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DÉPARTEMENT DE SEINE-ET-OISE

Arrondissement de Versailles t

Commune de Rueil

Extrait du registre d'immatriculation (Application de la loi du 8 août 1898)

En exécution de la loi du 8 août 1898, par-devant nous. Maire de la Commune de Rueil, s'est présenté le sieur :

Nom et prénom : Maus (Auguste).

Lieu de naissance : Galcum (provinces rhénanes).

Date de naissance : 8 octobre 1880.

Nationalité : Allemande.

Fils de : Edouard.

Et de : Kalus (Emilie).

Marié ou veuf : Célibataire.

Marié à (i).

Enfants (2), lequel nous a déclaré être arrivé le 6 février 190A, dans cette commune pour y exercer (3) Palefrenier.

Il a justifié de son identité, conformément aux dispositions de l'article premier de la loi, en produisant à l'appui de sa déclaration (4) Acte de baptême.

Fait à Rueil, le 10 février 1904.

Le Maire :

Roger Jourdain.

On comprend bien le mécanisme : Hermann von Mumm accréditait AValter Kessler, lequel à son tour accréditait Auguste Maus, lequel à son

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tour en accréditait un troisième. Ainsi la région de Chantilly se trouvait-elle aussi étroitement surveillée par les Allemands, dès le temps de paix, que la région de Greil ou de La Fère. C'est de cette façon que le grand état-major avait jalonné, ici grâce à des installations industrielles, là grâce à des fermes d'entraînement, la marche ultra rapide des armées allemandes sur Paris. Par ailleurs, les em boches, auxquels Hermann von Mumm jetait de temps en temps un os de cheval à ronger, allaient répétant qu'il était un très gentil garçon et qu'il donnait des fêtes superbes : ce pendant que l'on se serait bien gardé de surveiller un monsieur qui avait de si belles relations et plus d'un homme influent dans sa manche.

Que sont devenus, depuis le début des hostilités, Kessler, Maus et C'% ou mieux Kessler, Maus und Gesellschaft, je n'en sais malheureusement rien. Ce que je sais, c'est que la Ferme des Aigles est toujours là, qu'elle avoisine la ligne de chemin de fer, et que des gens infiniment suspects ont continué à circuler dans la région de Chantilly, qui n'auraient dû, à aucun prix, avoir accès dans la région de ChantiUy.

Il ne faut pas oublier, en efifet, que le trafic de chevaux est un des plus fructueux du temps de guerre,

La Ferme des Aigles. — On pense bien que, si je creuse ainsi la question de l'espion Hermann von Mumm, c'est parce qu'elle est une des plus importantes et des plus caractéristiques de l'avantguerre. Avant sa mémorable arrestation à Reims, au début de la mobilisation, cet espion notoire — le principal auteur de la dévastation de la Champagne par les hordes allemandes — avait en effet deux ordres, deux catégories de protecteurs : de gros bonnets du monde des affaires, subventionnés largement par lui, et qui prenaient ardemment sa défense, aussitôt qu'on faisait la moindre allusion au rôle probable, en France, du misérable... Un certain nombre de mondains, habitués de ses réceptions, bénéficiant de son écurie de courses et qui joignaient, en cas d'alerte, leur indignation à celle des précédents. Cette funeste association de sentiments antifrançais et d'intérêts proallemands se retrouve à mainte page du triste chapitre des embochés.

Voici maintenant un des résultats de ce joli travail. A l'approche des Allemands, en septembre dernier, un propriétaire bien connu et fort patriote, celui-là, fit partir de Chantilly son crack Nimbus, mais conserva à Chantilly tous ses chevaux de deux ans, dont un très estimé, un futur Nimbus. Quand les Allemands arrivèrent, deâ officiers boches se précipitèrent vers les écuries, réclamant Nimbus. — chose à la

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rigueur compréhensible, vu la célébrité du cheval, — entrèrent en fureur devant son box vide, puis coururent aussitôt au box du crack de deux ans et l'expédièrent en Allemagne. Les espions de la Ferme des Aigles les avaient ainsi exactement renseignés sur la valeur des chevaux qu'ils trouveraient à Chantilly. Mais ceci n'est qu'un échantillon de la besogne accomplie par Mumm, Kessler, Mans et leurs acolytes.

