CHAPITRE IV HORTENSE, SAINTE-BEUVE ET Mme D
L — Sainte-Beuve et le Cloa d'or. — Comme q tr«fait suite é celui de M>db d'Ârbouville dans a Sainte-Beuve. — C'est Béranger qui avait mis 1 que enrapports avec Hortease. — Le pied-à-terr
rueSaint-Nicaiae. — Ses premières lettres i Sa! Sentiment qu'elle éprouve pour lui. — H lui fait vers qu'il a publiés à la suite de Joseph Delon quoi Sainte-Beuve se contenta de piauler n le cic Horlense. — Influence de M. Mole sur lui.
nécessité. — Hortense et M"* d'Agoult.
II. — « La Corinne du quai Malaquais. ■ — Soni Bmivc à la comtesse Marie, — Fut-il l'amant -le M
— Lettres de Mme d'Agoult à Hortense et à Sai: Lebmann et Charles Didier. — A propos d( Lacresia cldt Nélîda. — Hortense prend parti [ gault contre George Sand et la raccorde avec i
— Lettres inédites d'Hortense à ce sujet. - M"» d'Agoult à Herblay. — Saînle-Beuve I' Lettre inédite de Mm'd'Agoult sur Port-Royal. goult jugée par Barbey d'Aurevilly. — Comme autre chose qu'un bas-bleu et qu'un « pantalon
ai, — Lettre inédite de Sainle-Beuve à Horter demande de rester sur <i le clou d'or n. — Hori malaisément son parti. — Sa correspondance I lui, — Son opinion sur Bayle, Senancour et Joi faible pour Cicéron et Tacite, — Les homn coDlemporaîns qu'elle préférait. — Ghalam et qu'elle pensait de Hume. — C'est elle quiproci
1res de Bonstetten i Mignet et Sismoit< le baleine. — Ce i YHittoire du Co
— Ses lettres sur , e le livre de la priD
logme catholiqae. — Son opinion sur ce livre, t définitif qu'elle portait sur le Port-Royal de e. — Elle lui reprochait de préférer Lucrèce àVir^ tre inédite à ce sujet. — Comment Sainte-Beuve les différentes mues. — Le Cjgne de Léda. — id hommage au désintéressement et à la sincérité «ve. — Pourquoi brûla-t-elle les lettres du graod ■ Perte irréparable.
vre sur Sainte-Beuve était encore à faire, ce chapitre à la suite de celui que j'ai A"' d'ArbouvilIe. Il le complète, en effet, t important, qui est « le clou d'or ». On is attachait à ce mot le grand critique, jr, disait-îl, vers l'âge de trente-cinq à is, et ne fût-ce qu'une seule fois, une n connaît depuis longtemps et qu'on a ce que j'appelle planter ensemble le : l'amitié (i). »
inte-Beuve, l'amitié entre homme et it durable qu'à ce prix. Il fallait, suivant n'y ait pas toujours eu amitié pure et à un moment aussi court, aussi fugitif iidrez, la passion ait parlé, qu'il y ait eu J>lesse. 1) Lorsqu'il disait celaà M™ d'Arcrois qu'il l'avait expérimenté avec Hor i d^or, publié par JdIm Tronbat, chez Calmann Lévj.
SAINTE-BEUVE ET iiX^B d'aGOULT I77
tense. Mais M™® d'Arbouville avait de Tamitié une ponception plus pure ; s'il est vrai, comme il Ta écrit îiî-même, qu'elle ne sut pas être entièrement son amie (i), elle ne l'en aima pas moins à sa façon, qui fut très noble et très touchante...
Un vieil adage conseille à l'homme de rester sur sa faim. La sagesse, en amitié, consistait, aux yeux de M™« d'Arbouville, à rester sur son désir. Malheureusement, Hortense ne fut jamais maîtresse du sien. Quand il était un peu trop vif, au besoin elle le faisait naître chez l'ami qu'elle voulait posséder.
