‹ Hortense Allart de Méritens: dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais, SainteChapitre 5 sur 26 · GEORGE SAND · texte numérisé non relu

GEORGE SAND

« Votre livre est-il imprimé pour vos amis seulement, ou bien sera-t-il publié? Répondez encore. Et défendez-vous qu'on vous nomme (2)? »

Prudence, qui ne détestait pas le mystère, ne tenait pas à être dévoilée. Mais, du moment qu'elle avait mis son livre en vente, même d'une façon discrète (3), c'était évidemment avec l'espoir d'être lue. Elle accepta donc l'offre aimable de son amie, et, le 16 octobre 1872, on pouvait lire dans /<? Temps,signé de George Sand, un feuilleton de douze colonnes qui commençait ainsi:

« Les Enchantements de madame Prudence de Saman FEsbatx, tel est le titre bizarre d'un des livres les plus curieux que j'aie lus. Il a été imprimé à Sceaux et se vend, je crois, sous les galeries de rOdéon, comme si l'auteur n'eût voulu, par aucune annonce, chercher la grande publicité. Je devine

(i) Dans des Notes ioëdites laiss(5es par M^i* de Méritens, je lis ce qui suit : « Dimanche, 6 avril 1873. — Je reçois une longue lettre de la Heine (Greor^e Sand) en réponse à deux de moi, la dernière contre l'idée qu'il y a des femmes déchues. WAt dit bien que la femme déchue, comme on dit, tient à Tensemble du passé qu'elle désavoue : l'enfer, les prêtres hypocrites, etc. Elle croit que tout cela sera changé. Elle dit que je n'ai rien de la vieillesse et je mourrai toute vive. Sa lettre est très aimable. Elle est découragée et ennuyée de notre temps singulier. Mais c'est quelle espérait beaucoup plus que moi... »

(3) Lettre inédite.

(3) On ne le trouvait que sous les galeries de TOdcou.

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bien pourquoi, mais je n'ai à juger que le livre, dont j'accepte et ne trahis point le pseudonyme. »

Après avoir analysé Touvrage, Georges Sand en tirait cette conclusion :

« J'ai beaucoup de sympathie pour cette âme fervente, qui n'est point exclusivement chrétienne, et qui entre tranquillement dans les temples de son temps et de son pays, sans renoncer à sa personnalité, à ses sentiments et iV ses idées. »

« Quant au grand combat de la vie livré par elle et terminé si bravement, choque-t-il la raison, le droit personnel, (|ui est de se sacrifier à une croyance ferme et raisonnce?N()n, assurément. Choque-t-il la morale? Dans celte situation particulière et avec ce fonds de grande loyauté et de parfaite tolérance qui caractérise madame deSaman,nul n'est autorisé à lui jeter la pierre, et, pour mon compte, tout en faisant, en théorie, certaines réserves cpie je n'ai point à dire ici, je lui jette une couronne de roses à feuilles de chêne. »

Cette belle couronne enorgueillit Prudence, qui voulut donner plus de publicité à son livre. Ayant obtenu de George Sand la permission de reproduire son article en guise de préface , elle porta ses Enchantements chez Michel Lévy, qui les lança, comme il savait, au mois de janvier iSyS.

J'ai à peine besoin de dire qu'ils furent assez mal

accueillis par la presse religieuse et monarchiste. L' « Ordre moral d, qui était à la veille d'entrer au gouvernement, ne pouvait voir d'un bon œil un livre qui sapait si élégamment les bases mêmes de la société. Aussi les deux critiques les plus autorisés du parti, Armand de Ponlmartin et Barbey d'Aurevilly, crièrent-ils au scandale et furent-ils très durs pour Prudence. Ah ! si les enchanteurs s'étaient appelés simplement Déranger, Libri, Thicrs, Mignet, Sainte- Beuve, peut-être aurait-on fait le silence autour de ce mauvais livre, car chacun sait que ces messieurs n'étaient que des bourgeois voltairiens. Mais Chateaubriand! « cette grandiose figure de défenseur d'une religion, de créateur d'une poésie, de précurseur d'une révolution littéraire, d'ordonnateur des pompes funèbres d'une monarchie vaincue », quelle douleur et quelle honte de le voir travesti, à soixante ans, en « un vicomte bohème, royahste et catholique pour rire, enfonté jusqu'au menton dans cette coterie dominée par Béranger, abusant des fiacres, lévite du Dieu des bonnes ffens, courant les guinguettes, fredonnant des chansons, donnant rendez-vous à Tobjet de sa flamme sur le pont d'Austerlitz ou dans une allée du Jardin des Plantes, acceptant des rivalités que son âge rendait ridicules, une promiscuité qui aurait dû révolter son orgueil et où se perdaient les derniers restes de sa dignité, j'allais dire de son honneur ; infidèle tout ensemble à sa femme, — ceci ne comptait pas, — à madame Récamier,à son nom, à son passé, à sa gloire, à l'exemple qu'il nous devait

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en échange de notre enthousiasme et de nos hommages (i) ».

