‹ Hors du scepticismeChapitre 7 sur 60 · LE PRINCIPE D'AUTORITE · texte numérisé non relu

LE PRINCIPE D'AUTORITE

Nous avons défini les conditions de l'idéal. Il s'agit maintenant de ramener les doctrines et les idées directrices de la conscience humaine au plus petit nombre possible de systèmes généraux, et de relier ensuite, s'il se peut, ces systèmes à un principe commun ou à une méthode commune.

Sans doute, il n'est pas nécessaire d'évoquer ici du fond de l'histoire les croyances mortes, les grandes espérances éteintes; celles qui vivent intéressent seules la critique (24).

Notre scepticisme tient surtout peut-être à la confusion des doctrines entre lesquelles se débat l'avenir ; le conflit est partout.

L'église chrétienne, divisée d'abord par le schisme de l'Orient et de l'Occident, puis par le schisme de l'Eglise romaine et de l'Eglise réformée, partagée elle-même par tant de sectes; le spiritualisme indépendant en face de l'athéisme; les rêves d'immortalité oubliés pour les ambitions terrestres; en face de la tradition qui décline, la science qui monte ; le positivisme contre l'idéal ; le principe d'autorité en lutte avec le libéralisme ; les institutions hiérarchiques minées par la démocratie égalitaire ; dix conceptions contradictoires de la justice; l'esprit conservateur en butte aux attaques de la doctrine évolutionniste et de l'idée de progrès; la morale d'amour, la solidarité humaine en rivalité avec l'égoïsme dogmatique; la fraternité imposée par la haine ; la contradiction violente du nationalisme

patriote avec rinternatioaalisme ; de l'individualisme avec le socialisme et le communisme grandissants; en un mot, une mêlée générale de toutes les forces intellectuelles ; comment un pareil spectacle n'inspirerait-il pas quelque septicisme à une conscience réfléchie?

Toutes ces doctrines se fondent sur une certaine conception du vrai; leur but commun est le bonheur. Vérité, bonheur, voilà donc les deux pôles de la pensée.

La vérité? — Chaque doctrine a la sienne, sans doute, et aussi ses propres moyens de preuve, tradition, expérience ou raisonnement.

Le bonheur? — Tels le veulent réaliser par la justice, dont tels autres n'ont point de souci. Les uns l'espèrent dans une vie extra-terrestre et immortelle, les autres entendent le posséder sur la terre. Les uns enfin le demandent à Dieu, alors que les autres l'attendent du pouvoir et de la A'olonté de l'homme.

La définition des systèmes généraux, auxquels il s'agit de rattacher les idées directrices, ne se trouvera pas dans la seule différence des critères de vérité, car il n'est pas de doctrine qui se puisse borner à un critère unique; la divergence des conceptions du bonheur ne suffît pas non plus à délimiter les systèmes, parce que chacune de ces conceptions est complexe et formée d'éléments divers.

La pensée humaine est concentrée dans ces deux affirmations contradictoires : un Dieu Providentiel, souverain arbitre du monde, — l'humanité souveraine sur sa planète, dans un univers vide de Dieu. Sur l'une et l'autre affirmation se fondent deux systèmes de croyance et deux civilisations (25).

Le premier, — le système divin (26) s'appuie sur une métaphysique, dont le postulat fondamental est le dualisme (27) : l'Univers et Dieu constituent deux substances, deux êtres distincts; l'homme, de même, est double, esprit et corps, immortel comme l'essence divine, périssable comme les combinaisons de la matière. Pour idéal le système, ajournant le bonheur, propose une éternité de félicité céleste, prix de la grâce de Dieu, ou, suivant certains.

(le sa justice, que nous payons de notre obéissance à la règle morale, de nos prières, de nos œuvres, du sacrifice de la vie terrestre. La misère de l'heure présente est la rançon de notre destin infini ; la résignation devient la vertu supérieure.

Le système divin ne tient pas dans la religion seule. Les écoles spiritualisles se relient étroitement à la religion par leur métaphysique et par unâ conception identique de la destinée humaine. Si elles s'éloignent de l'idéal religieux, en proposant à la fois un régime de pensée plus tolérant, et un régime social plus ouvert, elles appartiennent au même système par leurs éléments essentiels, et nous démontrerons qu'en définitive elles acceptent de ce système le principe initial et la méthode générale.