Tout d'un coup un regard humide Avertit tendrement qu'il est temps de s*aimer,
lui 'disait Sainte-Beuve dans une pièce de vers que nous trouverons plus loin. Et comme elle était très
(i) n écrivait, le 3 avril i853, à M™«du Gravier : <( A toutes les questions sur M""* d'Arbouville, je crois qu'il n'y a qu'une réponse : Elle avait l'imagination I elle avait la foi et le génie ! avec cela, on pleure, on rit, on s'intéresse à des créations nées de nous-mêmes, on les fait vivre aux yeux de tous, on y met de soi et Ton ne s'y met pas tout entier : c'est là l'éternel mystère. Sa soufiFrance réelle était sa laideur : elle la recouvrait d'un voile éblouissant d'esprit, de bienveillance, d'agrément. La louange lui était très chère et la consolait de beaucoup de choses. Elle était très dépendante du monde et de l'opinion. Elle dépendait des salons, elle qui valait mieux. Elle avait une source naturelle et sincère, une source qu'on peut appeler créole de bonté, un trésor de sensibilité qu'elle n'avait placé k fonds perdus nulle part : cela se retrouvait et circulait dans les oeuvres de sa composition et de sa fantaisie. Ma plume est trop lourde pour parler d'elle aujourd'hui : excusez-moi, nous en reparlerons à quelque heure vague de l'après-midi. Elle voulait plaire et être aimée plutôt qu'aimer. — J'en sais cpielque chose. » (Lettres inédites de Sainte-Beuve à M»* da Gravier, publiées par M. G. Michaut dans la Revue latine du a5 septembre 1905.)
s'eiBpressaît généralement de répondn
<DS de Sainte-Beuve avec Hortense AUart à l'année iS3i. C'est Béranger qui les es l'un à l'autre. L'année suivante, Horiniquait à Sainte-Beuve, pour l'aider à
ami commun plus au vif, la lettre de r le Grenier, que j'ai donnée chapitre |,et Sainte-Beuve lui procurait une loge lière représentation du Roi s'amase (3).
lit alors au plus fort de sa passion ! r. Cependant Sainte-Beuve lui plut e par sa conversation diserte, sa parole lesurée, la richesse extraordinaire de intellectuelle. Longtemps après, elle iorge Sand qu'il avait a toujours été les choses divines (3) ». Comme elle Ile-même ce divin tourment, je ne serais pi'elle ait voulu l'aviser, — ou l'entremd, en i84i, elle se jeta dans les bras loseph Delorme ». Elle était libre, à ce
aussi. Dix ans plus tôt, il lui aurait lanteau, comme il ât à George Saud, irait, le cœur plein d'une autre image!
SAiNTB-^isirw ET Mme d'a<goult 179
Gela ne Tempêcha pas d'ailleurs, d'ap{»>écier sa beauté, son mérite, et de louer son roman de Sextus dans la Revue des Deux Mondes {i).Mais il ne sentit réellement tout son charme que dans Tépanouissement de la quarantième année. Elle venait d'accomplir son second voyage en Italie et, tout en habitant le bourg d'Herblay, elle avait loué rue Saint-Nicaise, à deux pas de la maison où le père de Béranger avait tenu jadis un cabinet de lecture, un appartement à THôtel du Rhône, où elle prenait plaisir à recevoir ses amis. C'est là qu'elle revit Sainte-Beuve. Il lui fit passer en causeries des journées si charnaantes, que, pour être plus seule avec lui, pour en jouir davantage, elle l'invita à venir la voir dans sa petite maison d'Herblay (2).
Les premières lettres d'Hortense au critique des Lundis sont de cette époque. 11 eût été fâcheux qu'il les eût anéanties, car elles lui font encore plus d'honneur à lui qu'à elle, et elles prouvent — comme je l'ai soutenu mainte et mainte fois — que Sainte- Beuve, en dépit de sa laideur proverbiale, eut autant de succès auprès des femmes du monde que s'il avait eu sur les épaules la tête olympienne de René (3). Il est vrai qu'il était de sa race I
(1) No du i5 mai iSSa.
(2) « J'ai connu peu d'hommes qui savaient causer, a-t-elle écrit dans ses Notes inédites. Sampayo, Librî, Passy, Saiate-Beuve. Quant à Chateaubriand, il ne discutait pas, ii plaisantait doucement, il était fin, agréable, mais il ne traitait pas une question. Je n'ai vraiment causé qu'avec Sampayo, Libri et Sainte-Beuve ».
