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LA QUESTION DES CONCESSIONS MINIERES

Après la guerre, et le bassin de Briey une fois reconquis sur l'ennemi, l'Allemagne aura plus que jamais besoin de minerai de fer pour son industrie, vu l'effroyable consommation ^e

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munitions et d'outillage militaire qu'elle aura faite. Notre devoir strict sera, bien entendu, de lui refuser ce minerai de fer, de dénoncer tous les contrats d'échange fer-charbon préexistant, aussi bien pour le bassin de Briey que pour le bassin de Normandie. Ce sera une façon très efficace de limiter, par la matière première, les armements de notre ennemie. Il est, d'ailleurs, à présumer que l'Allemagne fera des efforts désespérés pour tourner la difficulté et obtenir de nous du fer, sournoisement, ou des concessions, toujours par personnes interposées. Il y aura là, de la part des services compétents, un nouveau contrôle à exercer, d'autant plus serré et minutieux que nous aurons affaire à un adversaire plus retors et affamé.

Si nous le voulons, si nous faisons le nécessaire pour que cela soit, Krupp, Ehrhardt et Thyssen doivent mourir d'inanition. Ce serait un crime contre la nation que de leur fournir le moyen de s'alimenter en métal à nos dépens. La nationalisation du sous-sol français est une opération devant laquelle ne pourra plus reculer le gouvernement, quel qu'il soit, qui aura, au lendemain de la guerre, la charge des affaires et des réparations publiques.

L'industrie française y trouvera une occasion de relèvement unique et qu'elle serait coupable de ne point saisir. Délivrée de l'oppression formi-

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dable que faisaient peser sur elle les capitaux allemands, auxquels elle avait eu le tort d'avoir recours, elle pourra contracter des alliances économiques qui compléteront, scelleront dans la paix les alliances diplomatiques et militaires du temps de guerre. C'est ici un vaste sujet, que je ne saurais même esquisser, tant il dépasse les limites de cette simple étude.

Une leçon ressortira de Tafiaire de Diélette, dont la Providence nous a heureusement épargné les funestes menaces. Cette leçon tient dans Taxiome suivant : Qai livre son sous-sol à Vétranger finira, tôt ou tard, par lui livrer son sol. •Quand Thyssen avait obtenu quelque amodiation, ou concession ou participation industrielle en Normandie, il exigeait aussitôt un chemin de fer minier, que les conseils généraux, par faiblesse, se laissaient finalement aller à lui accorder. Bientôt, sous prétexte de cités ouvrières, s'édifiaient des enclaves étrangères dans le voisinage des travaux. Les autochtones se trouvaient peu à peu chassés de chez eux, brimés par cette maind'œuvre exotique, ces contremaîtres allemands qui parlaient en maîtres. Des rixes, des bagarres avaient déjà eu lieu. Avec le temps, certaines localités fussent devenues complètement allemandes. Il en eût été de même pour certains districts industriels de l'Est, dans le Nord pour Creil, dans cent endroits difiPérents.

aSa HORS DU JOUG ALLEMAND.

La surveillance du littoral et des îles ressort plus spécialement des autorités maritimes. Celles-ci feront bien de veiller dorénavant à ce qu'aucun dépôt de dynamite ne puisse plus, sous prétexte de travaux d'excavation à elFectuer, être organisé par l'Allemagne dans le voisinage de Cherbourg. Elle veillerait aussi à ce qu'un juif allemand tel que Kahn — parti quelques jours avant la mobilisation — ne puisse plus acquérir la moitié d'une île comme Bréhat. Honneur au docteur Variot et au sénateur Riou qui avaient signalé, les premiers, cette monstruosité !

Plus un kilo de minerai de fer français, plus une parcelle du sous-sol ni du sol français aux Allemands : telle est la formule de demain. Elle paraît simple et facile à suivre, même en temps de guerre. Il est néanmoins démontré, par des faits récents — ne fut-ce que l'occupation et l'organisation du bassin de Briey par l'ennemi — que la vigilance sur ce point essentiel n'a malheureusement pas été exercée ici avant la guerre actuelle.

Mais on ne détruit que ce qu'on remplace. La nécessité d'un immense effort industriel, consécutif à la signature du traité de paix, s'impose à tous les chefs d'usines français. S'ils laissaient passer l'heure favorable, s'ils ne s'organisaient pas^à tout prix pour suppléer, par exemple, à la privation prochaine de cet outillage allemand qui

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les faisait tributaires de notre mauvaise voisine, il ne leur faudrait pas plus de cinq ou six ans pour retomber dans la détestable ornière du passé. Je rappelle ici un grand mot tout récent d'un des rares hommes politiques français, à ma connaissance, qui aient compris l'importance et l'étendue du problème que j'essaie de résumer dans ces pages. M. Pierre Baudin a écrit dans Je Figaro : « 11 faut que chacun se dise chaque jour que, si les anciennes pratiques se renouvellent après la guerre, les Allemands, même vaincus, réaliseront — lentement et sûrement — par la paix la conquête qu'ils ont tentée par les armes. »

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