‹ Hortense Allart de Méritens ...Chapitre 12 sur 28 · BERANGER ET CHATEAUBRIAND · texte numérisé non relu

BERANGER ET CHATEAUBRIAND

je l^aimeavec toute la folie de mes premières années. J^ redeviens pour toi le frère d'Amélie ; j'oublie tout depuis que tu m'as permis de tomber à tes pieds,

« Oui, viens au bord de la mer, où tu voudras, bien loin du monde. J'ai enfin saisi le rêve de bonheur que j'ai tant poursuivi. C'est toi que j'aiadorée longtemps sans te connaître. Tu sauras toute ma vie; tu verras ce qu'on ne saura qu'après moi (les Mémoires). J'en ferai dépositaire celui qui doit nous survivre. Prends ici tout ce que j'y mets pour toi.

« Demain, à deux heures, j'irai te les redemander (les Mémoires).

« Que le ciel ne m'ôte pas mon bonheur. A toi pour la vie.

« 3 octobre 1823.

« On t'a envoyé hier au soir la dépêche télégraphique qu'on est venu prendre chez moi. Tu sais tout; tu vois mon malheur. Je suis forcé de t'obéir et de rester ici pour cet immense événement. J'envoie Hyacinthe (i) te porter cette lettre. Ainsi, je perds cette nuit que j'aurais passée dans tes brasl... Ah! je puis t' écrire sans contrainte, te dire que je donnerais le monde pour une de tes caresses, pour te presser sur mon cœur palpitant, pour m'unir à toi par ces longs baisers qui me font respirer ta vie et le donnent la mienne... Tu m'aurais donné un fils ; lu aurais été là mère de mon unique enfant. Au lieu

(i) flyacînthe Pilorge, son secrétaire.

«la, je suis à attendre un événement qui ne m'apte aucun bonheur. Que m'importe le monde sans Tu es venue me ravir jusqu'au plaisir du succès «tte guérie que j'avais seul déterminée et dont loire me trouvait sensible.

Aujourd'hui, tout a disparu à mes yeux, hors C'est toi que je vois partout, que je cherche par- . Cette gloire, qui tournerait la tête à tout autre, «eut même me distraire un seul moment de mon

Mais reviens vite ; mais dis-moi que tu ne me iras pas de mon malheur. Je vais devenir plus ;; j'irai partout te retrouver. Si tu m'aimes, ne dras-tu pas à Fécamp, au bord de la mer, je ne

où?Oh! oui, dédommage-moi; viens; pardonne-

cetle délivrance de ce malheureux roi d'Espagne.

e sais si tu pourras me lire. Je t'écris après

r écrit à tous les rois et à tous les ministres de

rope.

Ma main est fatiguée, mais mon cœur ne l'est

Il t'aime avec toute l'ardeur, toute la passion 1 jeunesse.

Reçois un million de baisers sur tes mains, tes ïs et les cheveux. Du moins, ceux-ci, ils sont

moi, et ils vont passer la nuit, pressés sur ma :he et sur mon cœur.

« A toi. «

DimaocbeS (i).

La deKlinstaire a écrit sur l'original de la lettre ; t apportée à

Suivait ce postscriptam daté de minuit :

« Je rouvre ma lelire pour ajouter cette fi « Une seconde dépêche télégraphique, en 29 [sept.], annonce que les négociations sont: et que l'on va se battre le 3o. Sur cette secon che, j'allais, plein de joie, partir pour alh lorsque ie roi m'a fait dire qu'il voulait 1 demain à midi. Crois-moi, it ne faut rien m.

ton ordre pour me retenir. La pensée de g viç qui est à toi, à qui je dois de la gloire | faire aimer (i), peut seule m' empêcher deji là et de t'emmener au bout de la terre.

Il Mais si un jour do patience arrange mie avenir, tu me dédommageras, en arrivant, sacrifice ; alors peut-être auras-tu eu raison 1 rêter. Mais que j'ai besoin de te voir! Que j'ï de te presser dans mes bras, de voir que tu encore ! Rends-moi vite cette nuit que tu m mise, que tu me dois et pour laquelle je sui donner ma vie.

« Reçois un million de baisers, de caress serments d'amour.

« J'ai reçu ta lettre de Montgermont. E triste comme celle que je t'ai écrite ce mêmf

Poolaiaebleau par Hyacinthe Pilorge et reçue luady, 6 quatre heures ». Ln mgine main a camplëlé la date (& aclo (i) Sous la plume de Chaleaubriand, cette phrase était d< sorte de cliché. On la trouve dans le passage des Mémoire tombe, supprimé par loi et cité tout ati long par Saiute-Be été l'objet, il y a cinq ou six ans, d'une dispute r< '

ta

I04 IlORTENSE ALLART DE AIERITENS

8 heures.

« Pars, bonheur, charme de ma vie, mais pour me retrouver, pour m'enivrer de ton amour, pour me rendre le plus glorieux et le plus heureux des hommes. Dans quelques jours, je serai à tes pieds î je te presserai sur mon cœur; tu seras seule et je pourrai te couvrir de mes baisers, respirer Taîr que tu respires et vivre de ta vie. Tu as vu comme je t^ai aimée aujourd'hui. Tu verras comme je t'aimerai loin de la foule. Reçois toutes mes caresses et souviens-toi que tu es ma maîtresse (i) adorée.

« Je baise tes pieds et tes cheveux (2). »

Telles étaient les déclarations d'amour que Chateaubriand adressait, à cinquante^cinq ans, à M°»e de C***.

Or voici que, cinq ans plus tard, sans respect pour la noble et chère mémoire de Pauline, à deux pas de son monument funéraire, il allait tomber une fois de plus aux genoux d'une jeune femme de vingt-sept ans I

Hortense AUart était 'descendue à Rome dans le quartier délie Ouafro Fontane, chez sa sœur Sophie, qui s'y était mariée à un négociant français appelé Gabriac.

( 1 ) Fortement souligné par Chateaubriand .

(2) A la suite de « 8 heures », M»» de G*** écrivit tout en haut de la lettre : « du soir, vendredy 34 octobre, veille de mon départ ponr Dieppe. »

BÉRÀNGEH ET CHATEAUBRIAND I05

Comme elle était nourrie de l'antiquité païenne, elle passait son temps à se promener parmi les ruines et ne songeait pas plus à Chateaubriand que s'il n'avait pas existé, lorsqu'elle reçut de Paris une lettre de M™* Hamelin, lui recommandant de Taller voir.

Mme Hamelin, qu'on avait surnommée « la jolie laide », était une petite créole de Saint-Domingue, que son esprit endiablé, ses talents, la position et la fortune de son mari (i) avaient lancée dans la société singulièrement mêlée du Directoire. Elle dansait à ravir, montait à cheval admirablement et possédait, au dire de Chateaubriand, les deux qualités qui caractérisent la France, la grandeur et la légèreté.

Il paraît que le général Bonaparte l'avait distinguée, à son retour d'Italie, et lui avait fait deux doigts de cour, mais finalement il lui avait préféré Joséphine, qui était plus mûre et avait beaucoup plus d'influence en haut lieu. Cela n'avait pas empêché d'ailleurs M°*« Hamelin de rester liée avec Joséphine, M"** Tallien ctM"^ Récamier, dont elle devint, dit Sainte-Beuve, « une rivale à sa manière (2) ».

Où Chateaubriand l'avait-il connue? Peut-être chez M™® Regnault de Saint-Jean d'Angély, où il allait quelquefois (3), peut-être chez M™^ Réca-

(r) M. Hamelin était banquier.

(a) Cf. les Cahiers de Sainte-Beuve^ p. 126.

(3) Non seulement, en effet, M™« Renault s'était employée pour lui à sa rentrée en France, mais son mari faisait partie de l'Académie française. 11 était même de la commission des Cinq qui, lors de l'élection de Chateaubriand, fut chargée d'entendre la lecture de son fanoeox discours.

Toujours est-il qu'il apprécia trè?, vite sa con-i ion,qmétait la plus brillante etla plus gracieuse mde, et qu'en 1823, pendant qu'il était minis^ ;s Aiïaires étrangères, il entretenait, s'il faut ire le Journal du maréchal de Castellane (i), wrespondance journalière avec elle. C'est au qu'à un moment douné M"" de C"' en devint e à son tour et fit promettre à Chateaubriand plus la recevoir (a). Mais celui-ci n'en contins moins de lui écrire « tous les matins sur les !s publiques (3) », et la preuve qu'il était resté )ports avec elle, c'est qu'en 1829, dès qu'elle )pris l'arrivée d'Hortense à Rome, elle lui a une lettre de recommandation pour lui.

"tense n'avait pas lu grand'chose de Château-, I, Avant d'affronter le regard de l'aigle, elle eut iosité bien naturelle de faire intellectuellement naissance. Elle aurait pu prendre le Génie dit ianisme, mais c'est si long et elle était si prèsillle prit Atala, par qui René était ailé jadis ur de Pauline, et, sans le savoir, elle ressentit ne émotion qu'elle. (« Il joue du clavecin sur mes fibres m, disait M"° de Beaumont.) endemain, elle se présentait à l'ambassade, et, endemain (c'était le jour de Pâques) (4), Cha-

rte de M. Pailhèa.

arnaî da maréchal dt Catieilane, t. II, p. aSi. — Le iat ; le général Thiébault et plusieurs autres raéniorialMtM ita- I dit vrai en accusant M»i* Hamelin d'avoir appart«au à 1«

ig, Pâques était le ig avril.