(3) Peut-être même est-ce pour cda qu'il avait conservé cette correspondance. En tout cas, elle détruit radicalement certaine légende
tense lui écrivait d'Herblay, le 2 1 août t84i: parte avait de saintes lois, Cicéron parle de é, les anciens se servent du mot sacré, il ne me pas dire que le christianisme a tout décoat en fait de sainteté même, l'Inde était aussi ue lui.
ms êtes scrupuleux, êtes-vous saint? Le scru-
ne sera jamais saint pour lui. Moi qui ne
sainte ni scrupuleuse, j'aime à nager dans ies-ià, et j'aime à y nager avec vous. Vous
dit que j'étais très pure, et je vous trouve ïf quand vous vous livrez vous-même avec
grâce et de modestie. Où votre naïveté ne .t-elle point entraîner ma pureté, si elle n'était me rangée sous de saintes lois? La naïvelÉ reté aux prises 1 Mais qui sait les chemins, et heminst où elles ne s'engageraient point!
a une chose agréable par-dessus tout dans ce e copies, de rôles, de statues, c'est l'orîginabien que tous ayez sans doute marché parfois elque étendard, il y a un fond chez vous très l, en même temps qu'il est très spirituel, très '.s aimable et très doux, st à l'âge où nous sommes, d'ailleurs, que le •e se dessine tout à fait, et qu'on connaît son
sts conquEUs fémiDiaes. S'il faulen croire M. G. Miehnk : état an cour* du Livre d'amoar de Saintt-Btaue (p. 307}. ;c1aré, dans un paissge de ecb CaAisri inédits, qu'il n'avait Bsédë qu'Adèle. J'en conclnsque ce passage était écrit aTintii icHorteiiBcetque ses fameux Cahiert — une des richesse' du ci>mtede8poïU>erchdeLoTei>joul— n'étaient pas tenusàjonr.
SAINTE-BEUVE ET VL^^ D*AGOULT l8l
chemin et tout. Vous disiez très bien, Tautre jour, que si le sort vous avait préparé la politique, vous en eussiez fait avec plaisir. C'est ce qu'il faut à l'avenir en France, que le pays prépare et offre la politique aux hommes distingués. Mais si vous l'appelez un peu, elle viendra.
a J'ai repris canem sensium,il y a dans la loi allemande qui primas currit, l'autre dit grand chieriy puis-je y mettre chien dressé? Pour le payer autant qu'un esclave il fallait qu'il eût un mérite. La femme se payait 600 sous, et l'homme 200. Mais la femme qui n'avait pu avoir d'enfant, et la femme après 4o ans ne se payaient que 200, comme l'homme. Il semble, à voir leur loi, que la femme fesait les enfants à elle seule. A la loi de combat, ils disent : « Si la femme est guerrière, elle combattra. » Donc il y avait des femmes guerrières, donc il y avait des amazones. Que les détails de nos lois, la procédure, l'héritage, etc., soient antipoétiques, vous avez raison ; mais cette société guerrière, rustique, forte, qui en est aux lois de la nature plus qu'aux lois sociales, à la poésie d'Homère ou d'Abraham plus qu'à la vie civile, certes elle est intéressante et pittoresque ou rien ne l'est. Ils n'ont pas le seul chien sensium^ ils en ont de trente espèces avec des noms allemands. Je reviendrai avec vous sur ce gros livre. Montesquieu appelle ces lois « d'une simplicité admirable ».
« Adieu poète, adieu penseur, adieu chrétien, impie, incrédule, adieu homme naïf 1 j'espère vous voir bientôt. Demain samedi, à 4 heures, vous trou-
oiture d'Herblay. Mais vous êtes peut-être
vre ma lettre pour vous dire qu'il m'est ■éable d'écrire tout cela à M. Delorme, que ais point (i). »
le ton général des lettres d'Horlense à ve : de la critique littéraire et philolol'histoire, de la politique, de la morale...
ché sur un fond de sympathie et d'amilié
qui chaque jour ira s'accentuant davanelle fut ensorcelée comme les autres par sa :e, ses airs de petit saint qui n'en veut qu'à
façons discrètes de s'y insinuer de proche
Hortense fut peut-être la seule capable de Le, de discuter sur toutes choses avec lui, sser à l'occasion et de lui donner, sur les iciens et modernes, de belles et bonnes
nt, Sainte-Beuve, n'ayant pu se rendre à ion, pour raison de santé, reçut d'elle la ttre que voici :
Herblay, 24 août 1841 ,
maladie c'est le talent, permettez-moi de 'en inquiéter. J'espère vous donner à dtner,
tre inédite élait adressée à « Monsieur Delorme, coar n» a, près la roe Sainl-André-des-Arts ■. On sait qot Tétait caché lA, en i&3t>, pour éviter, s'il faut en cran rvées de la garde nationale. Il y resta jusqu'à soo iiothèque Mazarine.
