense Nationale, désirant se rendre compte par elle-même du ténébreux mystère du Gibraltar allemand de Diélette ?...!...
Les formidables dépenses — de douze à quinze millions — engagées, à Diélette même, par un industriel aussi avisé que M. Auguste Thyssen, en vue de l'exploitation toujours aléatoire d'une mine sous-marine, montrent l'importance que l'amirauté allemande attachait à la possession de ce point du littoral. Le mot de a Gibraltar », que j'avais employé afin de rendre l'intention allemande plus saisissante, semblait exagéré à quelques-uns, vu les dimensions de l'anse de Diélette, bien que le wharf fût aménagé pour des navires de plus de 2000 tonnes. Néanmoins, de mois en mois, les travaux se faisaient plus considérables et l'on en aura quelque idée en feuilletant le numéro du Génie Civil du mois de septembre iQiS, où se trouve le plan du système de treuils et de wagons aériens destinés à l'em-
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barquement du minerai. C'est à ce sujet que le Phare de la Manche, dans son numéro du samedi 6 juillet 191 2, écrivait ces lignes mémorables : (( Le ministre a pu se rendre compte que, contrairement, à certains bruits pessimistes, la mine de Diélette était bien exploitée par des Français et non par des Allemands. » Or il suffisait, dès cette époque, d'ouvrir n'importe quel annuaire des Sociétés par actions, pour y trouver en toutes lettres, au conseil d'administration et de direction des mines de Diélette-Flaman ville, les noms de MM. Thyssen, Rabes et Horten; de sorte que je n'ai jamais pu comprendre qu'on osât nier à ce point l'évidence.
Au surplus, voici un tout récent résumé du Berliner Tagehlatt, qui met les choses définitivement au point et trahit la déception germanique : (( Il sera aussi intéressant de connaître les possessions minières allemandes dans l'ouest de la France, où les confiscations par l'Etat français vont déjà leur train.
(( I** La firme Thyssen y possède les mines de Diélette (345 hectares) près Cherbourg, puis, de par sa participation aux Hauts Fourneaux et Aciéries de Caen, un intérêt dans les mines de Soumont et Perrières(46o et 778 hectares respectivement). Enfin, la firme a passé un traité de dix ans avec les mines de Jurques pour la four •