\ néàJMQlùK ET CHATfiAUàaiAl^D 107

' féàubriand loi rendait sa visite. Pour la vingtième ; fois de sa vie, il avait reçu le coup de foudre. A cela rieii d'étonnant, du reste, car Hortense était vrainient très séduisante ! Regardez son médaillon par David d'Angers, qui est daté de i834. Le front e^t charmant, l'œil éveillé, la bouche souriante, la narine sensuelle, le menton quelque peu volontaire r bref, Tensemble de la physionomie, en faisant songer à Delphine (r), avait quelque chose de Diane et d'Apollon, et je crois qu'elle en avait conscience, forsqu'elle prit pour devise le mot : « Souveraine », qu'elle justifiait pleinement (2),

(i) Je présume que la parenté d*Hortense avec Delphine Gay ne fut pais ' étrangère à l*aeeueil empressé que hii fit Chateaubriand . N'ouhlipns pas, en effet» que Pillustre écrivain avait en quelque sorte donné le baptême de gloire à Delphine en la baisant au front dès le berceau, el qa'après ftvûir guidé ses premiers pas dans la esffrière littéraire il' lai témoign» toujours beaucoup de sympathie^ J'ouvre les Mémoires (TOatre-tombe et j'y lis, dans une lettre à M™« Récamier, datée de Genève, 9 juin i83i : < Delphine mariée » (t. Y, p. 49§).

(9) « M*« Hortense Allart de MéritenSi m'écrivait une de ses petitesfilles, avait été d'une beauté accomplie : blonde au regard vif et bleu, a^ traits fins et réguHers dans un ovale allongé, d'un charme animé et indescriptible. Même âgée, elle paraissait entourée de lumière. Son teint avait été pur et délicat, son cou mince et ses épaules d'une ligne parfaite, tout l'ensemble de sa personne svelte et d'une harmonie incomparable. BUe était de taille moyenne, avec ua très grand air, des manières élégantes, simples et riantes, des mouvements très prompts. Btte resta droite, simple et mince jusque dans reactrême vieillesse. Sei^ mains fines et longues avaient été d'une remarquable beauté, avec des doigts si délicatement fuselés que, même dans son grand âge, elle se servait pour coudre d'un petit dé d'enfant. Où avait admiré ses pieds étroits et petits, d'une forme merveilleuse, et son fils s'est toujmirs somrem» d'un jomr de son enfance, pendant ks émeutes de Belgique, ok elle ravait enlevé dans ses bras d'une chaise de poste arrêtée et entourée par des paysans. Ce geste rapide. avait fait se dérouler jusqu'à terre la masse de ses chevciuz*.. »

Quant à Chateaubriand, tout sexag-ënaire qu'il était, son visage olympien et ses belles manières avaient g-ardé la séduction de la jeunesse :

« Toujours élégamment mis, d'un soin exquis dans sa personne, une fleur à la boutonnière, son âge s'oubliait. Il avait un sourire charmant, des dents éblouissantes, il était enjoué et semblait heureux. »

Ainsi parle Hortense, mais on pense bien que ce qui la flattait surtout dans les hommages qu'il lui rendait, c'était sa grande illustration : la gloire n'ajoute-t-elle pas à la beauté des dieux?

Elle fut donc conquise, elle aussi, et tel fut Feflet de cette conquête réciproque qu'en moins d'une semaine un changement à vue s'opéra dans l'humeur et les idées de Chateaubriand (i). Il avait demandé et obtenu un congé pour aller passer quelque temp s en France. Au moment de partir, il hésita. Il écrivait à M. de Marcellus, le 29 avril 1829 :

(( Si M™® de Chateaubriand veut aller à Paris toute seule, je pourrais bien passer ici mon été . Je regrette Rome (2). »

Mais a la Chatte )» ne se souciait pas de laisser « le Chat » derrière elle : elle avait peur des petites

(i) Sur son intri^ne arec Hortense, consalter Hfa Jeunesse, par!« comte d'HaussonriHe, et notamment le chapitre intitule CÂmbassade de Rome. M. dllaussonrîlle, que Chateaubriand avait emmené à Home comme attaché d'ambassade, y raconte tout au long^ les yisites que son chef faisait à « la jolie habitante de la rue délie Quatre Fon» tane », — ce qui achève d*authen tiquer le récit des Ehchantements.

(a) Mémoires d'Outre-tombe, t. V, p. 220.

BÉRANGER ET CHATEAUBIIIAND

souris, et puis elle était ambitieuse, et, étant donnée la situation peu solide du ministère, elle se disait que, s'ils étaient là-bas, avec un peu d'habileté, ils pourraient profiter des événements. Dans ces conditions, il était bien difficile à l'ambassadeur d'ajourner son congé. Il partit, mais après avoir décidé Hortense à faire aussi le voyage. Elle arriva, en eflfet, à Paris au commencement de juin (i), et, pour être plus près de Chateaubriand, elle s'installa rue d'Enfer, à deux pas de l'infirmerie Marie-Thérèse, où il avait élu domicile en quittant la Vallée-aux-Loups.

Naturellement, une des premières visites d'Hortense fut pour Déranger, qui était à la Force. Le chansonnier était un de ses plus vieux amis ; il l'avait connue tout enfant chez madame Regnault et l'avait fait sauter souvent sur ses genoux. Plus tard, il avait été mis au courant de sa liaison avec le comte de Sampayo, et il ne lui avait pas caché, tant il lui portait d'intérêt, que cet amoureux ne lui plaisait qu'à moitié. Le 20 mai 1826, il lui écrivait encore à Florence, où elle venait d'être mère :

« Vous ne voulez plus élever d'enfants, ce sont des hommes qu'il vous faut. Je vous en souhaite.

(i) Chateaubriand y était arrivé le 39 mai.

lavez bien qu'à Tinstaot où l'on croit en a^r , lorsqu'on est sur le point d'éteindre aa lauie fantôme voufl' échappe; il faut cherclier . Je ne veux pas dire que vous en soyez tout L Celui dont vous aviez commencé l'éducation s reste ; je le crois, au moins. Mais est-ce bien nme comme vous l'entendez î Moi, j'en doute, ous ai dit pourquoi. Rallumez votre (ajaterne, s l'aviez éteinte ; mais soyez moins difficile oa recherches, ne demandez pas tant de vertu, nt de gloire. Contentez-vous de beaucoup )ilité, de beaucoup de bonté, de beaucoup hement, et surtout de beaucoup de jeunesse, îles en droit d'exiger tout cela ; d'ailleurs, le le vaudrait pas la peine que vous prendriez à après (i). »

lUumez votre lanterne » 1 S'il avait su que , elle découvrirait Chateaubriand, il lui aurait ement crié : Casse-cou t

int les trois années qu'elle avait passées en il n'avait cesse de lui donner de sages conseils, îlle suivait on sait comme ; mais elle lui en beaucoup de gré tout de même et s'appHquait re connaître, aie répandre au delà des monts, aurait voulu l'atttirer.

5 juillet i856, il lui écrivait :

e vous êtes bonne de travailler à me faire une

1res ckoisiu de Béroagei" h. Horteuu AlUrt.— Voir à 1'^^

BÉItANaKH BT OaATIÀUBaïAHD

r^atatîûQ dans Florence 1 Je ne doute pas qt bomie idée qu'on peut avoir de mol ne soit v ouvrage. Les hommes de méiite qui vous encen prennent pour vrai tout ce que tous leur ditei fininnit par me faire croire une espèce de génie, récité, je n'oserai jamais aller dans ce pays, i pauvre diable qui ne sais rien, qui n'ai pu m ap]H-endre l'italien, la langue la plus î&àle ; i dont les vers tout français ne me semblent pou èfre ent^idns qu'en France, je tous donnerais furieux démenti aux yenx des gens qui maintei ne jnrent que par tous, Toutd'oîs une chambre « To^e appartement aurait bien de l'attrait. Je fin peut-être par croire à l'exécution de ce beau pi de mariage qui nous a tant amusés un soir. 1 réfléchissant bien, 'je ne sais s'il n'y a pas de v part un peu d'Insolence à pensera me loger aussi de vous. Vous me trouvez donc bien vieux? C'esi prendre au mot d'une façon un peu cruelle. Je ne ' en veux pourtant pas. Vous avez raison, oui, je bien vieux . Une lutte longue et fatigante contre le f ia nécessité de réfléchir constamment, de premi dispo^tionsprofondément mélancoliques m'ont V de bonne heure. Je sens encore vivement, mais raison se tient toujours au<dessus de mes émoti pour les amortir, ou pour les fetire tourner uni ment au profit de mon faible talent. Parfois • manière d'être m'insfàre du dégoût ; je vout m'es choisir une autre; mats les habitudes prises. Je me trouve gauche dans mes tentatlvi

ie mes inutiles efforts. Le limaçon rentre dans jille. Pourrez-vous le faire voyager? J'en doute, : les invitations que vous êtes chargée, dilesit me transmettre, et les fêtes que vous me Ltez en Italie. Si, en effet, les philosophes et

qui composent votre cour pensent quelque e moi, dites-leur que plus j'en sois surpris, y suis sensible. Leur suffrage ne me plairait rce qu'il viendrait de loin, mais parce qu'il lit d'une terre vers laquelle j'ai souvent tourné fards d'amour et à laquelle j'ai toujours souin meilleur destin. Elle a celui du Tasse : le t le malheur, la gloire et la captivité. A Flovous ne vous en apercevez peut-être pas beaumais si vous allez à Rome avec d'autres idées lies de M"' de Staël, si vous parcourez ses is, c'est alors sans doute que le malheur de

vous déchirera le cceur. J'ai lu les récits de es voyageurs philanthropes, qui m'ont tellerappé qu'il m'a paru étrange qu'à l'aspect de I misère on pût encore êlre sensible à toutes "veilles des arts pompeusement étalées dans la i de la chrétienté. Mais que je suis maladroit s parler ainsi ! Peut-être êtes- vous déjà dans me capitale du monde. Là, votre mémoire n revue toute l'histoire du peuple-roi. Votre

marie à celles des Caton, des Brutus, même ïar. Ce n'est pas le cas de vous dire quelle est inion sur les fils de Komulus. Vous en seriez isée : mais, si votis la devinez, rappelez-vous

BÉRANGËR ET GHATBAtmilIÀN1> Il3

que je n'aî jamais été au collège et que, faute d'avoir appris le latin, je n'ai pas été fait Romain avant l'âge de raison. Vous excuserez alors mon peu de respect pour les oppresseurs du monde.