SAINTE'BEUVS ET Hms d'aOOUI-T
hôtei du Rhône, à la fin de la semaine, je ne ai plus attendu ici avec la pluie. J'Irai à Paris prendre des livres, et je vous écrirai alors.
« Vous m'avez fait des verel J'en suis cui envoyez-les moi donc tout de suite par la post
« Vous dites donc chien de meute,ce n'est pi et vaut peut-être mieux que chien dressé; cèpe ce dernier terme est plus vague ; le vôtre vei de chasse, et je ne sais plus si le sensium ■ chasse. Cela s'éciaircira par d'autres passages là. Je suis indignée de la loi des Visigoths, k basse, pédante et bavarde. Les barbares ne fra de coups que les esclaves ; les Visigoths fra l'homme libre. C'est en comparant les lois des i barbares à celles des Visigoths que Monter trouvait les premiers d'une simplicité admirabi Visigoths ne sont pas simples, ils imitent m Romains, ils n'ont rien de la valeur et de l'ind dance primitives des Goths.
« Voici, monsieur,cequefaitl'amazone, tand vous êtes couché sur le dos. Mais vous m'avei pelée à temps quand j'allais m'égarer, et je suis nue en paix à la meute primi cursalis (sensu
u Vous m'avez dit très bien que les vers é favorables, et qu'il fallait un cadre ainsi pour U sëe. Mais je ne fais pas de vers et je vous eavo place, une chose qui ne vaut peut-être pas ievo vous en allumerez votre feu. A la place de : o ( hache, il faudrait peutr-être : la hache du culti\ attendri, etc., etc. » — La phrase : a Ils se pi
des autels, etc., etc. » est à refaire.
et demanderait beaucoup de soin et ■ais quelques observations à tous faire
vos derniers vers, « La volupté rage »
1ère. N'avez-vous pas de mot plus déii-
enfîn deux passages qui ne me semz clairs. Ce sont les couplets ou versets tre côté vous me direz si mon genre va.
entôt,
après, Hortense était à Paris, et le lenj août, — à l'issue d'un dîner en tête à !uve recevait le prix du sentiment qu'il
3ins ce que nous laisse entendre cette
an Hare-Âurili qa'^t m'avait demiDdé.
e stoïque et sa mâle sagesse lur d'im présent plus doux :
lire Aspasie ou vous, :' à tels noms, le soir d'une caresse latin d'un rendez-vous.
Irais chapeau, parure des bergères, I ruban bleu nouant vos cheveux blonds, i, Hypatie, et la terre et les sphères, courezaux plus grands noms
SAINTE-BEUVE ET MlOÔ d'aGOULT i85
Jamais de TuUius et de son éloquence, De ses bons mots qu'on applaudit^ Et de sa vanité bien moindre qu*on ne dit Et de ses nobles dons chers à tout ce qui pense,
Jamais de Charlemagne et de nos vieilles lois. De certain Gondebaud, le Numade nos bois, Jamais du droit salique et du rang de la femme, De cent objets divers, et de tous avec flamme.
Je ne me suis vu tant causer Qu'auprès de vous, ce jour, lendemain du baiser !
Il est doux, quoi qu'on dise, avec celle qui charme D'échanger plus d'un mot, de croiser plus d'une arme. De parler gloire et Grèce et Rome, et cœtera. Pourvu qu'en tous propos la grâce insinuante Mêle je ne sais quoi de Ninon souriante Que Dacîer toujours ignora (1).
On écoute, on s'enflamme. A vous sur toute chose
La politique plaît (2), et pour vous plaire on ose ;
Sur un fond de désir je m'y sens animer;
Pitt ou Thiers, peu m'importe, et ma verve est rapide.. .
Tout d'un coup, un regard humide Avertit tendrement qu'il est temps de s'aimer.