La certitude religieuse se fonde sur la tradition, le spiritualisme l'ait appel à la raison, admet l'individu à l'élaboration de la croyance commune, et assigne ainsi à l'association humaine un principe libéral. Le spiritualisme,en proclamant l'égalité théorique des âmes, a fourni la formule de l'égalité, non point des conditions, mais des droits; il a ainsi favorisé l'accession au pouvoir de cette élite de la fortune, qui a trouvé dans l'égalité des droits la liberté d'assurer sa supériorité de fait. Rationalisme et spiritualisme ont abouti au gouvernement de la bourgeoisie, sous le nom de régime parlementaire. La tradition religieuse avait institué, avec un gouvernement théocratique ou monarchique, un régime de castes, une civilisation féodale et profondément particulariste. Particulariste aussi est la bourgeoisie moderne. Mais l'idée spiritualiste d'égalité, autorisant des conséquences plus radicales que la parité des droits, se retrouvera parmi les causes de l'unitarisme démocratique.

La souveraineté de l'homme ne s'appuie pas sur la métaphysique; la foi nouvelle nie la Providence, condamne le dualisme, repousse les sanctions éternelles. Elle ne croit qu'à la vie terrestre, elle ne se confie qu'à l'intelligence et à l'énergie de l'homme.

Elle a cependant un dogme, le progrès. — Dogme nécessaire, car, si misérable aujourd'hui, l'humanité ne peut escompter que la royauté de l'avenir.

Le progrès s'accomplit sous deux formes, à la poursuite d'un double but : progrès de la science, progrès de la justice. En face du parti de Dieu s'est formé d'éléments très dissemblables un parti du progrès; il reçoit delà science sa doctrine cosmologique, de la démocratie son idéal ; il

affirme l'évolution progressive du monde, l'ascension continue de la science, l'espérance illimitée du pouvoir humain; pour idéal il tend à réaliser la justice par l'égalité, et, pour réaliser celle-ci, il propose — ou impose — aux hommes la solidarité, et prépare l'unité intégrale et définitive de l'humanité. La démocratie, sans doute, ne sait pas nettement où elle va; l'unitarisme est au bout de son inconsciente logique, parce que, n'apercevant du militarisme et de la guerre que les charges et les périls, la démocratie est naturellement pacifique ; parce que la patrie implique ces deux causes d'inégalité : entre ciioyens une organisation défensive fondée sur la hiérarchie, entre nations la supériorité de l'industrie et des armss; surtout peut-être parce que le peuple ne voit dans le patriotisme et la guerre que le passé odieux qui nous les a légués. Quand la démocratie répudierait l'unité, la science l'y conduirait invinciblement, parce que, — nous l'avons démontré — organiser est la fonction même de la science.

Les deux rois ennemis, — Dieu et l'Homme — fondent leur souveraineté sur le même principe, l'autorité. Le dogme est obligatoire, l'idéal imposé; tous les moyens de l'idéal se réduisent à la contrainte. A cet égard le spiritualisme même ne se différencie pas de la religion; s'il eut le mérite d'affirmer des tendances individualistes, il n'a ni réalisé ni formulé la liberté intégrale. L'autorité domine l'esprit humain.

L'autorité s'affirme dans le système divin tout entier.

Toute religion dérive d'une tradition. Qu'elle découle d'une révélation hallucinatoire ou mensongère, ou qu'elle raconte des faits réels, mal interprétés et sans cesse amplifiés, la tradition s'impose aux croyants avec une absolue rigueur; qui la discute se déclare impie. L'esprit de tradition suspecte le raisonnement, condamne la critique. Sans doute, il se voit parfois contraint, pour se défendre, de faire appel à quelques faits d'expérience, et même à la raison. Mais la raison, fondée sur la certitude des règles logiques, n'est rien, si elle n'est infaillible. Point d'autorité plus tyrannique ; l'expérience même, lorsqu'elle consiste

en faits connus de tous (s'ils ne sont connus que de certains, ces faits ne constituent plus pour les autres que des traditions), l'expérience incontestée ne laisse rien à la recherche personnelle, elle implique des conclusions autoritaires.

