DE LYON A TOULON ET A NICE. I
est le cas des articles poursuivis, que Uhde pourra taire profiter son pays de renseignements que son séjour parmi nous lui permet de se procurer, n*est pas de nature à • porter atteinte à son honneur et à sa considération ; que d'aucuns estiment, au contraire, qu'il est honorable de servir sa patrie dans n'importe quelles circonstances et qu'il est évident que l'ancien officier, qui est le demandeur, ne serait point amoindri vis-à-vis de ses compatriotes pour avoir accompli, le cas échéant, ce qu'il pourrait considérer comme un devoir, etc., etc.
Uhde. mécontent de ce jugement, ne se tint pas pour battu. Il osa faire appel devant la cour d'Aix, nous demandant loooo francs de dommages-intérêts et loa insertions à nos frais. La cour, partagée entre le devoir patriotique de refréner l'audace d'un officier allemand campé en France et la crainte de déplaire aux influents amis de Uhde, en donnant trop complètement raison à r Action française, ta cour donc, lui accorda 5o francs de dommages-intérêts à titre de réparation purement civile et lui refusa toute espèce d'insertion. Je ne doute pas que les magistrats d'Aix ne regrettent aujourd'hui ce jugement biscornu. Enfin, le lendemain de la déclaration de guerre, Uhde, que ces procès avaient déjà signalé aux autorités locales et qui était l'objet d'une surveillance attentive, fut arrêté au moment où il quittait sa propriété en automobile. En dépit de sa vive résistance, il fut aussitôt transféré à Toulon et de là à l'île Sainte-Marguerite,
iq8 hors du joug allemand.
puis à la citadelle de Saint-Tropez, où il attendait, aux dernières nouvelles, sa comparution devant la justice militaire. J'ai été appelé, par commission rogatoire, à déposer sur son cas dans le courant du mois d'octobre dernier.
En général, les agents allemands du littoral et des îles sont plus visibles que les autres. C'est ainsi que le nommé Maximilien Kahn, sujet francfortois des plus suspects, dont la présence et les installations à Bréhat avaient été signalées à la tribune du Sénat par M. le sénateur Riou, dans la séance du i4 février 191 2, a vu ses travaux d'avant-guerre mis sous séquestre en Bretagne comme à Paris. Quant à lui, comme un espion qu'il était, il a pris la poudre d'escampette trois jours avant la mobilisation. Il appartenait, comme Uhde, à la classe des espions noceurs, bons enfants et très lancés. Catégorie fort différente de celle des espions sérieux, techniciens, attentifs à leur affaire et qui ne rient jamais. Mais ce serait un tort de croire que cette jovialité, qui facilite la camaraderie, exclut le danger..., au contraire*;
LE MONDE DE l'aRGENT
Il est bien évident que le monde de la Bourse, des manieurs d'argent — qui est aussi le monde
I . On m'a affirmé que quelques emprunteurs sans vergogne, obligés de l'infâme millionnaire Uhde, qui avait le billet bleu