Plus d^un, en lisant ces beaux vers, à la suite de Joseph Delorme, dans Tédition définitive, se sera demandé à quî ils étaient dédiés et ce qu'ils signifiaient au juste. On le saura désormais, surtout si Ton prend
(i) Allusion à une lettre que lui avait écrite Hortense, le 7 octobre i84i:« Voulez-vous toujours Ninon-Dacier?» et qui était suivie d'une citation empruntée à M"« Dacier.
(a) Sainte Beuve écrivait à M"« de Solms, le 27 octobre 1860 : « M™* Hortense AUart était très libérale et se croyait appelée à je ne sais quelle influence politique... » (Lettre publiée dans le Correspondant du 10 août 1907.)
HOKTENSK ALLART Dl HËHIreNS
lire ce qu'Horlense écrivait à Sainteleptembre 1 84 1 •
: si commode, pour ne pasdirede si doux e un instant à un poète. Si l'on donne uTres aperçus sur ce grand Pascal, on si l'on parle des Dieux, c'est bon ; des icore mieux. On a des yeux, qu'ils sont Tont admirable ; des cheveux incroyai pas i5 ans, on est une enfant ; on est va voltiger. Allez, inventez, créez, je ; faire, je sais que les poètes ont de paje m'y prête avec complaisance, et pour 1er, j'ai toujours en vue, pour garder une destie, le grand esprit que vous trouvez
*e race que celle des poètes ! Ne croyez
'aime pas du tout les vers ; il y en a qui
t et que je sais presque déjà par cœur
oiume (2), ceux-ci, d'abord :
charmant, douce espérance !
es paroles de Milton. Surtout, surtout,
'>ésie, et Retour à la poésie,
uche alors aimait redire,
lirable jusqu'au bout.
t, â Phëbé, quand tu n'oses,
[u'au bout et Hamlet.
it.
I et Peiaiu de Joseph Delorme.
« Aussi ^ il loisir qui est plein de grâce. Les morceaux sont, il me semble, la poésie même, c'est très soigné, point de la nouvelle école, c'est ce fère jusqu'ici. Et vos sonnets à la façon d»
me plaisent parfois. La mesure des vers i à la poésie vous est heureuse, vous vous parfaitement, et elle me semble douce à 1
« Ceux que vous m'envoyez sont charn Numa de nos bois », très bien, et Cicëri cela. Montrez-moi les vers du Coffier et a cours d'Herminie dans l'original où je voi si c'est aussi doux et profond que dans le
« L'adresse de la voilure de Pontoise poi est rue dafaaboarff Montmartre, au coii de laJussienne.El aussi une de Pontoise,/-) gaeil, hôtel Saint-Christophe. Elles parten 8 heures du malin. Le soir il y a une voitu conville,qui n'est qu'à moins d'une heure 2 ou 3 francs vous feriez le voyage. Essayi ces voitures-ci; elles vous laisseront à la p et si vous dites te jour, on ira à votre rem
« Avez-vous suivi le Parlement anglaise intéressant, Pecl plat comme ceux qu'il I l'ensemble très noble.
« Adieu, continuez de créer sur le mêr et écrivez et venez (i). »
Et Sainte-Beuve écrivait, mais ne venait]
lis le verrons tout à l'heure. Horlense s'en |
disant :
'la Devenez pas demain soir mardi,je croirai
me trouvez coupable ; venez, car je ne le t. C'est vous qui avez tout fait, c'est vous
jeté au vent une parole sérieuse qu'on a trop facilement en se flattant, je ne sais , de fixer un homme de l'esprit le plus ie l'âme la plus délicate. En vous avouant
sur ce qui s'est passé cet été, j'en suis plus le pour vous dire des choses tendres sur le [u'on aurait trouvé auprès de vous. Mais si hésite, la vie nous presse et se hâte, et les sentiments seuls ont poussé des racines peut arracher en dépit du sort.