« En attendant le voyage d'Italie, j'habite Maisons avec Manuel, Tissot et Thiers. Mignet, qui est allé en province, doit venir se joindre à notre petite république. Nous avons eu foule dernièrement. C'était la fête du pays. J'ai vu là sir Francis Burdett, mais ne lui ai pas parlé, n'ayant point titre pour cela et étant presque aussi mal disposé d'ailleurs pour les Anglais que pour les Romains. Les démocrates de Londres me semblent furieusement aristocrates. Leur orgueil est insupportable et leur hypocrisie religieuse est la plus ridicule du monde.

« Vous me dites que vous travaillez, que votre ouvrage sera superbe^ et que bien des gens seront sur- . pris ; tant mieux I Mais quand cette surprise aura-telle lieu? J'ai bien peur que les plaisirs de l'Italie et les occupations que vous avez laissées en France ne nuisent à la rapidité de l'exécution. Je suis pourtant pressé de connaître cet ouvrage mystérieux. Hâtezvous donc et envoyez-nous cela, que nous le fassions imprimer bien vite. Adieu, séductrice; allez de conquête en conquête, mais n'oubliez pas les anciennes. « Tout à vous de cœur.

« BERANGER (ï). »

Maisons, ce 25 juillet 1826.

(i) Lettres choisies de Béranger. — Voir k Y Appendice*

'ouvrage anqueltravaillaitHortenseétaît Jérôme,

parut en i83o, corrige par Chateanbriand, et

ille a raconté, en la romançant un pen, son bis-

i avec Sampayo.

ette lettre de Béranger, que j'ai citée tout entière,

Digne des sentiments qu'il avait pour elle. En

at le visiter à la Force, elle ne faisait donc que le

;r de retour. Mais là ne se borna pas sa recon-

sance. A peine était-il sorti de prison qu'elle le

m rapports avecChateaubriand. Voici daos quel-

ircoRstances.

'illustre écrivain était allé prendre les eaux à

terets (i). Soudain la nouvelle se répand que

ries X a chargé M. de Polignac de former un

istère. Cette provocationmaladroite met Chateau-

nd hors de lui. Il rentre précipitamment à Paris,

ande une audience à M. de Polignac et lui jette

émission au nez.

es libéraux, cela va sans dire, le portent aux

Se soQvBDîr, i ce propos, de sa rencontre srec « rOcciianieiuie ■ la page qu'elle lui a inspirée :

'd soir qu'elle m'accompagoait lorsque je me relirais, elle me t suivre, je fus obl:^ de la reporter chez elle àvas mes bras. is je n'ai été si bootenx : inspirer one sorte d'attachement I Age me semblait tme véritable d^risLoo.,. Jeme serais eolontiers de rergogne parmi les ours, nos voisins. J'élais loin de me dire e disait Manlaigne : < L'amour me rendrait la rigilauce, la :t(, ta grAce, le soizi de ma personne. . . » Aloa pauvre Michel, des choses charmantes, mais, i notre âge, vois-tu, l'amour ne rend pas ce que tu supposes ici. Nous n'avons qu'une chose i c'est de nous mettre franchement de cûté. ■ (Mémoire» d'Oatrt- ; t. V, p. a38.)

BiiiAiiocn ET CHATBAuanuND ti5

nues. Il gagne du coup en popularité ce qu'il perd en argent. Et comme il a toujours fait plus de cas de l'une que de l'autre, il est content. Hortense aussi, quoiqu'elle regrette Rome. Tout aristocrate q soit, elle est avant tout libérale et elle détesi cs^ots. Seule la Chatte fait la moue, car elle pen pot-au-feu et à ses pauvres. Cependant elle reco que le Chat ne pouvait décemment s'atteler au embourbé de M. de Polignac. Tout est donc pt mieux. Là-dessus, M. Thiers entre en scène. Sa qu'Hortense a l'oreille de M. de Chateaubriand, prie de lui ménager un entretien avec son seigni maître. Hortense agitai René accepte. On se vc cause, on échange des vues. Mignet se mêle à h versation. Viennent les événements, Polignac vera à qui parler! Mais cela n'est pas suffisa présent qu'il a un pied dans le parti libéral de che, Chateaubriand brûle d'envied'y mettre lesi La popularité, voyez-vous, c'est comme le dont on ne saurait trop prendre. Or, pour le me l'homme de France le plus populaire, celui i choyait le plus dans l'opposition, c'était Bérang « Vous êtes, quand vous jugez à vous se juge que je choisirais avant tout autre », lui éc Benjamin Constant, au mois de janvier 1819.

ajoutait : « Quant à la popularité, je l'aime, recherche, j'en jouis avec délices, mais je la aussi à la manière dont j'ai toujours dit tout pensée (i). >i Chateaubriand aurait pu contres

(i) et, la Biographie de Béranger, p. 367.

lies. Peut^tre n'aurail-il pas, à cette dal*, anger pour juge, mais il aTait déjà beaucoup ition pour lui, et Hortense rapporte qne, l'emmenait dtner à l' Arc-en-ciel (i), if lui au dessert le Dieu des bonnes ffena. Dès lora i, redevenu simple journaliste, n'aurait-il pas é l'amitié de Béranger ? Hortense se chargea T le terrain et de faire les premières démar- 1 va voir qu'elle ne perdit point sa peine, janvier i83o, Béranger lui écrivait :

ous remercie de votre dernière lettre. Vous lu faire quelque chose d'aimable, et vous avez une bouche éloquente ce que vous avez la ï penser de moi, au moins en partie. Comez-vous pu croire que je serais votre dupe?

on, au reste, est si aimable, et d'ailleurs j'ai reconnu là votre façon de penser sur mon que je ne puis que vous en savoir un gré

eu beau être élevë à l'école de M . de Chateaut lui avoir les plus grandes obligations littéit parlant, j'ai fait de mon talent un usage si 1 cette éducation qu'il n'est pas possible que e puisse en faire un grand cas. Il j a bien

iive le nom de oe KaUuront dans use lettM inédite dHor-

irge Sand :

PArc-en-ciel tjae j'âllaîa dtner aTec M, de Cluileaobriand, e DOS promenades. »

-ciel existe encore; il est situé à l'angle du boulevard de . de la rue de BulFon.

BT OHATI&BBRIAHD

par-ci par-là quelque trace de son influence, ma trop peu pour obtenir une couronne. Pour ressemble «n peu, sans doute, à ces hommt apirès avoir hanté la bonne compagnie, sont ce par la débauche à rire dans les cabarels. Ils n ▼ent que du vin à 6 sols, mais il leur faut enco nappe sur la table. Il y a un peu de celte napf mes chansons, mais elle ne doit pas paraître ta bien blanche ni bien âne aux hommes du comme il faut; ce monde, vous le savez, n'a ne sera jamais le mien. Je n'aurais pas voulu tant qu'il m'eût été impossible d'y être admi jourd'hui je le dis sans gène, parce qu'on n pas supposer qu'il entre dans ma pensée i amertume personnelle. Gela ne m'empêche ] jUjçer avec toute l'impartialité dont je suis suso les talents que l'aristocratie a vu éclore, et si suis plu à vous tourmenter quand vous vous à la fougue de votre admiration pour l'aute Martyrs, vous ne devez pas oublier que, malgi scepticisme en fait de gloires contemporaines, j ai dit que, selon moi, c'était inconlestablem premier écrivain du siècle. C'est d'ailleurs u pression de jeunesse : vous savez combien peu là s'effacent. Sans tout le respect que j'ai p( si haut talent, croyez que le rôle politique de Chateaubriand m'eût fourni matière à plus d'u caractéristique. C'est une délicatesse que leï sieurs de ce parti sont loin d'avoir eue pour o nôtre, qui ont aussi montré des talents et mêi

is parler de m

VoH3 sentez qu'ici je ne veux pas ). »

; lettre d'un accent si sincère ne pouvait manî toucher au bon endroit celui auquel elle était e. Seul le passage sur les cabarets aurait pu : le noble client de VArc-eri'Ciel, mais les

seigneurs ont cette grâce d'état qu'ils [peuëquenter les mauvais lieux sans pour cela lailler.

î semaines après, Béranger écrivait de nouveau ense :

vez-vous que je commence à vous croire î Ne ! pas trop loin les preuves, car j'en perdrais de vanité. Quoi! l'humble chansonnier obtien- : suffrage de l'auteur des Martyrs! Chateausaurait par cœur quelques-uns de mes re- Quelle gloire pour la chanson I N'allez pas que je veuille le dire è tout le monde. J'auip peur de rencontrer des incrédules, ou, si enais à convaincre les gens, de nuire à votre ami. Et Dieu m'en garde, quoique sa poHtisoit nullement la mienne, à moi, homme des classes, qui regarde avec mépris tout ce qui taut, parce que je porte un cœur français qui t rien de ce qui ne sympathise pas avec la telle que la Révolution t'a faite, lui répondant bien du secret, quant à moi,

<vs choisies de Béranger. — Voir â V Appendice.