Quand un dîner ofQciel de quelque importance était annoncé, il arrivait que von Mumm allât trouver l'entrepreneur de ce dîner et lui offrît gratuitement son Champagne, à condition que le dîner Jût servi par un personnel de son choix.

L'agence de G. -H. Mumm, pour la France, était rue du Mont-Thabor, à Paris. Son représentant, honorablement connu dans les milieux viticoles, était M. Trémoulière, maire d'Omps, dans le Cantal.

L'autre espion Mumm. — Passons maintenant au frère d'Hermann von Mumm, à Walter von Mumm. Ces deux scélérats s'étaient partagé la besogne. Il était entendu que Hermann von Mumm, vu ses relations et ses embochés, vu sa grande connaissance de la région, jouerait, à la déclaration de guerre, le « bon Français » et ferait l'impossible pour demeurera Reims comme introducteur, guide et conseiller des armées aile-

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mandes. Cependant que Walter von Mumm préviendrait les événements et filerait prendre son service dans l'armée du Kaiser. Je note, entre parenthèses, que cette répartition des rôles du temps de guerre à travers les membres d'une même famille allemande établis soit en France, soit simultanément en France et en Allemagne, n'est pas une exception. J'en connais des cas assez nombreux. C'est un procédé commode, qui permet le « à-cheval » sur deux nationahtés et l'option sentimentale, commerciale ou ethnique, selon le sens de la victoire. Pour tous ces cas ambigus, géminés, il manque heureusement à l'observateur impartial la seule pierre de touche décisive, qui eût été l'entrée des Allemands à Paris et la destruction systématique de la capitale. Walter von Mumm, frère d'espion, espion luimême, avait loué, sur la grand 'route de Reims à Fismes, une propriété dite la Ville-aux-Bois, commune de Jonchery. Notez ceci : il avait loaé, non pas acheté. Il évitait de même de figurer sur les annuaires mondains, oii l'on pouvait lire au contraire : H. de Mumm et Madame, née de Struve, avenue du Bois de Boulogne, 43. Téléphone : 646-63 et boulevard Lundy, 17, à Reims (Marne). Téléphone : 732. Il était exemplaire de relire ces notices « bien parisiennes » dans le même temps que, sur les indications d'Hermann von Mumm et de ses semblables, les Allemands

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parachevaient la destruction par le bombardement du sanctuaire de Reims I . . . Walter von Mumm adorait la chasse comme délassement aux besognes de l'espionnage, et, tous les ans, on faisait environ quatre mille pièces d'élevage à la Villeaux-Bois. Mais en février igiA, après un nouveau voyage en Allemagne — il s'absentait fréquemment — Walter von Mumm prévint ses gardes, qui avaient préparé poules et œufs, que l'on ne ferait pas d'élevage pour la prochaine saison de chasses.

Le samedi 26 juillet 191 4, à dix heures du matin, l'intendant de Walter von Mumm fit avancer, devant le perron du château, une des trois voitures automobiles en garage, la Mercedes, complètement équipée pour un long trajet. Arthur, le chaufleur — rien de commun avec M. Arthur Meyer, directeur du Gaulois — avait été averti qu'une fois de plus on allait en Allemagne.

Le patron monta dans sa voiture, mais, avant son départ, il prévint son personnel que, quoi qu'il arrivât, il serait de retour dans trois semaines, entre le i5 et le 25 août. Plaisanterie de canaque teuton, que se sont offerte avec délices beaucoup d'officiers et de sous-officiers allemands, employés ou étabhs en France avant la guerre. Le dossier d'une des plus grosses affaires d'avant-guerre, celui de Greil, est bourré de déclarations fanfaronnes de ce genre, où

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sonne la « gemûthlichkeit » de ces sanglants cochons à têtes de veaux. Le voyage de Walter von Mumm et d'Arthur se fit par un temps magnifique et l'on arriva à Francfort. Mais dès que l'on fut sur la terre d'Empire, le candide Arthur fut très étonné de croiser tant de troupes en marche. Son patron ne chercha pas à l'induire en erreur. Il lui déclara franchement : <jc C'est la guerre I » En débarquant à Francfort, Walter von Mumm avertit son chauffeur qu'il n'avait plus à se préoccuper de la voiture, que son service avait pris fin, et qu'il pouvait, si bon lui semblait, rentrer en France par ses propres moyens. Ce à quoi Arthur parvint, après d'infinies difficultés, par [la voie douloureuse de la Belgique.