1 m'avez rendue plus hardie pour quitter un [ue j'ai trop aimé et que je craignais beauus avez enchanté des jours qu'il ne char- ), mais on était bien aise aussi de l'appeler us, et de renaître à lui quand vous mon- 1 n'y avait pas d'avenir avec vous (i).
ise voulait parler de Bu Iwer, qu'elle ne cessa de voir qD'en
ue temps aupararaal, elle écrirait à SaÎDle-Beuve : ■ donc ce dtDer?Eat-ee chez Bulwer? Ceetce que jecomiropos de qaoiî Marie y ëtail-elle? 11 Boupçonae ce qui mire nous: tous a-t-il été très aiinahleî car entre hommei nd furieux, jalous, au midi, mais au nord plus «imables rs les autres. ■■
le cessa de voir Bulwer, elle resta en correspondance avec la fin. On lit dans ses Noies inédites; ■ Henry veut venir ilëry), je refuse. Le samedi, 17 août (1S67J j'envoie i, mes ne comte Henri. J'attache quelque Importance à celte noase d'Henri et pour les idées que j'y mets. Elle a ét^ imprl-
SAINTE-BEUVE ET M^e d'aGOULT iSq
« Il n'y avait rien parfois qui m'eût paru si doux que de vivre pour vous ; de soigner une santé dont vous vous plaignez souvent, de descendre (ou monter) dans cet intérieur où vous vivez solitaire avec vos rêveries et votre sensibilité.
« Je n'ai jamais compris cette soumission où vous restez au sort contraire, aux privations de tous genres dans le sentiment qui vous tient fidèle. Ce dévouement est beau^ mais il n'est pas dans la nature.
« Il n'est pas de votre âge encore trop jeune pour certains sacrifices.
« Que veux-je en vous disant tout ceci? Simplement vous montrer que tout fut votre ouvrage et que j'ai eu un penchant bien tendre vers vous. Si vous blâmez ma conduite, blâmez aussi les complications delà vie, vos hésitations à vous-même, ce qui vous éloignait, le premier, et les plus beaux jours de cet été ont été dus à vous seul. Peut-être vous avez trouvé entre nous bien des différences, moi je ne les sentais pas, mon âge n'est plus celui où l'on entraîne les hommes, aussi je serai contente de ce qui est arrivé, s'il en reste quelque tendresse entre nous, etde mon côté pour vous un sentiment que bien rarement j'ai vraiment senti.
« Venez ce soir ou je vous croirai fâché. Venez donc, venez (i). »
mée lentement : je la donne pea à peu parce qu'elle est très hardie sans qu'il y paraisse trop... J'envoie à Henry cet éloge de lui par lord P. en plein Parlement, et le vendredi, 28 août, j'en reçois des Eaux- Bonnes une lettre de remerciement. »
(i) Lettre inédite.
tplus celui où l'onentralne les hom- Dur cette raison que Sainle-Beuve, : reçu le baiser d'Hortense, reculait retrouver face à face avec elle ? Je ne tous ceux qui l'ont connue s'accorle était très belle encore à quarante avait perdu de sa fraîcheur et de sa !lait compensé en elle par l'attrait telligence. Aussi bien Sainte-Beuve lans le même temps à deux ou trois ji n'étaient guère plus jeunes et pas Mais peut-être s'élait-elle donnée à 'homme le plus entreprenant n'aime ui se rendent sans résistance; un } jours ne lui est pas désagréable :
ttiser le feu de ses désirs. Et puis e qualité qui pour un homme comme it un vice incorrigible : elle avait t trop de critique, elle était trop I bon garçon, pas assez femme. Il r les créatures un peu langoureuses i femmes « à la Staël » ne lui plailes choses de l'espril. Enfin, pour usée, je crois qu'il était entré dans se plutôt pour satisfaire sa curio- 1. Comme il le suivaitdéjààla trace, par le petit chemin couvert où avait iand, pour pouvoir en parler en ause. Hortense,qui n'était pas bête, Ire compte, mais elle fut lon^e à
SAINTE-BEUVE ET tiViQ d'AGOULT IQI
en prendre son parti, et elle en conçut un vrai chagrin, car, ainsi qu'elle l'avoue plus haut, elle avait pour Sainte-Beuve un sentiment qu'elle avait rarement éprouvé et qui éclate dans toutes ses lettres.
Le lo octobre i845, elle lui écrivait :
«... Nous voilà tous deux, connaissant bien notre état, vous, amant désabusé, moi éprise devons, mais inquiète de l'autre (i). Nous avons pour nous consoler notre esprit, notre connaissance; c'est une belle chose, nous sommes des sages, des stoïciens, ce sont les meilleurs, les plus désintéressés. Vous avez tout ce qui peut au monde me charmer le plus; votre talent est de ceux que je préfère,vous avez la profondeur et quelque chose de si élevé, de si doux, que je vous ai trouvé tout ce que vous dites de votre André Chénier que vous surpassez bien du côté de la pensée et des autres écrits. On ne peut pas mieux parler de ce qui est beau,on ne peut pas y être plussenble, ni rendre ses émotions dans un plus beau langage.