Ainsi s'exprimait Armand de Pontmartin. Barbey d'Aurevilly, dont on connaît la manière et les truculences de style, fut encore plus violent et mit carrément les pieds dans le plat :

« Pour avoir des confessions de cette espèce, il fallait Rousseau, il fallait ce crapuleux superbe que Voltaire, qui n'était pas bêi^ueule, appelait « le laquais de Diogène ». Mais de Rousseau femme il n'y en avait pas, et môme la notion en manquait à l'esprit humain, constitué tel qu'il était alors. Eh bienl cette notion ne lui manque plus maintenant... Mais que je plains sincèrement, mon Dieu! les maris, les fils ou les filles des femmes (si elles en ont) qui écrivent de ces livres-là (2). »

(i) Nouveaux Samedi s f io« série.

(a) Les Bas-Bleus. — Sur le compte de ChatQfLubriandf lai qui se vaulait d'élre de la race de René et qui en était, en effet, voici comment s'exprimait Barbey d'Aurevilly :

Q Déjà de cette amcre comédie on savait quelque chose. Sainte- Beuve, qui aimait à conduire ces eaux corrompues dans les détours sinueux des coteaux modérés de sa littérature, en avait filtré quelques gouttes dans son livre sur Chateaubriand, écrit — pour déshonorer l'auteur des Martyrs — après sa mort, bien entendu. Il tenait de l'enchanteresse Prudence ces détails qui l'enchantèrent, mais qui m'attris* tent, moi, quand ils me montrent l'auteur du Génie du Christianisme sur le bord de sa vie, en bonne fortune de cabaret, avec une maîtresse, y chantant le Dieu des bonnes gens, de Béranf^er. Les comparons d'Ulysse marchant à quatre pattes devant Circé me font un effet moins violent que cette porcherie. N'est-ce pas là quelque chose d'ignoble et d'affreux dont la mémoire du grand poète religieux en prose restera éternellement souillée, et que tous les efforts futurs de la critique et de l'histoire, qui l'essuieront, ne pourront effacer? Chateaubriand ayant pour table d'amphiihi'âtre le lit encore chaud d'une

Justement M™® de Mérîtens avait un fils, nommé Marcus Allart, lequel n'avait pas froid aux yeux. Des qu'il eut pris connaissance de cet article, il envoya ses témoins à Barbey d'Aurevilly. Celui-ci ayanl refusé de constituer les siens, Marcus se rendit au bureau du Constitnlionnely dans Tespoir de l'y rencontrer. Comme il ne l'y trouva pas, il tomba à bras raccourcis sur le dos du premier rédacteur venu, ce qui lui valut de passer en police correctionnelle et d'être condamné, le i4 juin 1878, à un mois de prison et 200 francs de dommaçes-intcrôts.

Pendant ce temps-là, les Enchantements faisaient leur chemin dans le monde et provoquaient dans la société oii fréquentait leur auteur, et même parmi leurs personnages de premier ou de second plan, — car il en existait encore, — un redoublement de sympathie pour Prudence, dont je vais citer quelques témoignages.

Le premier lui vînt de Florence et lui fut donné par Gino Capponi, l'illustre homme d'Etat italien (i),

maUressc q'-.i l'y dissèt(ue par volupté de ressouvenir et d'orteil d'avoir été à lui I Une fcmoïc de Tancienne société française qui se Tante après ramour, comme les lâches après la guerre 1 Voilà ce qui m'a fait m*arrcter devant ce livre« si^e des temps, et pour le montrer simplement du doigt. »

(i) Capponi (Gino, marquis), Tune des plus grandes 6gurcs du Riiorgimento italien, naquit et mourut à Florence (i7;)2-i876). Bien que d'une famille très dt^vouce à la maison d'Autriche-Lorraiae, il Ot partie, en i8i3, d'une dt^putation envoyée par Florence à Napoh'on. En i8ai, il fut attaché à la maison du prince de Cariguan, et, de i8ai à i848, le véritable chef du parti libéral modéré en Toscane. Ministre en 1848, mais trompé par le grand-duc et par ses collègues, Capponi donna sa démission, laissant la place aux hommes du parti avancé. U s'était lié de bonne heure avec Lamartine, qui lui écrivait, en i85o,

