‹ Hortense Allart de Méritens ...Chapitre 17 sur 28 · SAINTE-BEUVE ET U"" D AOOULT · texte numérisé non relu

SAINTE-BEUVE ET U"" D AOOULT

n'êtes pas infidèle à Madame de Couaên (i), (] n'est pas pour une autre que vous fuyez. »

Cette lettre se terminait ainsi :

« Je lis ce soir dans Bacon : o Toute sciei toute admiration qui est sa semence est c agréable. » Et encore ; « Les sciences accouti l'âme à une conlinuelle agitation. — La pauvre la fortune de la vertu, etc., etc. (a). »

Eh bien, sil c'était pour une autre, et même plusieurs autres, que Sainte-Beuve fuyait, car d que M"" de Couaên lui avait faussé compagni chose qu'il avait négligé de dire à Horlense, — savait où accrocher son cœur. Il allait de Mi Sophie, de M"^ d'Agoult à M™* d'Arbouville, t instants il avait un tel besoin de pureté qu'il i d'épouser une toute jeune fille, comme la fil général Pelletier ou Ondine Valmore. Cela ne l'e chait pas d'avoir beaucoup d'amitié pour Hort de lui écrire souvent et de suivre sur certains p ses conseils.

Un jour qu'il lui avait confessé qu'il était a par goût et par nécessité », elle lui avait répo

«Nécessité? comment? Ce n'est pas votre B thèque (3), je pense, qui vous oblige à rien ; si c faisait elle devrait vous maintenir à Thiers qui l'a fait avoir, m'avez-vous dit, elle ne vous pousf

(i) L'héroïne de Volaplé.

(a) Lettre inédite.

(3) La Bibl. Mazarine.

pas vers des ennemis; mi

appartiennent à l'État et n'o i

lutions, puisqu'on ditla Bép> n'avez que la nécessité d'êtn et si vous avez mauvais goût goût. Soyez entraîné par

gloire, l'amitié, mais ne le soyez pas par des petitesses, c'est par trop frivole. Je vous vois désormais ' flottant, ne sachant où vous fixer; une femme de parti pourra seule vous ranger (i) . »

Hortense ne savait pas dire si vrai. La nécessité dont lui parlait Sainte-Beuve était de sa nature purement et simplement académique. Il ne lui suf6sait pas d'être bibliothécaire de la Mazarine, d'être assis bien tranquillement à côté de la Coupole, il avait l'ambition très noble et très justifiée de s'asseoir dessous, parmi les Quarante, et c'est pour cela que, tout en ayantbeaucoup de reconnaissance à M. Thîers, il inclinait plutôt en politique du côté de M. Mole, qui faisait les élections à l'Académie. Du reste, à cette époque, il était plus conservateur que libéral, tout en étant l'un et l'autre à la fois; bien loin de combattre son goût, il s'y laissait aller par ce qu'il nommait la nécessité , et c'est précisément une femme du parti de M. Mole, c'est M"' d'Arbouville, qui le « rangea » et le retint dans le camp tory. ■ Elle l'avait séduit dès le premier jour, non par sa beauté physique, qui n'existait pas, mais par la dis-

(t) Lettre inédile du 18 septembre xHi.

tJDction de son esprit et le charme de ses manières. Seulement, comme elle était foncièrement et qu'il ne pouvait la décider à planter av « clou d'or de l'amitié » , il s'était glissé vers temps dans la faveur d'une autre grande d ses aventures avec Listz avaient rendue plusl et c'est de cette dernière qu'à lort ou à raif tense était devenue jalouse.

Elle écrivait à Sainte-Beuve, le 3i décembj <( Je veux terminer avec vous l'année, m sur une lettre plus sage. Mais c'est votre i serai toujours tendre quand vous me parlerez santé et que vous aurez l'air triste. Aussi soupçonne quelque cause aux malades de votrt ainsi peut-être c'est cette dame de votre jeun est toujours fâchée (i), c'est Marie (a) qui est Que sais-je ? Vous parlez des années austère: si vous étiez vieux. Mais quelle folie l Qi homme plus âgé que vous est arrivé au pouv t-on pas rempli l'Europe de son âge et de nesse? Vous n'êtes pas encore à l'âge de l'ai Vous serez dans peu de temps comme à l'on ne faites pas d'un mal passager un mal irréi que de livres, que d'années, que de femm vous avant cela I II y a, comme dit Hippo mystérieux, le divin des maladies ; chez vou! un dépit d'amour,