Il résulte de cette véridique histoire que, dès le mois de février 191/4, les espions allemands étabhs en France étaient prévenus de la date certaine de la déclaration de guerre. J'ignore dans quel régiment allemand et sous quel uniforme combattit depuis l'espion Walter von Mumm.

Il n'y a donc pas d'erreur : Hermann von Mumm était un espion allemand beaucoup plus dangereux, parce que plus intelhgent, moins impulsif et plus secret que Walter von Mumm. C*est pourquoi les autorités allemandes lui avaient conseillé de rester en France, alors qu'elles convoquaient Walter sous les drapeaux.

Pour finir, un trait qui peint Walter von

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Mumm. Il était à ce point excité contre les Français qu'on eut, un jour de chasse, toutes les peines du monde à l'empêcher de tirer sur des rabatteurs qui avaient commis quelque maladresse. Sans l'intervention des invités, le crime eût été commis. Le drôle, on le voit, avait tout ce qu'il faut pour faire un bon officier allemand.

De tous côtés me sont parvenues depuis le début de la guerre des plaintes et des protestations sur les étranges complaisances dont bénéficièrent, dans les Alpes-Maritimes, un certain nombre d'Allemands et d'Autrichiens considérés d'ailleurs comme des espions notoires. A priori, il semblait impossible que des réclamations émanant de personnes si diverses, dont plusieurs sont connues de moi comme particulièrement sincères et documentées, n'eussent aucun fondement. Les autorités des Alpes-Maritimes ne croyaient pas au péril de l'avant-guerre, ni au danger allemand. Mais aujourd'hui, on est bien forcé de croire à l'un et à l'autre, et ce n'est un mystère pour personne que cette région privilégiée de la France était devenue un repaire d'agents allemands des deux sexes.

C'est ainsi qu'un propriétaire d'hôtel, tenu par plusieurs pour un agent allemand, habitait dans

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l'hôtel Prince de Galles un somptueux appartement, au lieu d'être interné, comme ses pareils, à l'île Sainte-Marguerite. Pourquoi? A quoi correspondait une telle faveur?

C'est ainsi encore que le yacht de l'Autrichien Jelhneck, directeur de la Mercedes et espion notoire, avait été soustrait indûment au séquestre et emmené du port de Cannes jusqu'à Monaco. Un messager spécial faisait chaque semaine le voyage de Nice à Vintimille pour recevoir et expédier la correspondance dudit JeUineck.

Vers la fin de janvier, l'on aurait surpris trois Allemands essayant de se dissimuler dans une malle expédiée de Marseille avec un chargement de coton. Ils furent arrêtés et menés à Nice avec trois autres de leurs compatriotes. Les gendarmes leur avaient naturellement mis les menottes. A leur entrée en gare de Cannes, un commissaire spécial adjoint se serait écrié avec fureur : « Enlevez ces menottes! Les Allemands ne sont pas des bandits I )) La population cannoise devra offrir à ce fonctionnaire un exemplaire des atrocités allemandes, pour l'édifier.

Le jour même de la mobilisation, le sieur ïhamme, sujet allemand, propriétaire de l'hôtel Montfleury, serait demeuré en permanence sur le quai de la gare, à la stupéfaction profonde des personnes présentes. La police, qui était présente et prévenue, n'arrêta pas immédiatement le sieur

Thamme. Le même Thamme, payant d'audace, aurait déposé en pleine guerre une demande de naturalisation !

On sait que Monaco était, après Bruxelles, le second centre en importance de l'espionnage allemand. C'est ainsi que le nommé Kurz, sousdirecteur du casino, sujet autrichien, placé à Monaco par l'empereur François-Joseph, fut interné à Sainte-Marguerite. Il avait été arrêté le 4 août. On raconta qu'on avait découvert à son domicile des plans et des documents compromettants.