C CQITKAUBAIAND

remerciez, je vous prie, celui qui vous a chargé de me transmettre de si douces louanges. Vous prétendez que je prends les suffrages à la quantité "t n™rii à la qualité. Si, en effet, il pense de moi le t vous dites, il en doit juger autrement. Car, p. qu'il se soit donné la peine d'examiner quelqu de mes meilleures chansons, il doit voir le fa j'y aï mis, et le long travail qu'elles ont dû Or, à ce signe, il verra bien que je ne travail la multitude que lorsque la nature des sujets térét politique m'en font une loi. Il lui suffîrt examen pour juger la reconnaissance que m'in ces éloges... (i). »

Décidément, Déranger se faisait une fausse caractère de Chateaubriand. Celui-ci craignaî de se compromettre en s'acoquinant avec lui beau matin il frappait à sa porte et que, pai par Horlense, tout Paris l'apprit aussitôt (2).

Visite exclusivement politique 1 s'écrière journaux royalistes. — Exclusivement, ne preuve en est que l'auteur du Génie du Ch nisme avait offert au chansonnier de i'intro( l'Académie française. On juge de la surpr Béranger en recevant ce bouquet en pleine figi

(1) LeHres choisies de Béranger. — Vent k l'Appendice.

(ï) Chateaubriand écrivait à Bi!raQg-er, le 37 STfil i83o ;

J'aTais lu comme tous les ErlicIeB des journaoi ; loi troaver offensé que l'on croie que j'ai cherché le premier ui devolre talent, je le tiens à grand honneur,.. » {Gori-eep. deÈ l. I, p. 406. t

lent, il se demanda si Chf tpas de lui ; mais il fut bi :eHe admiration était sincère, quand l'ex-ambasur l'eut prié de chanter le Juif errant, sachan- 'avorite. Le jour même, ii écrivait à Hortense : M. de Chateaubriand sortde chez moi. En vérité, plus que je ne mérite, dussiez-vous me trouver humble I Je ne sais comment reconnaître tant ontë. Chargez-vous un peu d'être mon intei^ !, car je suis si bête que je crains qu'il n'ait pas compris les sentiments qu'i! m'a inspirés. Mais, lême temps, aidez-moi à ie détourner de l'idée a de faire de moi un académicien. Rien que le qui jusque-là ne m'avait produit aucun effet, iuse aujourd'hui une horrible frayeur. Non, je lis pas être de l'Académie, quoi que M. de Chairiand en puisse dire.

'e lui ai chanté le Juif errant, ii a voulu que lui répétasse. Il m'a paru en être très content, suis bien aise, car j'aime cette chanson. »

(joutait :

>oiriez-vous que je n'ai pas osé lui parler de ? J'en avais bonne envie pourtant. L'occasion offrait d'elle-même, lorsqu'il a cru devoir me rcier d'avoir dit à mon portier de le laisser er.

'aurais dû au moins lui répondre que, si vous aviez pas prédit sa visite, je n'aurais osé croire me fît cet honneur. Je tenais d'autant plus à trier de vous que, seul, je pouvais lui dire peut-

B^ANCttR ET CHÀTEAUBiUAJïD 123

être tout ce qu'on doit penser de bien de tous* Il est vrai que vous vous souciez peu de la sorte d^éloges que je vous aurais donnés ; d'autant que j'y aurais mêlé quelque correctif.

« J'aurais bien voulu vous aller voir ce soir, mais je me rappelle que vous êtes presque dans mon quartier. D'ailleurs, j'ai encore de la fièvre de rhume. Je vous envoie donc la cinquième livraison de mes chansons, et vous souhaite bon voyage, si, en effet, vous partez lundi, comme vous me l'avez assuré. Vous reviendrez bientôt, je l'espère, et n'oublierez pas de me faire savoir votre retour.

« Adieu, portez-vous bien, vous et votre fils, et croyez à tout mon attachement.

« B^RANGER

« Croyez-vous que ce soit retourner trop tôt rue d'Enfer, que d'y aller dans une dizaine de jours ? Je serais tenté d'y retourner plus tôt, tant je suis sous le charme, mais je crains d'être importun, et puis j'ai peur qu'on insiste encore sur l'Académie (i). »

A dater de cette visite, si grosse de conséquences, le sentiment de respect et d'estime que ces deux hommes nourrissaient Tun pour l'autre se changea

(i) Lettres choisies de Bèranger. — Voir à V Appendice.

:eux I ants 1

isiblement en une amitié qui dura autant qu' ont j'enregistrerai tout à l'heure d'éclatants ignages.

lateaubriand a dit dans ses ^^mo/rea que « cette e fui la plus heureuse de sa vie «. Je le crois peine, puisqu'il y savoura, g'râce à Hortense ■t et à M. de Polîgnac, les douceurs de l'amour : la popularité.

lissons, pour un moment, la politique et occu- -nous de la liaison de Chateaubriand avec Hor-

ant donnés l'âge de l'un et le tempérament de re, cette liaison ne pouvait pas durer indéfinî- ,. II en plaisantait le premier à Rome, en lisant es murs de l'escalier de son amie cette sentence faite pour l'effrayer à tous les points de vue : ' aW Eternilà ! Mais, quoique sachant parexpée que les amours terrestres sont essentiellement les, il se faisait un peu plus d'illusions à cet 1 depuis qu'il avait passé l'âge des passions. ! si j'avais encore cinquante ans I... » disait-il ?nt à Hortense (i). Mais il en avait soixante : si était pas l'hiver, c'était du moins l'automne de e, quelque chose pour lui comme l'été de k -Martin. Cependant il s'était attaché à cette ! femme avec une ardeur qui l' étonna tout ird et qu'elle eut peine à satisfaire. Cette pre- ; ardeur apaisée, il n'en fut que plus tendre. Tl

^ttre io^te d'HorleoM Allsrl à SalotC'BeaTe, '

BÉRANOER BT CHATEAUBRIAND 125

restait des heures entières assis à ses pieds, le regard plongé dans ses yeux, la couvrant de baisers et de caresses voluptueuses. Il Tappeliait de tous les noms qu'il avait prodigués à toutes ses sylphides, « mon ange, ^ ma vie, mon dernier amour». Il lui reprochait sa froideur, il lui disait qu'il mettrait la France, comme lui-même, à ses pieds, que sais-je? toutes les folies qu'il trouvait dans son imagination, quand il était amoureux.

Et puis, c'étaient, à certains jours, à certaines heures de la journée, des promenades solitaires en des quartiers éloignés, au Champ-de-Mars, par exemple, ou bien encore au Jardin des Plantes qu'on appelait ^lors le Jardin du Roi. J'ai là, sur ma table, deux ou trois petits biUets d'elle où elle lui donne rendez-vous chez elle, rue de l'Université.

— «A demain, deux heures, mon illustre ami, j'espère que vous pourrez me consacrer toute votre soirée. »

— « Je me ferai belle pour vous plaire, o René I »

Il y avait, en ce temps-là, du côté du Champ-de- Mars, des espaces remplis de sable et de terre inculte que Chateaubriand comparait aux champs romains. C'était le but ordinaire de leurs promenades. Un peu plus loin, une vieille femme qui faisait paître sa vache leur vendait du lait. Mais, lorsque René était plus libre, ils allaient de préférence au Jardin des Plantes, à cause de la proximité du restaurant de

■en-ciel. Leur rendez-voua était sur le pont d'Aos- £. Ils faisaient quelques pas sur lepontet, après erré comme des amoureux, dans les allées dé- 3 du jardin du Roi, ils allaient dîner au reatauoù ilsavaient, au premier étage, une petite salle : qui s'ouvrait sur la campagne, me reprocherais de ne pas citerici le texte même enchantements, car Hortense raconte d'une maexquise, et l'on a impression qu'elle ne dit que •ité :

'n nous servait vite etbien. Notre dîner étaitgai ;s aimable ; Chateaubriand, heureux comme ud t, doux et tendre. 11 m'excitait à diner, me chait de ne pas manger; il avait de l'appétit et 'amusait. Nous parlions des lettres, des événeî; moi, je disais toujours beaucoup de folies, pariions souvent de Rome elde l'Italie que nous ttions; il disait que c'était une contrée, un e, une race supérieurs aux autres.

1 revenait tendrement sur son âge, la mort, la ! tout ici-bas, et ces joies imprudentes où il s'ainnait. Je lui parlais de mes lectures. Je me lie lui avoir rapporté les idées de Creutzer sur ligions et surcelle des Indes. Ce récit l'intéresil connaissait ces choses, parlait avec lumière iS cuites, montrait sa philosophie, ses vues per^ 3, cet esprit vaste et indépendant que rien ne »it borner. Je lui disais qu'il était savant, je usais à le louer sous ce rapport qui n'était pas

B^RANGER KT GHATSÀUBRIANO I27

celui où on le connaissait le mieux. Il riait, heureux de plaire.

« .•. Il demandait du vin de Champagne pour animer, disait il^ ma froideur : je lui chantais alors quelques chansons deBéranger: Monâme^ la Bonne vieille^ le Dieu des bonnes ffens, etc. Il les écoutait ravi, et cette belle poésie et cette voix de sa maîtresse l'attendrissaient. Touché, exalté, il revenait sur luimême, disait qu'il eût aimé d'être poète. Il revenait sur la chanson que j'avais chantée, me la faisait chanter encore, en relevait quelques beaux vers, quelque belle expression.

«... Plaisirs de mon jeune âge.

Que d'un coup d*aîle a fustigés le temps ! »

a II répétait : que d'un coup d'aile a fustigés le temps. Dans la chanson de F A me y il admirait tout^ comme dans celle du Dieu des bonnes gens. Ces chansons le sortaient de lui-même, éveillaient son génie, le jetaient dans un état exalté, triste et doux. Je les vis toujours produire sur lui cet effet puissant.