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— qui lui avait conseillé d'étudier Thistoire, après s'être aperçu qu'elle avait « toujours les grands hommes dans la tête ».

c< Pendant que je lisais le livre de Marcus (ï), j'ai

au moiii«'iU de partir pour l'Oi icnt : a Un souveoir, même triste» de vous m'est toujours cher. Je vous aime comme on aime les beaux souvenirs de sa jeunesse, de son cœur et de sa pensée. Je vous aime de plus, comme on aime par sympathie les illusions et Us d<5cepliong communes. Notre &ort se rcssciTif)lc hcaucoup. Seulement je subis plus d'ingraliUulcs et d'injustices que vous. Car, en confidence, je puis bien vou- jurer que sans moi rEuro()e était en cendres, la France en ruines et la libcrlc raisonnable perdue pour un demi-siècle. Cette conscience me suffirait, mais comme j'en ai une autre meilleure encore, je crois en Dieu. Je crois que nous sommes quelquefois ses ouvriers, souvent ses martyrs, ce sont encore les plus heureux. Si mon intervention recommence dans ce bas monde, j'y aspirerai. » (Corresp. de Lamartine, t. IV, p. 3i8.)

Membre de TAssemblce constituante de Toscane en 1869, Capponi devint sénateur du royaume d'Italie. Il s'était franchement rallié à la monarchie unitaire. Devenu aveugle, il n'en entreprit pas moins une Histoire, de Florence, qu'il publia en 1876, un an avant de mourir.

(i) Nos frontières morales et politiques. Dieu et Patrie, Paris, Librairie Ç''n.;ralc, 187?, i vol. in-8. — Ce livre, dédié «à l'àmc d'Armand Carrel », avait pour épigraphe ces vers de Déranger :

Comme l'oiseau, Ubre sous la feuillée, ^uc n'ai-jc ici Uissc mourir mes chants !

Mais de nj^randciir la France dépouillée Courbait son front sous le jowj des méchants. Je leur lançai les traits de la satire; Pour mon bonheur, Tamour m'inspirait mieux.

Ciel vaste et pur, daigne encor me sourire ; Echos des bois, répétez mes adieux...

Et ces iambes d'André Ghcnier :

Mourir sans vider mon carquois!

Sans percer, sans fouler, sans pétrir dans leur fange

Ces bourreaux, barbouilleurs de lois. Ces tyrans elFrontés de la France avilie.

Egorgée!... G mon cher trésor, G ma plume 1

.Marcus Allarl était bonapartiste et nationaliste. Après s'être porté à iad'-putation, en 1873, contre MM. de Uémusat et Barodet, il fut un de ceux qui manifestèrent bruyamment contre Richard Wagner,

appris que le vôtre éUiit sur ma table depuis deux ou trois mois ; ces choses arrivent à un aveuiçle et sans la faute de personne. J'ai aussitôt interrompu la lecture de Taulre, vous le pensez bien.

«... J'ai lu surtout avec avidité toutes les premières années et les deux dcrnicres d'Italie et les lettres de René et ce qui le regarde : cette partie est bien singulière, mais elle illustre admirablement Tidée que je m'étais faite de riiomme et qu'une fois je crois vous avoir écrite. Quant à vous, je vous ai lue avec avidité, j'ai toujours une mémoire impitoyable et à mon âge on vit dans le passé. Voilà donc une foule de souvenirs, de particularités de plus en plus minutieuses, à^insights dans le caractère d'autres personnes et sur moi-même et mes misères cl ce (|ui n'est pas vulgaire dans ces niisères; entre autres choses, je me retrouve de tout point tel que je suis aujourd'hui, mais, quant à vous, oh ! c'est autre chose, je n'avais rien à apprendre, mais j'avais des particularités à connaître. Que je vous aie aimée, rien déplus naturel, et rien aussi de plus naturel que de m'en être toujours tenu un peu à distance, me connaissant moi-môme !

« Pour vous, on doit vous estimer plus hautement après ce livre qui pourtant est vrai, très vrai, comme un livre doit l'être. Il est très bien composé, le style

qnand on s'arisa de reprendre un de ses opéras à l'Académie nalionale de musique. Tous les journaux parlèrent alors d'un spectateur quif pendant les entr'actes de la première représentation, demandait au chef d'orchestre de jouer la .Varseillaise, Ce spectateur était Mnrcus.