« Je n'attends pas beaucoup de vous pour moi, je vous admire avec un certain désintéressement, je ne crois pas être des femmes qui vous plaisent le mieux, il faut autre chose, je ne sais quoi, que je n'ai pas, je vous inspire plutôt l'amitié. Je ne crois pas non plus que votre vie sera désormais, comme vous dites, froide et sans amour. Non, vous aimerez encore. Bah! cette race de René ne cesse jamais, et
(i) « L'autre », c'était toujours Bnlwer.
dit ; « La jeunesse i •. sont complets que /ivur eue,
en son retard, s'il les rencontre, les acca-
uiolents, et plus amassés. Ainsi chacun ï amour souverain et par/ait, s'H aime I. — Vous aimerez encore, mais je ne serai
heureuse femme qui sera aimée de vous, s les premiers temps de notre rencontre,
quelquefois : « Ahl si j'avais cinquante épondais :« Que n'en souhaitez-vous vingt- Jisait :« Non, cinquante I » Il n'aurait pas
osé souhaiter l'âge où vous êtes... (i).»
int,à ses appels réitérés Sainte-Beuve était , même il avait profité de son refour pour in peu plus le bienheureux « clou d'or », e par le billet d'Hortense où se trouvent finales :
,ce lever de l'autre jour, comme vous l'apun des jours les plus charmants de ma vie
reproche secret que je pouvais peut-être r, mais voilà votre genre à Paris, je n'en esponsable, la faute en est au janséniste,
j'ai eu un jour, un instant charmant et
n'était pas sous sa plume un thème de rhéetait la pure vérité. Elle reviendra souvent îver du jour w dont fut illuminée son âme, etter qu'il n'ait pas eu de lendemain (2).
: • SaiDte-BeuT«, ta
. Elle écrivait la même année
Herblay, lund
« Je suis rentrée ce soir à Herblay, pen à vous, et il faut que je vous dise l'em qu'il ya à se retrouver seule à la campagr de l'hiver, loin du trouble des villes et dt Comme j'ai manqué la voilure d'Herblay. voiture de Pontoise, qui m'a laissée où dîné, et j'ai fait seule ce chemin à pied, i iune, avec un léger brouillard. J'étais s l'air et le silence me plaisaient tant que moment de me mettre à genoux dans la remercier Dieu ; des nuages rapides cour lune encore naissante ; le froid du soir vif, mais plein de vapeurs et de rêverie, calme, toutrappelait doucement l'homme domeslique. El eu me retrouvant ici, au taire, j'éprouve un charme que je ne s; rendre. Je n'entends que la tendre res mon enfant endormi; tout dort dans excepté moi qui vous écris. II me semble ( bien aimé de vous faire parlager ces don retraite et des champs. Nous eussions go
printemps, quand I« soleil va se coucber el que je Herblay, je ne pourrai plus, comme ce jour, UD des [ de ma vie.voas dire adieu i la bâte et sceller ootre ten no lien plus doux I a
s et la solitude; j'ai là autour de moi qui sont mes vrais amants. Quel'étude 3 chose ! qu'on vit bien seule avec ses l'îl me serait cher aussi de les lire avec ir à tour, comme vous avez dit dans pos du Numa de nos bois, écrit un petit mot qui m'a troublée, ; comme un Parthe combat, en fuyant, -nous aimés? Non, ce n'est point ce que c'est qu'aimer, je vous aurais ent je le sais. Aujourd'hui peut-être s commencer. C'est lent, c'est saint, IX, c'est tour â tour triste et délicieux, l'aurez été aimé dans la pleine dou- )leine liberté où j'aurais pu le faire, in même culte pour les grands écrire et pour les dieux des cieux. Accorder regret aussitôt démenti à votre m'avez toujours séduite depuis le jour Paix, vous m'avez parlé de Moïse et e jour-là une très belle conversation.
si en vous une réserve, une richesse •ce secrète, une modestie, une éducaet si belle qu'elle tourne toujours à lurais compris et j'aurais pris plaisir