« Dans cet état, il était plus amoureux, plus vif ; il me disait que je lui donnais les plaisirs les plus charmants, m'appelait séductrice, etc., et, dans cet endroit solitaire, il faisait ce qu'il voulait. Enfin, il donnait, à mon grand regret, le signal du départ ; nous partions ensemble, en voiture; nous atteignions, dans des tendresses sans fin, la place Maubert, où nous nous séparions. Je l'aimais, certes, et parfaitement. J'en étais amoureuse, doucement, heureu-

it, sans crainte, sans trouble, et c'était lui qui 'ait mon cœur(i). »

là le récit de Prudence qui scandalisa si fort Aurevilly et Armand de Pontmartin. Gageons 'il avait été signé d'une duchesse, il aurait passée une lettre k la poste. Sainte-Beuve, après ■ lu et publié^ s'indignait de ce que Château- 1 n'eût pas même nommé Prudence en ses ires :

;sl à mes yeux un de ses crimes, c'est aussi l'un : châtiments, puisque cela le juge, et par un es plus faiblesde sonéminente nature. 11 avait en lui, dès qu'il se voyait des témoins; il poite, et, dans vos loyales simplicités, vous n'éis de celles que l'on faisait posera côté de soi. îtes bonne enfant, et nelui en voulez pas. Rensa mémoire le service de publier un jour etsans ;r, sans le masquer de faux noms (ce qui dé- Ktdésintéressele lecteur), le chapitre que vous tes lire en ce moment: au miheu de vos admi' s et de vos tendresses fidèles, vous lui inflicependant, sans le vouloir, une mauvaise note, le que vous ne puissiez pas lui épargner, — r consenti à paraître ingratpour un pareil lien, r, si vrai pourtant, si conforme à sa nature, et Q avoir nulle part consacré, ne fût-ce que par t, le sincère souvenir (2). »

it-il encore en t847, qui aorti

BiAANG&n ET CBATBAUBKIÀHD

Sainte-Beuve doit être coûtent : c'est fait.

Cependant Chateaubriand se lassa vite de ces pades hors de saison, car avec lui le plaisir ne i guère, et il était alors sollicité de tant de côti les événements! Un jour, pour se distraire d tense, il lui conseilla d'aller faire un petit v en Angleterre. Elle le prit au mot; mais quan revînt, le charme était rompu, elle avait t une nouvelle chaussure à son pied. Sur le mo René se fâcha, c'était peut-être la premier* qu'une femme aimée lui était infidèle. Il e d'abord très humilié et très chagrin; mais, réflexion, il se rendit compte que cette jeune ne pouvait décemment a embarquer sa vie », d il disait, « sur un vieux vaisseau naufragé », e( pardonna sa trahison. Bien plus, après l'avoir b pendant quelque temps, il consentit à la recev dîner de nouveau avec elle, en tête à tête, avE

-doDDÉ à M. de Chateaubriand ses deraières jcies, ses demiera TenÎTS de Hené, car M"* Kécamier le prend avec lui sur un ti bas ; ce n'est plus notre Chateaubriand, elle en a Fait un aatn pour vous il te retroute dec resl«i de souftle et dei bruits h de Germanie et de Gaule sauvage. Gardez bien ses derniers pe lels; ce aérant des choses craies de la part d'un gia'n itluatr qui a eu iTOp peu de cea éclairs de vérité. Vons lui Terez hom jour de cea gages imprévus. Sa mémoire aura fort k faire, ci comme ceux qui ont trop longtemps vécu. " (Chaleaubrîaad gronpt littéraire, t. Il, pp. 453 et 3b7.) Cbaleaubriacd a pourtant rendu hommage an talent d'H

■ La nouvelle école ajcté ses penaiei dans uuautre moule :M™ marche «u milieu du chœur moderne des femmes poètes, eo p en vers, les Allart, les V^aldor, les Valmore, les Si^alas, les les MeiKteui, etc. , etc. • (t. VI, p. io5).

>atrîer en Suisse^et il s'établît entre eux un com- ;e de lettres, coupé de visites, qui dura jusqu'à lort de René.

:>ici quelques extraits de leur correspondance. ,ense a publié dans ses Enchantements une pares lettres de Chateaubriand, mais tronquées et le moindre souci de l'ordre chronologique. On ouvera plusieurs ici dans leur texte LDtég:rai.

Je pars demain à la première heure. Oh I 1 encore une fois de la bonne soirée que j'ai îe avec vous mardi. Je ne suis point ce que vous ;z ni ce que vous dites ; vous pouvez m'enchaime retenir à toujours. Je pars presque heureux i ne sais quel charme qui s'attache à votre sinr génie, et de je ne sais quel espoir que vous ez laissé. Oui, nous nous reverrons et nous n'auplus peur l'un de l'autre (i). N'avez-vous pas )té les deux années qui sont tombées sur ma tête jt voua ont embellie ? Âh ! jeunesse de mon , esL>ce un songe que ce jour ? Non, c'est une ,é qui m'a rendu, par votre repentir, le plus ;us des hommes. Je vous reconnais pour la de Rome et la dame d'Étampes (2). Souvenez-

iUe lui avait demandé sa parole de cheraLier de Salât-Louis qoe, it ta rercrrRît, il n'eisaierait pas d'attenter k sa Ttrtu, et, bien . tDga|;en>eDt readtt < la partis inégal* ■, il aTailfroaiii. hand il était allé {Hindre les eauz de Cauterets, il lui Avait rendez-vous à Étampea. Voir le* Enchtatttmeêl», p. iEi6>

BiRANGER BT CHATSAUBAUIID l3l

VOUS. Ne détruisez plus cette chimère, si c'est une chimère. Nous travailieroos. Je veux aimer votre talent comme votre personne. Vous serez ma dernière muse, mon dernier enclianlement, mon dernier i de soleil. Donc point d'adieu. Je mets mon âme pieds. »

■ Nogœt,iDai ISit:

ff Je nens de sortir de Paris par ce boul»

que je n'avaia pas revu et que j'aurais voulu ne jamais revoir. Si vous saviez combien je suis ti Vous souvient-il que je vous écrivis du haut montagnes, et que ma lettre alla vous cherche: votre passage ? Je vous écris encore sur les che du monde; toujours errant, toujours vous me re verez. Si je puis quelque chose pour votre boni si vous voulez me reprendre pour rendre à vos timents leur vraie nature, et à votre talent son gage ; si vous me mettez à part des autres hom et me placez hors la loi vulgaire, vous m'aunont votre visite comme une fée : les tempêtes, les ne la solitude, l'iacoanu des Alpes iront bien à vos i tères et à votre magie. Ma vie n'est qu'un accid je sens que je ne devais pas naître : acceptez di accident la passion, la rapidité et le malheur. Sui répondez-moi. Ecrivez-moi de ces lettres qui réel feot, comme vous m'en avez tant écrit, aux miers temps de notre amour. Que je me sente en aimé, j'en ai si grand besoin ! Je vous donnerai

is un jour qu'un autre dans de longues année: ïîentdt, je baise vos pieds et vos mains. »

<> Paris, l«r décembre 1831.

[ Depuis le jour où je vous ai écrit, j'ai pens^ arir d'une fièvre de nerfs, occasionnée par l'excès travail, aujourd'hui je suis sorti pour la premièn i par ordre du médecin ; mon travail est achevé el 'Ojé d'aujourd'hui même à la presse (i). Je n'attai personne individuellement, j'ai même supprimé mon propre mouvement des choses qu'on auraîi prendre pour un acte indirect. II restera pourtant : choses dures, mais générales, et dans le combat le puis les éviter. Je ne sais ce qui arrivera, je suis mi les vaincus et un ennemi franc et découvert erait peu généreux de me battre à terre, d'arrêter' n ouvrage. Au surplus, comme ils voudront. J'es-e pouvoir me traîner un peu pendant cioq ou rs ; après cela, si vous voulez me voir, vous le Bz ; je n'ai pas encore lu votre Indienne (2). J'en urs d'envie. — Je ne sais si vous pourrez me liremain me tremble, j'ai la fièvre . Au revoir, et à atât, j'espère; ne me faites pas trop attendre. » ^oilà le ton général des lettres de l'enchanteur, int à celles d'Hortense à Chateaubriand, nous

) Il s'agissait de sa brochure sur le biDnistiement de la funiUc

le, dont il est parlé plus loin.

I Nouvelle d'Hortease, pour laquelle il lai avait douai det c«a-

BÉRANGfiR ET CHATEAUBRIAND l33

n^'en possédons qu'une seule, tirée des papiers du grand écrivain, — car je ne compte pas comme telles les trois ou quatre petits billets de rendez-vous dont j"ai fait état plus haut. — Celte lettre est de 1842; elle prouve qu'à cette époque les relations d'Hortense avec Chateaubriand étaient toujours aussi tendres. Du reste sa correspondance avec . Sainte- Beuve suffirait à le prouver. J'y puiserai tout à l'heure à pleines mains. Voyons d'abord la lettre :

« Herblay, 8 août [1842].

« On a dit à Paris qu*il vous est arrivé un accident sans danger ni suite, à Néris. Vous seriez bien aimable de me donner de vos nouvelles. N'écrivez pas vous-même, puisque vous me dites que cela vous gêne . Vous dictez très bien, dictez donc. Vous m'aviez promis de m'écrire ; mais il faut toujours aller chercher les grands hommes.

« Hé bien! ma Régence (i), y avez- vous pensé? Mon Espartero, le voilà. Je ne la cède qu'à vous. Mais vous n'en voudrez pas. Soyez son maître; enseignez-lui comment il pourrait s'emparer de la Régence et de tout, délivrer l'Italie, soulever l'univers, gagner à jamais la cause de la liberté. Jamais homme ne vit le sort lui préparer un si beau rôle, s'il veut le saisir. C'est moi qui l'ai jadis envoyé à vos pieds. Il y reviendrait dans sa gloire. Ceci serait très amu-

(1) Cette lettre se rapporte aux événements qui suivirent la mort tragique du duc d'Orléans (i3 juillet 1843).