Wicht, sujet allemand et directeur général du casino, avait été expulsé le i3 août, après avoir vainement tenté de se faire naturaliser monégasque î

Quant à notre vieille connaissance, l'espion mondain Uhde, de l'Almanarre, capitaine aux hussards de Zieten, qui nous fit deux procès et fut arrêté dès les premiers jours de la mobilisation, alors qu'il se sauvait en automobile, le gaillard était propriétaire, à Monte-Carlo, de l'immeuble occupé par un grand établissement financier qui lui payait 4o>ooo francs de loyer annuel. Herr Uhde était, comme on le sait, un espion très chic, un espion huppé. Je ris en songeant à la tête que doivent faire les excellentes poires qui prenaient auprès de moi sa défense, au moment des procès. Mais je ne ris plus quand

je songe au métier que faisait contre nous cette canaille de Uhde, dans sa superbe tranchée de VAlmanarre.

Par ailleurs un de nos confrères des plus distingués du Midi m'écrivit à ce sujet la lettre suivante, en me garantissant la scrupuleuse exactitude des stupéfiants détails qui y sont contenus :

La Gôte-d'Azur, notre Riviera française, est l'Eden des Allemands. On se souvient avec quelle mansuétude furent traités les biens et les personnes austro-allemands, alors que les troupes du kaiser saccageaient nos départements envahis au cours de la fameuse attaque brusquée qui les conduisit à la défaite de la Marne. Il fallut une véritable pression de l'opinion publique pour faire cesser ce scandale.

Aujourd'hui, c'est autre chose. Les biens sont saisis, les hôtels et les villas sont séquestrés sous la haute protection de l'administration; et ce sont les personnes des Austro-Allemands qui bénéficient d'un traitement de faveur, comme si le traité de Francfort leur était encore applicable. Et cela au grand émoi des populations françaises, qui restent stupéfaites d'une situation aussi anormale.

Les Allemands, les Autrichiens sont bien internés; mais ce n'est là qu'un plaisant euphémisme. L'internement pour eux consiste à être logés dans les meilleurs hôtels, avec chambres au midi, couchés dans des lits moelleux et chauds. Si une femme mariée témoigne le désir d'avoir son mari près d'elle, vite, vite, celui-ci, qui est interné à l'île Sainte-Marguerite, va rejoindre sa compagne à l'hôtel Prince de Galles. Là, il y a réceptions comme

aux grands jours de saison; tapis dans les chambres, chauffage central, éclairage électrique : rien ne manque, et on nous cite l'exemple d'un sieur X..., boulanger à Cannes, qui, interné à Sainte-Marguerite, a rejoint son amie à l'hôtel.

Le jour des réceptions est le vendredi — Veneris dies, comme disaient les Latins. Les entrevues ont lieu dans les chambres, ce qui permet aux Allemands et à leurs amis d'échanger des correspondances qui échappent ainsi, en dépit du règlement, à la surveillance administrative.

11 y a mieux : on permet aux internés les visites en ville. Précisons : le 2 janvier, un Allemand, R. E..., propriétaire d'une villa, interné, a parcouru Cannes en voiture, allant faire ses visites du jour de l'An ; et ce n'était pas par faveur spéciale, puisque d'autres internés, dont tout le monde connaît les noms à Cannes, ont été rencontrés à travers la ville.

Si l'on procède par comparaison et que l'on examine la façon dont sont traités nos prisonniers et internés en Allemagne, on se demande si nous n'assistons pas à une attristante facétie administrative.

Lorsque tant de familles françaises sont, non sans raisons, inquiètes sur le sort de leurs enfants, n'est-il pas douloureusement décevant de voir les Allemands et les Autrichiens, si bien protégés d'abord, et si bien choyés ensuite dans ce pays de France dont les troupes du kaiser dévastent encore plusieurs départements ?

On en conviendra, il n'était que temps pour l'administration de mettre un terme à de pareils abus : faute de quoi, les pires suppositions devenaient possibles.

Je reçus encoreîd'un de nos excellents amis et

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