Expérimentale, rationnelle, traditionnelle, toute croyance imposée refuse à la pensée l'indépendance, disons mieux : l'existence. Certitude signifie servitude.

Et c'est pourquoi le spiritualisme, qui substitue à la tradition le raisonnement, relève aussi du principe d'autorité. La croyance spiritualiste n'oiïre de sécurité qu'autant que, partagée, universelle, elle se fonde sur des motifs impératifs. Quelque respectueux qu'il s'affirme de toutes les doctrines, le spiritualiste n'exclut pas moins de la vérité la foule infinie des hommes qui ne croient point ce qu'il croit.

Quand même les conflits de la vie pratique ne le conduiraient point à abuser de ce privilège de vérité, le spiritualiste n'en aurait pas moins adhéré au principe d'autorité.

Tient à l'autorité, en effet, tout système qui procède des affirmations catégoriques de l'intelligence. Seules échappent à l'autorité les doctrines qui reconnaissent l'indépendance et la souveraineté du sentiment individuel. Dans ces doctrines seules, en effet, l'objet de la vie et le but de l'ordre social ne sont point déterminés par une vérité universelle, exclusive et impérative, mais relèvent, au contraire, des consciences individuelles ; dans ces doctrines seulement le droit de l'individu devient une réalité. Entre l'idée de vérité et l'idée de liberté l'antagonisme s'affirme irrémédiable.

Le spiritualisme, d'ailleurs, admet les mêmes dogmes que la religion; en confessant la Providence et l'immortalité de l'âme, il accepte l'autorité d'une morale universelle et obligatoire. Le spiritualisme est l'âge raisonnable de la religion, dont l'âge légendaire correspond à l'enfance des peuples.

L'unification des nationalités dans l'histoire s'est accompagnée d'un phénomène d'unification religieuse ; le culte primitif du foyer s'est peu à peu affaibli au profit du culte de la cité; les religions nationales les ont l'un et l'autre absorbés. Les grandes religions monothéistes prétendent devenir universelles ; leur universalité se réalise dans le spiritualisme, qui, en rejetant les rites particuliers, retient et fond les dogmes communs des métaphysiques. Plus en-

core sans doute qu'à la fusion des nationalités ces grands mouvements de concentration religieuse tiennent à la logique dominatrice de la vérité, de l'autorité.

L'idéal religieux n'est ni individuel ni libre ; une foi commune nous impose une commune espérance; nulle liberté de poursuivre ici-bas un rêve de bonheur; un tel rêve n'est point seulement chimérique, il est criminel. Rien ne compte que l'au-delà de la vie; il n'est permis à l'homme de s'attacher qu'à des biens, dont la réalité lui échappe, aux joies extra-terrestres de l'éternelle fusion en Dieu. Toute autre joie est sacrilège. Une seule voie ouverte vers le ciel : la pratique assidue des rites prescrits, l'obéissance absolue au code des devoirs. Négligence ou défaillance tombent sous le coup de peines d'une horreur et d'une durée infinies. Obligation et contrainte, responsabilité et sanction, tels sont les caractères de toute morale religieuse.

Le christianisme accepte un Dieu illogique qui, s'il absout parfois les coupables, ne sauve pas toujours les iplus purs. Le spiritualisme, du moins, suppose un Dieu juste. Mais comme la religion il enseigne une morale obligatoire; son idéal céleste est impératif, implique la renonciation à un idéal terrestre, l'abdication de la nature humaine.

La religion justifie et soutient les hiérarchies sociales, l'absolutisme féodal et monarchique ; d'elle les institutions reçoivent un caractère sacré, intangible; tout pouvoir établi, venant de Dieu, est immuable. La force humaine divinisée sera arbitraire, et la brutalité légitime. Le protestantisme même s'est en Angleterre, en Allemagne, accommodé d'institutions féodales ; l'idéal bourgeois du spiritualisme français est tout hiérarchique, et les doctrines individualistes qu'il a formulées étaient incompatibles avec les principes d'une certitude absolue et de la domination divine. Il meurt de cette contradition (28), après avoir ouvert les voies — d'un état social d'universelle religiosité — à un état encore inconnu d'irréligion sociale et d'athéisme populaire.