êtes-voijs inquiété ? Et voire profond dëind-il hommes, femmes, régents, régentes?

idrais bien soigner votre santé aux eaux, content? Vous portez-vous mieux ? Si rendait à tousdeux la jeunesse, voudriezuter la Régence à Thiers ou m'eutraîner en

ici, dans la Seine, une Ile assez grande, ée à la nature, couverte de hautes herbes, n liberté et d'animaux sauvages. C'est là s penser à vous : on y entend le bruit des e frëmiss ment des saules, les doux murvos déserts d'Amérique : il y a une odeur ; marines, et les mauves bleues dont vous front à'Atala.

l'OS vers :

ie ces prés l'émail plaît^à mon cœur (1)1 d revenez-vous ? Faites-moi écrire un mot.

lis fîdèle à outrance dans ma solitude.

1 ! vive le Régent ! vive l'Italie ! vive la ive Chateaubriand 1 vive l'Europe I vive Régence universelle (a) ! »

lions, à présent, les lettres d'Hortense à uve où il est parlé de René :

« 16 mars 1843 [d'Herblay].

eçu ce mâtin le billet le plus adorable de

inédite, communiqué* par M, Poilhèa.

BiRANQSR ET CHATEAUBRIAND l35

M. de Chateaubriand, et je me plais à vous unir quand vous avez tant de rapports; il n'a pas lu encore, car il ne m'en parle pas I On ne voudrait jai — '" avouer nos faiblesses catholiques, mais, à pai XVIII* siècle, que vous êtes des gens admirables 1

•i 19 février 1843.

«J'iraiàPartsvendredi prochain 17. Je vous at drai de 3 à 6 heures, rue Saint-Nicaîse. Appoi moi des nouvelles de M. de Chateaubriand. I] malade, au lit, et dicte ses lettres. Est-ce série il ne m'en dit rien, mais tout est sérieux à son ; Vous seul, vous serez un jour tout ce qui me res de la race et du génie de René. »

« Suivez-vous le régime que je vous ai indit allez-vous suivant les quais jusqu'au Champ Mars, promenade que j'ai faite souvent avec R( Le voyez-vous chez M°" Récamier? Il dit 1 est toujours souffrant. »

tîS mai 1843 [de Montaubao].

« J'ai eu une lettre de René, mais pas encon la Reine (i), à laquelle j'ai écrit une lettre a: mélancolique. »

(1) Elle appelait ainsi George Sand, depuis qae Béraager 1 surnommée ■ la Heine de DOtre nouvelle génération littéraire j>. (1 k Napoléon Pejrat, du ao novembre i8Sj.)

Ayez la bonté de fair e Chateaubriand. »

!)ites-moi si vous voyé ment, et son état me lo'

Jî on est sévère pour Re , ,

ni de la mode qu'il a trop cherchée, mais qui ;viendra, car tout tourne en ce monde, et les Uns de cette trempe ont leur l^mps comme >uleurs. Tonte sa vie est expliquée par le mot aton, léffer, ailé et sacré ; c'est ce qu'il a été, e vous êtes tous, poètes, ce qui vous fait parer un vol parfois capricieux, le départ, le retour n fond saint et adorable. »

« il novembre 1843, lundi soir.

e reprends. Je vous ai quitté pour mes hommes t, mais j'étaislriste)et rêveuse etsombre comme imne, de sorte que je vous ai fait ce soir une lUté. J'ai été chercher l'automne et la tendresse et ipête où je savais la trouver ; j'ai pris ces 6* et res des Martyrs où sont les images, les horiles passions des Gaules et de la Germanie, et

bArànger et chatbaubriand iSy

certes, quand vous traitez Chateaubriand si sëvèrerement, et je dirai si durement pour son âge, vous oubliez des beautés qui, dans leur genre, n^ont rien d'égal dans notre langue. C'est le sentiment de la nature bien autrement que ne Ta eu Rousseau, avec une impression de Tinfini, avec quelque chose de fier et de sublime qui laisse loin le rustique amant de Julie. Mais tout cela et des souvenirs très vifs (car autrefois, en lui lisant tout haut ces beaux passages, je Taî fait fondre en pleurs) ne m'ont pas fait verser de larmes, et je n'ai pu en répandre enfin, et beaucoup, que quand Socrate passe sa main dans les cheveux de Phédon et lui dit : « Demain, ôPhédonI tu feras couper ces beaux cheveux ! » Hé bien, monsieur, quand je vous appelais René, Pitt et Platon, je ne disais qu'une même chose, qu'un même nom ; voici ce que j'ai vu ce soir en lisant la mort de Socrate. Laissez-moi donc rappeler le poète en vous, car le poète est sacré. Le sticri et le saint, voilà ce qu'il faut sauver. »

« 4 janvier 1846.

«Déranger m'écrit: « Votre poète est mort, sa cage est muette. » Il dit qu'il n'en est pas ainsi de Chateaubriand, qui vient d'ajouter quelques pages à ses Mémoires. Il se plaint de vous qui abandonnez sa vieillesse. Allez donc le voir, il est malade et ennuyé. »

•Mf-

l38 H0RTBN9E ALLART DE MiRITBNS

*r J^ai consacré ce dimanche à René dont j'ai reçu Tautre jour une vive et charmante lettre. »

« Est-il vrai que madame de Chateaubriand est morte ? Vous me la représentiez comme un tyran, il y a un mois (i) ; ce tyran était-t-41 si malade? Bstr elle morte subitement? Comment René prend*illa mort de Céluta ? A-t-il pu aller à Tenterrement? En est-il étonné, frappé? Cette mort si près est bien désagréable. Enfin il est libre, et, tel que je le connais, il peut encore oublier son âge autant qu'on l'oublie à vingt ans, au moins pour les idées et les enchantements. Dites-moi tout ce que vous savez. Vous ne demandez qu'à me parler de ces gens-là... Répondez-moi vite sur René. Quand vous voulez l'attaquer par-ci, par-là, vous me faites rire. Qui doit avoir des reproches, de lui, âgé et d'un autre bord, ou de vous autres, son école, jeunes et de ce

(i) Sainte-Beuve écrivait alors à Hortense :

« Un mort bien illustre, et qui mérite de s'appeler mort, en effet, puisqu'il ne vit plus de la seule vie qu'il avait rêvée. Chateaubriand est bien malheureux ; il ne peut plus sortir de sa chambre.M"* Récamier Vj va voir tous les jours, mais elle ne le voit que sous le feu des regards de M™* de Chateaubriand, qui se venge ainsi de cinquante années de délaissement. Elle a le dernier mot sur le sublime volage et sur tant de beautés qui Tont tour à tour ravi . Cette femme est spirituelle^ dévote et irooique ; moyennant toutes ses vertus, elle se passe tous ses défauts. Ah! que vous valez mieux, vous autres !... » {Chateaubriand et son groupe littéraire, t. II, p. 897.)

BÉRÀN6EH ET CHATÉAUBIlIAlfD iS^

siècle, qui vous êtes rejetés aux vieilleries et qui commencez des romans, en disant : Savais fait une bonne première communion ? Ce n'est pas ainsi que commencent Zadiff et t Ingénu. On peut aimer un homme sans prendre ses opinions, mais on ne peut les blâmer quand on est de son école. Amaury, prêtre et repentant (i) ! »

« 16 mai 1847.

« Je n'ai pas été voir René; il m'écrit qu'il ne se mariera plus, mais il va, je crois, à Passy (2) avec sa belle (3). »

Arrêtons là nos citations. Cette dernière phrase surtout vaut la peine qu'on la commente. Si tout ce qui précède justifie les Enchantements d'Hortense et témoigne de la gratitude qu'elle avait gardée à Chateaubriand, le mot relatif à son mariage dénote

(i) A propos de la mort de M"* de Chateaubriand, Hortenie écrit dans ses Enchantements (p. 319) : a £d février 1847» j'apprends la mort de M"* de Chateaubriand. Je vais à Paris, j'écris, le lendemain on m'avertit qu'une personne qui ne peut monter (il marchait mal) m'attend en voiture. Je mets un chapeau, je descends, je trouve M. de Chateaubriand qui me demande si je veux faire une promenade avec lai. Je monte dans sa voiture. Il est aimable et tendre. Quand la voiture commence à marcher, il se tourne tout entier de mon côté pourme regarder. Il était enveloppé dans un élégant manteau. Il me dit qu'il s'ennuie. Nous parlons de Rome. Je l'ai vu plusieurs fois chez loi et en nous promenant. Il m'a charmée et touchée. Il ne peut marcher, il est mélancolique, il a ses anciennes grâces, cette distinction, cette élévation qui eu font un homme si attrayant. L'âge, au lien de changer la beauté de son visage, la rend plus remarquable. »

(2) « Â Passy », c'était chez Béranger.

(S) « Sa belle », c'était M*»* Récamier. — Tous ces fragments sont tirés de la Correspondance inédite d'Hortense Allart avec SaintCf Beuve.

l40 H0BTBN8B AIXART DB MÉRITBNS

assez qu'il portait légèrement le deuil de sa femme. A vrai dire, ou s'en doutait déjà ; cependant il n'est pas mauvais que ce doute devienne une certitude. Il a écrit dans ses Mémoires que madame de Chateaubriand avait contribué à rendre sa vie plus digne. Entendez qu'elle avait couvert ses dérèglements. Néanmoins, s'il avait eu à choisir entre la dignité et l'éclat, je ne crois pas qu'il eût hésité. Il savait effectivement beaucoup plus de gré à madame Récamier de l'éclat qu'elle avait répandu sur sa vie qu'à sa femme de la dignité qu'elle y avait mise. La preuve en est qu'après avoir écrit « qu'il ne se marierait plus », il offrit d'épouser madame Récamier en secondes noces. Mais Juliette eut le bon esprit et le bon goût de refuser. Quels avantages lui aurait rapportés ce mariage in extremis ? Aurait-elle changé de rôle et de figure aux yeux de Thistoire ? Non ; dès lors il était plus décent et plus naturel qu'elle demeurât jusqu'au bout madame Récamier. Le nom de Chateaubriand, se substituant au sien si tard, n'aurait rien ajouté à sa gloire.