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en est soigné, enfin c'est vous tout entière. Saint Augustin commence son livre par une prière, vous avez fini le vôtre par des prières qui sont très belles; cela aussi a son mérite.

« Mille amitiés.

« G. CAPPONI (i). »

Mépris et fureur en deçà, estime et compliments au delà : c'est de quoi justifier une fois de plus le mot de Pascal.

Aussi bien, dans le même temps, Hippolyte Passy écrivait-il à M°*^ de Méritens :

« Vous m'avez ramené à des temps bien éloignés de nous maintenant; de nombreux souvenirs, parmi lesquels il en est de tristes, se sont réveillés en moi, et j'ai vu revivre une société dont il ne reste aujourd'hui que de rares débris dispersés dans un monde qui n'est plus celui au milieu duquel nous avons passé notre jeunesse au temps d'aimer.

«... Vous êtes, je crois, la première femme qui se soit confessée aussi franchement au public; ce que vous aviez éprouvé, pensé et fait, vous le racontez dans un style alerte et ferme qui en dit plus qu'il ne semble vouloir en dire, et qui vous montre de la tête aux pieds. Vous prêtez à une élude psychologique à la fois curieuse et instructive, et c'est un mérite réel. Vous êtes femme, cependant vous n'êtes pas la femme, car il y a en vous une originalité qui vous est

(i) Lettre inédite. —Voir à VApotndice,

SA VIE 3l

propre et qui vous sépare de la multitude des filles d'Eve, notre grand'mère à tous (i). »

Et son frère aîné, Antoine Passy, la complimentait à son tour de cette façon :

« Vous avez peint très librement et d'une façon touchante cette disposition à vouloir être séduite par une forte intelligence, pour finir par la satisfaction des sens, qui n'ont été pour vous que l'accessoire de la passion, est-ce vrai?

« Vous avez rencontré trois fois des hommes qui ont donné raison à votre méthode expérimentale, a priori y contraire à celle de Bacon ; c'est très bien. Vous êtes arrivée à l'amour par le contact des deux intelligences. Le mariage a été une désertion de votre vie antérieure.

« Vos révélations sur Chateaubriand m'ont amusé; cette grande figure littéraire, religieuse et politique baisant vos pieds, est un tableau ravissant (2). »

Tels sont les deux sons de cloches plus ou moins francs qui se firent entendre à l'apparition des Enchantements de Prudence. Depuis lors, une petite-fille de M°»û de Méritens ayant bien voulu me livrer la clef de ce livre, j'ai pu relever, entre la confession de sa grand'mère et l'histoire réelle de sa vie, un certain nombre de différences qui méritent d'être signalées. J'en profiterai pour mettre les choses au point.

(i) Lettre inédite, (a) Lettre inédite.

32 UORTKNSE ALLART DE MàRITENS

Hortense-TlitTèse-Sigismonde-Sopliie-Alexandrinc Allart naquit à Milan, le 7 septembre 1801, au bruit du canon qui célébrait la paix de Lunéville (i). Son

(i) Sinj^lière rencontre : c'est à Luoéville aussi que mourut sou ûls Marcus. — Voici racle de naissance d*Hortense :

Du rc^stre des actes de rëtat civil des Français établis dans la Cisalpine, tenu par le conseiller d'£tat, ministre extraordinaire du gouvernement français à Milan et déposé aux archives du ministère des Affaires étrangères, a été extrait ce qui suit :

Six vendémiaire au dix (vingt-huit septembre mil huit cent un). Acte de naissance de Horlense-Thérèse-Sigismondc Sophic-Alexaudrine, née le ao fructidor (sept septembre mil huit cent un), à une demi heure de la nuit, fille légitime du citoyen Nicolas-Jean-Gabriel Allart, citoyen français, membre d'une commission extraordinaire de li(iuidalion à Milan, et de dame Marie- Françoise Gay, son épouse légitime, née à Lyon, département du Rhône.

Le sexe de l'enfant a été reconnu être féminin. Premier témoin le citoyen Louis Jainvillc, commissaire des guerres, âgé de vingt-neuf ans, présent à Milan. Deuxième témoin, le citoyen Constant Mazeau, commissaire des guerres, âgé de vingt-six ans et demi, présent à Milan.

Sur la réquisition à nous faite par le citoyen Gabriel Allart, père de l'cnfant.et du citoyen Kuboli, accoucheur. Et ont signé ce jour, six ycndémiaire an dix (signe) : Jainville, C. Mazeau, Sophie Malcchard, G. Aliard, A. Petict, Rielle, Angelo Ruboli. Constaté suivant la loi par moi ministre extraordinaire du gouvernement français dans la Cisalpine, les jour et an que dessus. (Signé) : Petict. Par le ministre, le secrétaire de légation. Signé: Der ville Malechard.