La cause de la liberté lui devra plus d'un argument ; mais par son principe intellectuel, par sa métaphysique, par son idéal impératif d'éternité, par sa morale enfin il demaure lié devant l'histoire à ce système d'autorité, que nous avons nommé le système divin, système de servitude dans l'ordre métaphysique, dans l'ordre politique, dans l'ordre moral.

La souveraineté de l'homme, comme la souveraineté divine, a pour principe l'autorité.

De la science le système tient ses croyances. Il rompt avec la Providence. La science, dit-on, n'exclut pas Dieu^ incapable de saisir le secret ultime des choses, loin de s'éloigner de lui, elle ramène à lui. Mais si elle se passe, — ce que nul ne conteste, — de l'hypothèse-Dieu , si pour soulever le monde elle n'a pas besoin de ce levier, que deviendra Dieu ? Cela seul existe qui est nécessaire. Un Dieu inutile n'a pas de place dans l'ordre strict de l'univers. En l'ignorant, la science le nie. Elle n'a rien fait de plus grand que de nous libérer de lui. En l'abolissant elle a détruit un monde, inauguré un monde nouveau.

Mais ce n'est point un monde affranchi qui succède à un monde asservi. La libération religieuse n'a donné à la race humaine qu'une heure de liberté. La science, en effet, n'est ni moins autoritaire, ni moins oppressive que la religion.

L'esprit scientifique, lors même qu'il s'impose le doute, l'observation, l'expérimentation, ne renonce pas à la rigueur mathématique; les conclusions de l'expérience se développent avec une inflexible logique. La science sociale tend à devenir aussi affirmative que la mécanique, aussi intransigeante que la géométrie. La vérité est ou n'est pas ; qui croit la posséder ne peut admettre ni restrictions, ni réticences ; la science est absolue.

Ce n'est certes point une chose indifférente de constater l'effort jamais interrompu de l'esprit scientifique pour découvrir dans le mystère des choses un principe d'unité, une loi unique, une force unique, une substance unique. Ce n'est point une chose indifférente que la science se fonde sur un déterminisme exclusif de toute volonté contingente comme de tout hasard. L'unité initiale impliquerait, en effet, le retour à l'unité finale, où s'abîmerait toute individualité.

La servitude mécanique de l'âme condamne la liberté pratique. Dans le déterminisme physique et le mécanisme psychologique est contenu le système de l'unité future des nations humaines. L'esprit de la science est un esprit d'autorité.

La démocratie n'est pas moins autoritaire. On pourrait la définir une volonté de justice, volonté sans doute inconsciente encore du terme dernier où elle tend, mais qui, au nom de la justice, poursuit instinctivement non point l'égalité philosophique du droit, non point la réalisation légale de la liberté, mais l'identité des conditions et la parité des jouissances. Résultat qui ne peut être atteint

que par le communisme forcé des biens et l'abolition de l'initiative individuelle.

Idéal obligatoire, qui implique un régime rigoureux de réglementation légale, et, si je puis dire, d'exploitation sentimentale. Car tout d'abord il faut justifier le sacrifice des richesses, des supériorités, obtenir, s'il se peut, des sacrifiés la résignation volontaire de leurs avantages; l'ordre social fait appel à un principe d'ordre moral.

On constate entre les hommes une solidarité naturelle, l'inévitable participation aux bonheurs et aux misères des autres hommes. On trouve dans ce fait la raison d'une solidarité volontaire, d'un immense concours d'etîorts pour le bien commun ; et de celte raison on conclut un principe d'organisation sociale, principe coactif. sous peine d'une rupture d'équilibre, aux dépens de ceux qui pratiquent la solidarité, en faveur de ceux qui s'en moquent. ISlême acceptée de bon cœur, la solidarité constituerait encore une abdication de soi-même au profit d'aulrui, c'est-à-dire au profit de l'autorité, qui, en devenant collective, ne cesse pas d'être l'autorité. Que signifie ce mot de « religion de l'humanité », s'il n'exprime point une revendication d'autorité formulée au nom de la masse contre les individus ? La démocratie consent-elle à la servitude où elle s'achemine au nom de la justice? La loi, instrument d'une telle conception, sera autoritaire; la politique, l'administration seront vexatoires et oppressives ; on n'arrête pas les conséquences d'un principe. Comment de la solidarité des citoyens ne pas conclure à la solidarité des peuples? Au nom de la justice, l'autorité poursuivra l'universelle unité. Voilà le terme du progrès social.