Revenons à Déranger^ Chateaubriand écrit parfois l'histoire d'une manière qui n'est pas tout à fait conforme à la vérité : non qu'il la trahisse, il ne. va pas jusque-là, mais il n'en dit qu'une partie, quand il y est intéressé, à seule fin de garder le beau rôle.

T CHATIAUBMÂND

Parlant des événements de i83o, qui mirent fin à sa carrière politique, il fait cette déclaration dans ses Mémoires d' Outre-tombe.

« Mon amitié pour Béranger m'a valu bien étonnements de la part de ce qu'on appelait i parti. Un vieux chevalier de Saint-Louis, qui n inconnu, m'écrivait, du fond de sa tourelle : « jouissez-vous, monsieur, d'être loué par celui q souffleté votre roi et votre Dieu. » Très bien, i brave gentilhomme, vous êtes poète aussi.

« A la fin d'un dîner au Ca/é de Paris, d que je donnais à MM. Béranger et Armand Ca avant mon départ pour la Suisse, M. Béranger r chanta l'admirable chanson imprimée :

a On y remarquait cette strophe sur les Bourbe

Et tu voudrais l'attacher à leur chute 1 Connais doDC mieux leur folle vanité : Au rsag des maux qu'au ciel même elle impute. Leur coeur ingrat met ta fidélité.

« A cette chanson, qui est de l'histoire du tein je répondis de la Suisse par une lettre qu'on ^ imprimée en tête de ma brochure sur la proposit Briqueville (i). »

Tout cela, à un mot près que j'ai souligné, rigoureusement exact; mais, si le tonfaitlachans

(i) Mémoire» cCOatrt-lombt.i. I, p. 4t9-

HORTIHSB ALLART »■ MitltTnra

instances où celle-là fut composée loi àonte sa valear. Je vais les raconter, puisqne briand a jugé à propos de les taire, u'au mois d'avril i83o, il allait offrir à T uo fauteuil académique, il avait sa pensée ière la tête : il rêvait d'être chanté par le nier. Il lui écrivait :

mis aussi vieux que votre admirable Juif malheureusement, je ne puis plus courir lui et je ne serai pas chanté par vous (i). »

mois après, au lendemain des barricades, il icore : a Que de belles chansons à faire I s iranger, qui le voyait venir, feignait de ne iprendre. Il écrivait, le 20 août i83o, A e Allart :

a rôle est fini j pour faire de la politique en , il me faut, à moi, des persécutions à crain- ,'oppression à subir. Je ne suis pas né pour parti vainqueur. Aussi me suis-je empressé isiter votre ami, aussitôt qu'il eut pris posisque-là, je crus devoir m'en abstenir, parce 1 ne doit influer sur ces sortes de détermiqui décident de la vie d'un homme illustre.

ip de personnes ont blâmé son discours (a)^ is pasdu nombre; il lui sied bien, selon moi. lous sommes-nous bien entendus. Un seul

re de Cbatesubriand à Bérangn, dalée du 37 avril iS3o.

le Bérongtr, 1. 1, p. joS.

lÎECoart prononcé, k la Chmibre dts ptiti, le 7 aoAt i83o.

BÉRÀNGXH BT GHATSAUBRUMD l43

point nous a fait différer : il veut quitter la France, et je me suis permis deux fois de combattre cette idée de tout mon pouvoir* Mes raisons ont paru faire de l'effet sur son esprit. Je retournerai le voir incessamment, aussitôt qu'une nouvelle indisposition, fruit des fatigues que tout ceci m'a causées, me permettra de reprendre mes courses. Je vous avoue que son scfrt m'attriste beaucoup; le premier jour que je le revis, je tombai dans une mélancolie profonde. La France n'aura-t-elle pas à rougir de laisser un pareil homme en proie au besoin (i)? »

Cependant Chateaubriand partit pour la Suisse, le i6 mai i83i, en secouant sur la France la poussière de ses souliers. Etait-ce sans esprit de retour ? Oh I que non. Il y avait dans cette fuite, qui affectait l'apparence d'une émigration nouvelle, un peu de comédie et beaucoup de mise en scène. Chateaubriand voulait se faire regretter et qu'on le rappelât à l'occasion. Mais qui avait assez d'autorité ou de popularité pour élever la voix avec quelque chance d'être compris? Un seul homme : c'était justement celui dont les couplets chargés de salpêtre avaient fait sauter le trône de Charles X. Chateaubriand lui donna à entendre qu'une chanson dans les circonstances présentes lui serait très agréable. Comment refuser ce plaisir à quelqu'un dont on se croit l'obligé?... Ouï, mais cette chanson était singulièrement difficile à faire. A tort ou à raison, Chateaubriand passait pour

(i) Lettres €hQâi€S de Bérwnger. — Voir ÏAppaulice.

être mêlé aux manœuvres

vériBait, quelle situation se

ranger? Il ne pouvait décem

vain sans mentir à ses prop

rir le risque de trahir son ]

vrit à Henri de Latouche, à

briand donnait en l'espèce

tence. Henri de Latouche avait été longtemps, dans

la Vallée-aux- Loups, le voisin de l'auteur d'Aiala. Il

y habitait même encore et se vantait d'en être le

paysan (i).

Latouche engagea Béranger à satisfaire Chateaubriand. Ët^ au commencement de septembre i83), quand celui-ci vint à Paris pour essayer de vendre sa maison de la rue d'Enfer, la chanson était assez avancée pour que Bérangerse risquât à lui endire quelques couplets. Chateaubriand la trouva tout à fait à son goût et aurait voulu que le poète la terminât sur l'heure. Mais Béranger, ayant le travail fort lent.refusait de la livrer à la publicité avant de l'avoir soumise à Henri de Latouche, « juge sévère etdélicat ». Impatienté, Chateaubriand lui écrivit, le i4 septembre :

«Eh bien, monsieur, ma chanson? Je pars; si vous voulez que je revienne, il faut que j'emporte vos ordres. Il faut aussi que je vous réponde, et j'ai besoin d'avoir sous les yeux mon acte d'accusation.

(t) n Kigoait alors : a Le paysan de la VaUée-aux-Loaps, »

BinANGBn ET CHATEAUBRIAND

« Hyacinthe ( I ) est chargé de voas faire mations respectueuses et de réclamer mon

« Si je ne vous revois pas, monsieur, re< qu'à mon retour mes remerciements et me tiens aussi vives que sincères (2). »

Cette chanson n'était donc pas imprimi Chateaubriand repartit pour la Suisse. Elle que quelques jours plus tard, parles soii braire Ladvocat, qui en fitfaire des placardt journaux (3), à l'insu de Déranger, comme de sa correspondance avec Henri de Lato

Mais que Chateaubriand l'ait emportée n ou imprimée (4), la chose en elle-même ■ importance. Ce qui en a beaucoup, au conti l'intrigue amusante qu'il noua, entre son , son retour, pour avoirle droit de dire qu'en eu France il cédait à la pression de l'opini que.

(i) Hyacinthe RIorge, son secrëtaire.

l»)Correip. de Béraagtr, t. II.

(3) EII« pamt dans It National du ai septembre i83i,

• M. Ladrocat, éditeur da Nouveau Diable boiteaa:, ootu une cbaQSOD de Bitaogtr destinée k faire partie des prei song de son recueil. Cette chanson, adressée i. M. de Ch est an hommage rendu aux nobles sentiments de ce grand rira longtemps l'alliance impossible de la liberté et de Le potte, dont de tristes mécomptes avaient, depuis un i Terre, a retronré ses patriotiques inspirations pour coo exilé à se Touer désormais uns partage au service d'u n'est jamais ingrate envers l'homme de génie. ■

(41 Et II est évident qu'il l'avait emportée manuscrite, i stlantion délicate, Bérsnger l'avait datée da jour même bciuid quittait de noovean la France (i^ septembre i8i tSa, U date qu'elle porte dans le National.

iit d-OcU

Chateaubriand, pourquoi fuir Fuir notre amour ({), notre ei N'entends-tu pas la France qi a Mon beau ciel pleure une é

Où donc esl-il ? se dit la tend Battu des vents que Dieu seul Pauvre aujourd'hui comme le Il trappe, hélas I au seuil de

Proscrit jadis, la naissante A Nous le rendit après nos long) Kiche de glaire et, Colomb pi ~ ' a monde étalant I

Le pèlerin de Grèce et d'Ionit Chantant plus tard le cirque ( Noua revit tous dévots à son | Devaint le Dieu que sa voix Ci

De son pays qui lui doit taot Lorsque la sîemie eu pleurant Il s'enquérait aux débris des Si des Français n'avaient poî:

C'était l'époque où, fécondant La grande épée, eFIroi des na Respleodissante au soleil de I En fit sur nous rejaillir les ri

Béranger avait écrit c ton unoor « Iw » et étranger loi dit qne c'était n ilit le mot primitif.

J'ofire aujourd'hui, pour prix de mou ivresse, Un peu d'eau pure au pauvre voyageur.

Chateaubriand, pourquoi fuir ta palrïe.

Fuir son amour, noire encens et do9 soins 1 N'eoteads-tu pas la France qui s'écrie :

Mon beau ciel pleure une étoile de moins ?

Des anciens rois quand revient la famille.

Lui, de leur sceptre appui religieux, Veut aux Bourbons faire adopter pour fille La Liberté qui se passe d'aïeux.