Ce mal délicieux, dont je sens que je meurs 1

lignez rien de moi, ni fureur, ni jalousie, ibeth était trop tendre, c'était son seul st le défaut des femmes fortes, mais jamab amais sa raison puissante n'a faibli. Toulégèretés vous séparent de Ninon, mais împêcher de vous trouver un homme inté- >ui,vous l'êtes, et bien des Impressions odn des éclairs qui parlent du cortège des e réveillent quand vous parlez ou quand ssez.

ulais seulement ce matin, monsieur, vous moyen de bonheur ; car si l'amour est on est religieux, et je le suis. C'est à nous i revenons à la religion éternelle, nous vous appelez Polyeuctes, à vous enseigner Jouceurs des créatures. Je vous citerai un exemple d'abord : l'hiver que j'avais mon t petit à Florence, j'étais très ennuyée le les détails de ménage, de soupe, de bouiijervantes bornées et voleuses, Marcus avec te, etc. Le soir Capponi, Nicolini, etc., les premiers hommes de Florence. Capit jusqu'à minuit, aimable, gai, savant, bandon qu'il n'a connu qu'avec moi. Le charmant, le matin insupportable. J'imagjr à Dieu ces petits ennuis qui suivent sa le sorte qu'ils devinrent un plaisir et que /ai doux. Vous direz ; « Mais ]a santé est chose. 1) — Oui, mais l'offre en est plus imme disait notre Pascal, le cbréUea doit

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être malade. L'homme religieux du moins se soumet à. l'être.

« Pour moi il me semble qu'être sobre en toutes ohoses, comme vous dites, est bon. J'aimerais des richesses, un salon pour recevoir et des partis politiques autour de moi, mais j'aime Herblay, ma pauvreté, la frugalité; je la trouve, comme Bacon, noble et préservatrice. Vous autres hommes, malades et sensibles, la nature vous parle et vous rappelle par toutes ses voix. Mais vous allez peut-être dire comme cet homme vertueux : « Mes amis sont des harangueurs, mais mon œil fond en larmes devant Dieu. Oh ! si l'homme raisonnait avec Dieu comme avec son intime ami 1 »

«Oh! oui, si l'homme raisonnait avec Dieu comme avec son intime ami, nous ne serions pas si inquiets, sî agités, nous aurions le chemin tout tracé, et vous, monsieur, les certitudes qui vous manquent. Mais nous aurions bien moins de mérite, nous n'aurions plus besoin de courage, de résignation, de patience, cette haute richesse nous dispenserait de toutes nos vertus.

« Adieu, ceci pourrait devenir ennuyeux pour l'homme du monde amant de M[arie]. Je fais des vœux pour votre volume (i) qui paraîtra la prochaine atinée. Faites la partie de Pascal, étant souffrant, c'est la vraie disposition pour penser à cet homme-là. Allez y rêver au grand air avec un crayon; on pense,

(i) Le tome II de Port'Royal.

on travaille mieux au grand air. Adieo,

îs allusions à M"" d'AgouU — et elle lemment quand elle disait : « J'aimera îs, un salon pour recevoir et des partïi utour de moi t » — témoignent que, maV :iégations, Hortense avait pris quelqui les assiduités de Saiate-Beuve auprès B jalousie qui, d'ailleurs, ne fut jamais irait-elle sa raison d'être? Oui et non. Je iquer.

S^oult, qui s'était expatriée pour Liszl, Lit rentrée seule et désenchantée à Paris, Ile avait alors trente-cinq ans, soit quamoins qu'Hortense et cinq ans de plus trbouville. L'exil lui avait laissé toute sa lème y avait ajouté un charme de plus, oujours svelte et élancée ; si elle, av-ait t de son teint neigeux, elle avait toujours ceux bleus limpides, son regard rêveur, levelure sans pareille qui la faisaient res- \ le princesse des légendes du Rhin, et les | amour en accusant les plis de sa lèvre \ nt donné à sa physionomie plutôt hauit mélancolique qui lui manquait. j

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Elle rouvrit son salon et retrouva toutes ses amitiés, à commçncer par celle de George Sand qui avait élé la première informée de sa fuite prochaîne avec X-*îszt, et celle d'Hortense qui Favait louée hautement d'avoir « su aimer et tout quitter pour suivre le talent et la beauté ». — Quant à Sainte-Beuve, qui l'avait surnommée « la Corinne du quai Malaquais (i) »,il ne vit en elle que 6a chevelure blonde, et voici en quels termes il salua son retour :

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