Certifié conforme par nous conseiller d*£tat, garde des archives du ministère des Affaires étrangères à Paris, le vingt-quatre mars mil huit cent dix-huit. Signé : d*Hauterivc.

Voici maintenant son acte de baptême :

1801, le iG septembre, Hortense-Sophie-Thérèze-Sigismonde, fille du citoyen Nicolas- Jean^Gabriel Allart, membre de la Commission de liquidation en Italie, et de la citoyrnnc Marie-Françoise Gay,

acte de naissance nous apprend que son père, « Nicolas-Jean-Gabriel AUarty citoyen français », était à cette époque « membre d'une commission extraordinaire de liquidation à Milan ».

Le prénom d'Hortense fut donné à Tenfant par la femme du général Marmont, sa marraine, et celui de Sigîsmonde en l'honneur de son oncle maternel, Sigismond Gay, époux de Sophie Nichault de la Valette, qui fut le père de Delphine (i). — M"« Emile de Girardin et Hortense AUart étaient donc cousines germaines.

La mère d'Hortense, Marie-Françoise Gay, descendait d'une famille bourgeoise de la Savoie qui avait été anoblie, à la fin du xviii* siècle, par Viclor-Amédée, roi de Sardaigne (2).

Orpheline à dix-sept ans, n'ayant pour tout bien que sa beauté et l'excellente éducation que lui avaient donnée ses parents, Marie-Françoise Gay

jogali {a), née le 7 courant à miauit et demi, ou ao fructidor an IX, a été baptisée par moi soussigné en forme privée à la maison , par décret de Monseigneur l'Archevêque, avec faculté de différer les céré monies sacrées du baptême à l'église.

En foi de quoi

Signé : fraitçois-osrvasoxi, curé coadjuteur.

(i) On sait que Delphine Gay naquit à Aix-la-Chapelle, le a6 janvier 1804.

(3) Tous les biographes la font nattre à Lyon vers 1750. La vérité c*est qu'elle naquit dans cette ville le 3 décembre i76ô.Son père, Joseph Gay,négociant,avait épousé,au commencement de janvier de la même année, Marie-Claudine-Louise Gaby, fille d'un négociant de la place des Terreaux. Ruinés par l'achat malheureux du domaine de Lupigny, situé non loin de Chambéry, ils moururent prématurément l'un et l'autre, en 1783, des suites de leur déconfiture, (a) Gonjoiiitf.

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quitta, en pleine Terreur, la Savoie où elle avait rempli, à la satisfaction de Tabbé Grégoire (i), les fonctions de présidente de la Société philanthropique des dames de Chambéry, et s'en alla, avec une sœur cadette, Anne-Sophie, et Sigismond, son frère, tenter la fortune à Paris.

Je ne serais pas éloigné de penser qu'elle avait obtenu préalablement des lettres de recommandation de 1 abbé Grégoire ou des représentants du peuple, ses collègues, qui avaient été chargés, comme lui, d'organiser la Savoie, car, à peine arrivée à Paris, nous la voyons se répandre dans la société à laquelle appartenaient Ducis, Arnault et Marie-Joseph Chénier.

Comme il fallait vivre, elle se mit à traduire les œuvres d'Anne Radcliffe, qui jouissait alors d'une

(i) Après avoir présidé la séance de la Convention où fut votée l'annexion de la Savoie à la France, Grégoire y avait été envoyé en mission avec ses collèg;ucs Hérault de Séchelles, Jagot et Simond. Ce dernier était savoyard. Voici la lettre que l'évCque constitutionnel de Blois écrivait à Marie-Françoise Gay :

« Chambéry, 8 janvier.

« Citoyenne,

« Un savant, votre compatriote, le citoyen Malhon, sachant qu*il sVtait formé une société philanthropique, s'est empressé de concourir à la bonne œuvre. Il m'envoye divers ouvrages relatifs à Torganisation d'un bureau de travail pour les pauvres et d'un institut de bienfaisance pour les mères nourrices. C'est le citoyen Domergue qui avait écrit À Lyon pour obtenir ce recueil de mémoires que je vous transmets pour la Société philanthropique à l'existence de laquelle je m'intéresserai toujours. Le but respectable de ses fonctions, son utilité spéciale à Chambéry, le zèle des sociétaires et spécialement celui de la présidente doivent donner de la consistance à cette société.

« Agréez et partages avec vos compagnes mes sentiments de fraternité cordiale. »

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