A ce résultat la science aussi concourt. Sans elle, la démocratie y parviendrait-elle? Décapitée de la science, que pourrait-elle? Mais l'alliance hétéroclite des deux puissances sera-t-elle durable? Nous avons entre l'une et l'autre signalé de décisives raisons de divorce? Quand se produira-t-il?

L'autorité ne se soutient pas sans combats. Jamais l'esprit de liberté ne s'éteint. Il est destructif; pièce à pièce il démembre, il abat les systèmes. De nouveaux systèmes

surgissant, qui, par hoslililé envers l'autorité déchue, s'affirment (l'aLord tolérants, libéraux, fraternels. Mais tout ce qui se crée s'organise; point d'organisation sans autorité. Ainsi de l'autorité à la liberté et de celle-ci à l'autorité le monde moral et le monde social oscillent sans cesse. La morale, la justice, le droit, les idées de bonheur, d'utilité, les devoirs d'amour, de fraternité, les institutions civiles, les institutions politiques, les formes de gouvernement, jusqu'au sentiment religieux , toutes les forces humaines s'orientent tour à tour vers la liberté et l'autorité. Le bouddhisme et le christianisme, pour ne citer que ces grands faits, furent des révolutions liber laires. Que dura la liberté ? L'instant d'un éclair entre deux longues nuits. De tant de révoltes l'autorité a toujours profité. De l'universalité de l'autorité l'universalité du scepticisme. L'esprit de liberté n'a survécu que sous le manteau des sceptiques. L'homme jusqu'à présent ne s'est pas senti assez fort pour la liberté.

Il y a dans ce rythme alternatif des deux principes quelque chose de plus qu'une nécessité de la vie sociale : un phénomène psychologique, d'abord, et sans doute bien davantage. La nature humaine est dominée par un double besoin : expansion du moi, et protection ; à l'un satisfait la liberté, à l'autre l'autorité. L'initiative tente l'homme, mais. l'isole, et l'isolement l'effraie ; en s'associant il se soumet et se rassure. Ainsi le moi, la liberté, s'effaceront devant l'autorité, jusqu'au jour où l'on aura fait de l'autonomie individuelle le principe fondamental de l'éducation.

Peut-être l'univers physique nous révélera-t-il le secret de cet alternance. Les masses, les molécules obéissent à des mouvements successifs de répulsion et d'attraction, de dissolution et de condensation. Pourquoi la loi des mondes et des atomes ne régirait-elle pas le monde social et l'atome humain? La phase nébulaire, c'est la liberté; la phase planétaire, l'organisation et l'autorité.

Mais qu'est-ce, en définitive, qu'autorité et liberté? Ni l'une ni l'autre n'est en elle-même un but. L'une et l'autre, au contraire, offrent de merveilleux instruments à la puissance sociale et à la pensée individuelle. Elles constituent, en réalité, deux méthodes.

Ainsi dans le principe d'autorité, c'est une méthode que le scepticisme condamne; ajoutons : une méthode universelle, puisque les deux grands systèmes auxquels nous avons pu ramener toutes les doctrines vivantes s'appuient toutes les deux sur l'autorité.

Aux yeux du sceptique, les systèmes d'autorité n'ont

point atteint leur but; la plainte humaine atteste une infinie misère. Mais pour définir un idéal nouveau le sceptique a besoin de savoir pourquoi l'homme ne peut de l'un ni de l'autre attendre le salut. N'est-ce pas une question de méthode? L'autorité pouvait-elle réaliser les conditions nécessaires de l'idéal ?

Dans le chapitre qui suit nous expliquerons l'échec des systèmes par l'impuissance de leur méthode.

La supposant alors condamnée, nous pourrons tenter, à l'aide d'une méthode nouvelle, de retrouver la foi et l'idéal.

Page 1