Son éloquence à ces rois fit l'aumône ; Prodigue fée, en ses enchantements, Plus elle voit de rouille à leur vieux trône. Plus elle y sème et fleurs et diamants.

Mais de nos droits il gardait la mémoire ; Les insensés dirent : « Le ciel est beau, Chassons cet homme, et soufflons sur sa gloire. Gomme au grand jour on éteint un flambeau, u

Et lu voudrais t'attacher à leur chute I Connais donc mieux leur folle vanité :

Au rang des maux qu'au ciel même elle impute. Leur cœur ingrat met ta fidélité.

Va; sers le peuple en butte à leurs bravades, Ce peuple humain, des grands talents épris, Qui t'emportait, vainqueur aux barricades, Comme un trophée, entre ses bras meurtris.

He sera que lui. Pour lui ma voix te somme D'un prompt retour après un triste adieu.

Sa cause est sainte : il soufire, et tout grand homme Auprès du peuple est l'envoyé de Dieu.

Chateaubriand, pourquoi fuir ta patrie,

N'enlends-tu pas la France qui s'écrie :

a Mon beau ciel pleure une étoile de moins ? »

On connaît la réponse de Chateaubriand à Béranger. Datée de Genève, 24 septembre i83ï, elle parut dans le National du 26 octobre et, cinq jours après, à la librairie Le Normant, en tête de sa brochure intitulée : De la nouvelle proposition relative au bannissement de Charles X et de sa famille . En voici la conclusion :

n Enfin, monsieur, les organes de l'opinion, presque tous les journaux ont témoigné de mon absence des regrets dont je me trouve singulièrement honoré. Votre éloquence, prodigue fée, vient à son tour orner de fleurs de diamants non pas mon vieux trône, je n'en ai point, mais mon vieux bâton de pèlerin; comment serais-je invulnérable à la flatterie d'une muse qui a dédaigné de flatter les rois ? Quand cette muse me somme d'un prompt retour,je me sens très disposé à la suivre dans son temple, c'est-à-dire dans ma patrie. «

Et, en eff'et, Chateaubriand était si pressé de mettre fin à son exil volontaire qu'il rentra à Paris avant même que sa lettre eût vu le jour.

Ce ne fut pas pour longtemps, du reste. Depuis l'avènement du roi Louis-Philippe, c'était à qui, parmi les légitimistes et les républicains, aurait dit au nouveau souverain les choses les plus dures. Usurpateur pour les premiers, il n'était qu'un escamoteur pour les seconds. Et le National de Carrel lui faisait une guerre sans merci. Mais rien n'égalait la morgue hautaine du vicomte de Chateaubriand.

BÉHANGEn ET CIl:lTEAUBniAND

Quant fut publiée sa brochure, on crut qu tère lui mettrait la main au collet. C'étail M. Thiers avait encore certains égards \ se réservait pour une occasion meilleure - Tout à coup on apprend que la duchesse « fait son apparition en Vendée. L'occasion semble venue. Un matin, M. de Chaleaul arrêté avec MM. Hyde de Neuville, de Fiti Berryer, réputés ses complices. C'était 1 i832. Béranger fut navré, Hortense auss taient pas au bout de leurs peines.

Après quatorze jours de prison préventi douce d'ailleurs, — Chateaubriand fut liberté. Qu'allait-il faire? Écoutons Bérang vait, Je 2 juillet, à Hortense :

« J'ai été voir notre ami deux fois dans due prison, il me paraît bien enfant. E qu'il a besoin de gloire et de bruit I Du ï fort spirituel et fort aimable. Mais il ne d écrire si souvent dans les journaux. Sa lettre, datée de la prison, le met dans la pour être conséquent, de sortir de France, que le voilà libre. Heureusement, les încon ne lui coûtent pas. Je voudrais bien qu'il n Il fait semblant de m' aimer; moi, je lui ment attaché, mais je ne puis prendre sur lui prouver autant que je le voudrais (r).)

Béranger commençait A regretter sa cha

(i) Lttlrei choisia de Béraager. — Voir VAppeadû

l5o H0RTBN8E ALLART DB M^AITENS

teaubriand, « pour être conséquent », fit donc de nouveau ses malles. Le choléra sévissait à Paris : c'était le moment de voyager. René alla dtner avec Hortense à VArc-en^ciel et repartit pour la Suisse, où sa femme et puis M™« Récamier le rejoignirent. On Vj croyait installé définitivement, quand le voilà qui débarque à Paris sans tambour ni trompette... Qu'est-ce que je dis là? C'est au milieu d'un bruit énorme, provoqué par une lettre de lui aux directeurs de journaux, qu'il fit sa rentrée dans la capitale. Et quelle en était la cause? Un fait très grave, il faut en convenir. La duchesse de Berry avait été arrêtée à Nantes, et Berry er était allé à Genève en instruire Chateaubriand. En présence de cette situation, il n'y avait pas à hésiter. Du moment que Chateaubriand s'était constitué l'avocat de Henri V, sa place n'était plus à Genève, mais à Paris.

Cela se passait au mois de novembre 1882. Le mois suivant, paraissait le Mémoire sur la captivité de la duchesse de Berry, qui contenait l'apostrophe fameuse : « Madame, votre fils est mon roi ! » Quelques journaux, l'ayant imprimée, furent traduits devant les tribunaux. Chateaubriand fut enveloppé dans la poursuite. D'où grande colère de Béranger. Le 22 février 1 833, il écrivait à Hortense AUart :

(( Concevez-vous le procès fait à M. de Chateaubriand ! Quoi ! la brochure paraît et elle passe sans poursuites, et à propos de je ne sais quelle visite qu'on lui fait, le voilà en jugement pour cette même

brochure ! Je suis sûr qu'il est loin de s'en affliger. A sa place, je m'en réjouirais. Pourtant une chose m'inquiète. Selon moi, une fois sur les bancs, condamné. Or, la prison ne lui va pas du i lui faut la liberté matérieile; la vue d'un verr lui agacer les nerfs. Comment fera-t-il pour trtHS mois (il ne peut être condamné à moin; quatremurailles? Je crains pour sa santé. Il pas assez aux témoignages d'attachement et rêt pour qu'ils lui soient une compensation sul Vraiment ces réflexions m'affligent, et v m'en dites pas un mot ! Je voudrais qu'on donner un remplaçant en prison, je serais son 1 Moi, cela me va. Dites-lui que, si on veut f arrangement, mon paquet sera bientôt fait, j'aimerais mieux me voir encore là que lui.

assure qu'il y sera malade. La captivité au vite dissipé tout ce qu'il aura eu de plaisir fier Henri V devant le tribunal. Mais, enco fois, concevez-vous des stupides comme les g nous gouvernent I Chateaubriand en prison 1 victoire (i) ' »

!1 n'y était pas encore, et Béranger se to tait bien mal à propos. En tout cas, Chateat envisageait cette éventualité d'une façon plusj( 11 avait écrit à Hortense, le 28 janvier ;

« Mon amie, ne comptez pas sur ma vis

il) Lettres ckoaies de Béranger. — Voir a l'Appendice.

je suis cloué chez moi dans Tatlente de is uns disent qu'il viendra me signifier ; la cour royale, les autres qu'il ne vien- [u'on veut me tenir sous le coup de la ■ me laisser le temps de la fuite. C'est

connaître. Il faut que je sache un peu pour fixer le jour de notre dîner. Si je es jours en prison, je veux vous dire

Je pense que vendredi, sauf accident»

ur possible parce qu'alors, si je n'ai er de rien, il est probable que les choses stées là. Votre infidélité veut-elle bien ; de baiser ses pieds (i) ? »

donc I... Cependant, n'ayant rien reçu iriand le lendemain, « Son Infidélité a quiétude. Elle en fut tirée, le 3o au soir, mot:

de recevoir r assignation pour demain, : votre billet. Vous voyez que j'ai plu- >vous. N'allez pas me traiter d'infidèle, ai demain après l'entrevue, pour vous en sommes et si je serai libre vendredi.

;ôtW. .

înement ne leur permit pas de dîner i 3i janvier, Chateaubriand écrivait :

nterrogé, j'ai refusé de répondre en ce

qui me regarde, j'ai répondu en ce qui tou jeunes gens inculpés : je crois qu'il y aura J'irai vous voir aussitôt que la tempête sera apaisée. Je vous écrirai. De votre côté, écri' avec toute la douceur de vos trompeuses pan procès, s'il y a lieu, ne pourra être plaidé a' mois ou six semaines ; ainsi je verrai naître a\ les premières fleurs du printemps. M. Béran envoyé son petit volume (i), je l'ai dévoré; j; n'a rencontré tant de talent et de charme, commencer Valentine.

Vous vieillirez, t ma jeune matiresse.

Vous vieillirez et je ne serai plus !

« Voilà ce qui me vengera de votre trahisi Valentine était un 'roman dont Chateai avait entretenu plus d'une fois Hortense; — même qu'il lui destinait le principal rôle. — I affaires de la duchesse de Berry ne lui laissèi le temps de l'écrire. Acquitté en Cour d'ass 37 février i833, il partit presque aussitôt po gue, où il plaida près de Charles X la caus

. . . < J'ai conm TiM i M que je cooDaisiais. Le Vitax rAlchimùU, le Jaif errant Boat des chefB-d'ceDTre de got timent et de philosophie. Je ne sais que tous dire du reat plaît également... Dans le son de votre joyeuse lyre il j chose qui m'atlendrit; votre talent a cooservé toute sa jeoc une jeunease qui a traverst le temps en apprenant la vie. V lez mieuxque jamais du fond de vos années. ■

1 Henri V. Et quai MXuper de la rédac : temps, il avait eu a grâce d'Hortense naissance avec Bér;

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